Sin nombre

Contrairement aux apparences (pauvreté et guerre des gangs en Amérique du Sud), Sin Nombre ne souhaite pas rivaliser avec La Cité de Dieu. C’est l’intelligence du film mais aussi sa limite.
Cary Fukunaga tente avec ce premier essai derrière la caméra de nous conter deux histoires croisées : le parcours d’une jeune immigrée du Honduras sur le chemin d’une nouvelle vie, et la vie d’un mexicain dépassé par la réalité du gang qui l’a accueilli. La présentation des protagonistes ne fait aucun doute, ces deux là vont se croiser dans des circonstances dramatiques. Deux fuites, deux destins a priori incompatibles, une rencontre.
Il est étonnant que le contexte de l’immigration n’ait pas plus tôt servi le récit d’un road movie – ou plutôt ici d’un rail movie – tant cette course vers une hypothétique liberté, ou du moins une nouvelle vie, est un vrai défi semé d’embûches. Il y a dans cette réalité on ne peut plus actuelle la matière à une dimension sociale qui croiserait idéalement un genre cinématographique. Fernando Meirelles avait réussi la fusion entre cinéma et social, avec tellement d’audace qu’il s’en est pris plein la figure des bien-pensants pour avoir « sublimé la misère » avec une forme travaillée. Connerie.
Fukunaga ne prend de toute façon pas ce risque en ne forçant pas sa mise en scène. Sa photographie est belle mais jamais esthétisante. Il lui manque cependant un certain peps dans le montage pour emballer sans complexe de vrais moments de tension, et une progression dramatique plus prégnante.
Sin Nombre penche fréquemment du côté film d’auteur qui prend son temps, silences éloquents, etc… qui sont souvent des béquilles un peu trop évidentes. La crédibilité du sujet est acquise car bien documentée, mais il manque au film l’urgence constante d’un tel sujet. Trop intermittente, celle-ci ne nourrit jamais le récit d’une ampleur indispensable à une totale implication émotionnelle.
Le résultat n’est pas du tout déplaisant, mais un peu tiède, avec l’impression d’être un peu passé à côté de ces personnages. Néanmoins, pour un premier film, ça a clairement de la gueule, Cary Fukunaga a des choses à dire et n’est pas manchot, un talent à surveiller de près.
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Tags: 2000-2009, Mexique, road movie
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