Avatar
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Quel film pourrait supporter le poids d’une révolution annoncée ? Même une superproduction dirigée par le « King of the world » Cameron aura bien du mal à supporter ce statut. Alors quand Avatar pointe enfin le bout de son museau numérique (putain, 12 ans depuis Titanic !), avec un buzz insensé presque malsain pour le projet, il suffit d’enlever une petite lettre pour constater l’évidente évolution du cinéma que ce film représente à plusieurs niveaux.
James Cameron et la technologie, une grande histoire d’amour. Dans la réalité comme dans ses fictions, il n’a cessé d’explorer le rapport homme-machine. La progression technique le fascine autant que la nature, de par son exploration des océans il a pu joindre ces deux passions qui ont donné deux documentaires expérimentaux, et façonné le projet Avatar. Ne pas croire pour autant que le cinéaste n’est qu’un froid observateur des abysses, geek amoureux des engins de pointe, robots caméras et autres sous-marins. Non, le bonhomme est un cœur d’artichaut et si ce n’était pas clair pendant longtemps pour la majorité il l’a prouvé avec éclat par le monumental Titanic. Depuis Sarah Connor, Abyss, Aliens, son cinéma est habité par les femmes. D’où l’intéressante antinomie qui caractérise un cinéma simple direct mais extrêmement riche et cohérent. Un cinéma féministe et brutal, qui couplé à ses talents de conteur hors du commun donne à chaque fois un petit miracle de pellicule.
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James Cameron a toujours été nourri à l’ambition, plus c’est fou plus ça le motive, plus il arrive à se transcender. Une seule œuvre récréation (True Lies) dans une carrière remplie de défis, de records de budget, d’avancées technologiques, d’indéniables réussites artistiques, et de succès planétaires. Avatar veut nous en mettre plein la vue, et s’annonce dès son initiation comme le porte-étendard du cinéma de demain. La démesure et le succès de Titanic qui semblaient insurmontables sont d’un coup balayés par cet intrigant projet qui prétend cette fois annoncer un tournant dans la forme cinématographique. Logique dans la carrière aussi artistique que technique du cinéaste, mais tout de même culotté, et il faut bien le dire, sans aucun doute, visionnaire. Le scénario est écrit depuis des lustres mais les moyens se faisaient attendre, le cinéaste sait aussi prendre son temps et arriver au bon moment, ce timing de démiurge est aussi un de ses points forts. A la fin des années 2000, marquées par un cinéma mutant partagé entre imaginaires usant plus ou moins bien de l’image 3D (SFX comme animation) et soif de réalité à travers notamment le pseudo film amateur, Cameron ne fait rien de moins que revenir mettre les points sur les i avec un film qui synthétise une décennie et montre le chemin à venir.
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Paradoxalement, le cinéaste va puiser dans un imaginaire un peu vieillot, celui de la bande dessinée des années 70-80, et dans les récits archétypaux de l’initiation, de l’élu et de la prophétie. Le but de Cameron a toujours été d’être un entertainer, c’est-à-dire de s’adresser à un public le plus large possible. S’il a pu apporter sa pierre à l’édifice avec la perpétuation et création d’univers et de personnages emblématiques, tel le Terminator, il ne peut aujourd’hui se permettre une barrière historique qui empêcherait le plus grand nombre d’accéder à l’expérimentation, qui, cette fois, est intégralement formelle. Une de ses grandes forces est de savoir doser l’audace d’une telle ambition et sa réalisation pratique. Avatar prend donc le risque de décevoir une minorité par son classicisme narratif pour permettre à tous de vivre l’expérience d’un nouveau cinéma. Reste à savoir si celle-ci est vraiment convaincante…
La 3D relief n’était jusque-là exploitée que dans certains films d’animation, souvent avec peu de succès, et pour des films d’horreur avec un effet toutes les 10 minutes. Technologie balbutiante en forme d’attraction foraine pour attirer le chaland, il fallait un projet grand public l’exploitant à plein régime pour convaincre de son efficacité, de sa viabilité, et de son éventuelle inéluctabilité dans l’évolution du 7ème Art. Dès ses premières images en prise de vues réelles, Cameron pense sa mise en scène avec cette dimension supplémentaire. Quelques plans époustouflants à la profondeur de champ troublante permettent de s’adapter petit à petit à ce nouveau mode d’expression. Le cinéaste revendique avant tout l’immersion avant même le spectaculaire, mais, comme pour la passage au cinéma parlant, il faudra plus d’un film l’utilisant correctement pour que nous nous adaptions totalement. Avatar se pose aisément comme le nouveau jalon de la 3D relief, même si l’on sent qu’il y a encore de la marge pour cette technologie, le film ayant ses hauts et ses bas dans son utilisation, de très voyante (qui détache un peu le spectateur du récit) à quasiment invisible (bon signe ou pas on se surprend à chercher l’effet en réajustant ses lunettes). Mais globalement, le pari est relevé, sans pour autant mettre une grosse claque (peut-être réservée aux spectateurs IMAX vraiment plongés dans une image sans bords ?).
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La véritable surprise du film vient de ce qui a pourtant soulevé une mini-polémique à la vue des premières images en août dernier, à savoir la race extraterrestre de Pandora, ces grands indigènes bleus appelés Na’vi. Leur design a fait parler, et l’on pouvait raisonnablement douter de s’identifier à ces étranges créatures numériques pendant les trois quarts du film… James Cameron reprend à son compte la performance capture en la poussant vers une perfection que Robert Zemeckis ne faisait qu’effleurer avec ses 3 derniers films d’animation. Là où les créations de ce dernier étaient encore toutes entières prises dans la froideur rigide de la technologie – qui, malgré les expressions retranscrites, donnaient l’impression désagréable de regarder des cadavres ambulants – les bipèdes bleus d’Avatar sont quasiment plus réalistes que les comédiens humains du film. Surtout, l’œuvre joue intelligemment la comparaison, grâce concept même d’avatar, et l’on reconnaît bien Sam Worthington et Sigourney Weaver dans leur costume numérique de Na’vi ! L’expressivité des visages et des yeux est troublante, transmettant pour la première fois une chaleur… humaine.
