Bronson

Nicolas Winding Refn, réalisateur danois de la puissante trilogie Pusher, du plus méconnu et néanmoins excellent Bleeder et de la production américaine passée plus inaperçue Inside Job revient avec Bronson, film coup-de-poing produit en Angleterre. En forme de biopic sur « le prisonnier le plus dangereux d’Angleterre », Bronson rend clairement hommage au maître Kubrick et à son Orange Mécanique avec un propos néanmoins bien différent.
Dès les premières minutes, le film donne le ton, musique classique, héros qui s’adresse directement au spectateur, ultra-violence, impossible de ne pas penser à Alex et ses drooggies. Fort heureusement, le but du « Pusher Man » n’est pas ici de donner un coup de pied dans les institutions comme le faisait Kubrick. L’hommage est là mais le propos est différent. Evidemment le personnage de Bronson, incroyablement interprété par un Tom Hardy transcendé, est un monument de nihilisme salvateur car pas aperçu depuis longtemps au cinéma.
Mais Bronson personnage réel, contrairement à Alex personnage fictif, n’est pas là pour dénoncer les affres d’une institution aussi décadente que les personnages qu’elle enferme. Bronson se pose clairement en artiste incompris, une sorte de performer artistique ultime qui pose l’ultra violence en œuvre d’art. Contrairement au « vrai » Bronson, le Bronson de Winding Refn n’est pas là que pour exprimer un désir de célébrité mais plutôt un désir de reconnaissance.
Son personnage, son phrasé, sa musculature tout en rondeur, tout en lui casse la monotonie d’une société plan-plan et carrée renforcée par une mise en scène insistant sur les travellings le long de lignes bien droites et propres, de fuyantes infinies ou bien de plans fixes sur des personnages immobiles, droits comme des i (les gardes notamment). Bronson apparaît alors bien esseulé au milieu de tout cela, comme l’élément au combien perturbateur à la puissance évocatrice salvatrice.
Pour ajouter à la glorification du chaos le plus total dans un monde aseptisé et prévisible, Bronson agit en narrateur tel un MC sur une scène de spectacle, renvoyant aussi bien au simple mime qu’à la performance artistique, une sorte de Jean-Louis Costes ( !) puissance 1000 dont les chef d’œuvres se joueront à guichet fermé lors de prises d’otages mémorables au potentiel comique non négligeable. Winding Refn y démontrera encore une fois d’ailleurs son talent déjà aperçu dans ses mises en scène danoises pour littéralement asséner des coups de poing visuels et/ou sonores (le Bronson tape et « trash talk » vraiment fort !) après un calme olympien.
En ajoutant un choix et un montage musical très cohérent et pertinent mêlant new wave et classique, ce nouveau film de Nicolas Winding Refn se pose en véritable maestria visuelle et sonore et donne encore une fois l’occasion au cinéaste danois d’y mettre certainement toute sa frustration d’artiste total et sans concession.
90 minutes de pure libération jubilatoire ! Tout simplement génial !
Derf
Tags: 2000-2009, biopic, Nicolas Winding Refn, Tom Hardy
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