Bright Star

Un film romantique en costumes, par Jane Campion. « On a déjà donné », c’est ce qu’a dû se dire le jury très inspiré de Cannes 2009. Le public aurait tort de suivre le mouvement, tant Bright Star est aussi discret et délicat que la Leçon de piano était terrien et sensuel. La cinéaste néo-zélandaise revient en totale maîtrise de son art, après quelques errements peu convaincants.

Film sur l’amour et la poésie, Bright Star avait tout pour se casser royalement la figure. C’est avec une infinie délicatesse mais sans préciosité superflue que Jane Campion s’atèle à son sujet, avec une mise en scène sûre et éthérée, à la photographie vaporeuse dont les jeux jamais innocents sur le point en rappelle l’usage fait dans le tout aussi cotonneux Jesse James. Une crédibilité immédiate émane de personnages jamais guindés, et même souvent drôles, avec au premier plan un duo de poètes en effervescence créative et leur charmante voisine, couturièrement excentrique. Point commun dans la création qui rapprochera la solide Fanny Brawne et le frêle John Keats.
Bright Star se mue alors en quintessence de la relation romantique, à tel point que les deux amoureux n’ont pas besoin d’un entourage hostile comme dans les grands mélos pour se heurter aux douleurs des sentiments contrariés.

Rare et fragile, l’autopsie sentimentale à l’œuvre est légère et aérienne, et rafraîchissante dans un cinéma moderne faisant la part belle à la vulgarité. Plus d’érotisme ici que dans tous les décolletés de Megan Fox réunis. A jouer le minimalisme de la chair, les pauses et les silences, dans une direction d’acteurs exemplaire(s), la cinéaste touche, malgré l’apparente froideur de son récit, au cœur et aux sens. Science du casting aussi, qui permet d’admirer la nouvelle venue Abbie Cornish, et le trop rare Ben Wishaw. Elle peut alors se permettre de représenter la poésie en récitation littérale puisque son sujet en est le cœur et l’incarnation. Des sous-titres anglais auraient cependant été nécessaires pour apprécier pleinement une musicalité indispensable. Peut-être un peu trop figé et bavard dans sa deuxième partie, le film n’en demeure pas moins constamment envoûtant et voluptueux.
Charmant parce qu’il est démodé, mais avant tout parce qu’un auteur affirmé sait y faire preuve de délicatesse, là où d’autres ruent dans les brancards pour secouer les jurys, la fausse simplicité de Bright Star mérite toute l’attention possible.
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Rating: 








Parce que pour une fois une bande-annonce est belle et ne résume pas tout le film mais en reproduit l’esprit :
http://www.ecranlarge.com/movie_video-view-8937-4661.php
Tags: 2010, Abbie Cornish, Ben Whishaw, Drame romantique, Jane Campîon
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