Là où les hommes perdent toute humanité dans une histoire de conquêtes de territoire et de richesses, la technologie vient à leur secours pour les transcender. Le message de l’histoire du film est simple, bien que nourrissant de nombreuses thématiques, le vrai message se joue davantage dans la forme cinématographique : la technologie imitait son environnement, jusqu’à l’humain lui-même, dans les Terminator, dorénavant, c’est l’humain qui se fond dans l’imagerie numérique. Si révolution il faut à tout pris chercher, elle est achevée à ce niveau d’incarnation virtuelle, thématique moderne développée dans la décennie 2000, du cinéma aux jeux vidéo en passant par internet.

Là où le bât blesse, où la subjectivité entrera pleinement en compte, c’est sur l’imaginaire proposé, fruit d’influences datées, de René Laloux à Moebius en passant par Final Fantasy ou encore, clairement, Hayao Miyazaki. James Cameron a en effet décidé de créer un monde pour mieux mettre en valeur ses nouveaux jouets : la 3D dans tous ses états sans pour autant passer par le film d’animation (on le sent trop directeur d’acteurs pour franchir le pas). Il imagine alors une planète et tous ses composants, paysages, habitants, faune et flore. Vision démiurgique digne d’un Star Wars, qui ne sera cependant pas du goût de tout le monde avec ses choix colorés et ses designs que l’on peut trouver quelques peu démodés. Les engins technologiques y sont des dérivés de ceux des Terminators, et Pandora et ses habitants semblent sortis d’une BD des années 80.
Devant la générosité du spectacle proposé – pendant une bonne moitié du film on explore on découvre aux côtés de Jake ce nouveau monde – le spectateur pourra avoir la nausée, ou être émerveillé, selon sa sensibilité (mais bon, c’est pas comme si la fantasy au cinéma n’était pas majoritairement de mauvais goût…). Le résultat, s’il sera longtemps discuté par son côté old school ou déjà vu, ne peut mettre à défaut ni le travail effectué, véritablement colossal (même si parfois un peu trop répertoire biologique) ni la mise en perspective de James Cameron. Car tout est utile ici, et même si l’on souhaiterait parfois davantage d’inventivité (Pandora a beau être coloré ça ressemble quand même pas mal à notre planète bleue, autochtones/indiens compris), la mise en scène claire et directe du cinéaste remet tout cela d’aplomb. Impossible de ne pas être transporté par sa maestria formelle, qui œuvre à la fois dans un incontestable talent de conteur (même si le tour de force narratif de Titanic n’est pas réitéré ici), mais aussi un excellent dosage entre action (et quelle action, on ne voit pas ça chez les bourrins de l’été), contemplation et émotions. Entertainer dans sa plus pure forme, de la famille des Spielberg et autres Peter Jackson, Cameron sait parfaitement agencer son récit et en offrir pour son argent. Avatar n’est donc pas qu’une démo technique, mais comment en douter devant l’impressionnant CV de son maître d’œuvre. On pourra cependant être légitimement déstabilisé qu’un film aussi novateur dans la forme comporte aussi peu de surprises dans son histoire. Avatar est un divertissement d’une efficacité imparable, mais manque parfois d’audace dans ses propositions narratives.
La science-fiction n’est que trop rarement un spectacle grand public, c’est pourquoi Cameron se tourne rapidement vers une fantasy assimilable par tous les âges, ayant l’habitude des récits du même genre depuis le triomphe du Seigneur des anneaux. L’œuvre de Peter Jackson demeure insurpassable dans son souffle épique. Avatar a beau multiplier les morceaux de bravoure son histoire est trop schématique pour que le drame touche autant, pour que les enjeux de l’action soient aussi prenants. Surtout, et c’est là un défaut incontestable du film qui lui fait beaucoup de tort et l’empêche d’atteindre la dimension requise, la musique de James Horner est juste catastrophique car transparente, une parodie de son propre style, aucun thème ne venant porter ou transcender les images. Le récit souffre d’une telle soupe, ne servant que de liant bas de gamme. Ou comment gagner d’un côté une profondeur, une immersion dans l’image, pour perdre au niveau sonore de l’autre… Absurde, un gâchis.
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Avatar n’est donc globalement peut-être pas la claque tant attendue, mais le film demeure un sacré festin. Il y a de quoi se régaler les rétines comme jamais et de tranquillement suivre une histoire classique mais menée à la perfection. On devine qu’une certaine Princesse Mononoke a dû bien inspirer monsieur Cameron. Avatar manque de cette force d’un récit sans concessions, et surtout se montre peu à l’aise dès qu’il s’agit de rites animistes et autres messages écolos. On sent il faut le dire de trop nombreuses coupes au montage, pour soi-disant arriver à une version techniquement visible en Imax (pour une seule salle équipée en France, merci l’arnaque). Une fois de plus il faudra redécouvrir un récit entier en vidéo, avec cette fois la 3D en moins. Même à 500 millions de dollars de budget, le cinéma demeure une histoire de compromis. Quelles que soient les nouvelles façons d’envisager le spectacle sur grand écran, voilà bien une donnée qui ne risque pas de changer.
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Tags: 2000-2009, 3D, Fantasy, James Cameron, Sam Worthington, Science Fiction, Sigourney Weaver, Zoe Saldana
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