London River

London River, le dernier film de Rachid Bouchareb, est « né sous une bonne étoile ». (NDLR : slogan Arte au cinéma !). En effet, en compétition lors du dernier festival de Berlin, il permit à l’acteur Sotigui Kouyate (déjà distribué par Rachid Bouchareb dans Little Senegal) d’obtenir le prix d’interprétation pour le rôle d’Ousmane. London River a été diffusé sur Arte au mois de juin et connaît l’honneur des salles obscures depuis fin septembre 2009. Un beau parcours pour ce huis clos dramatique sur l’angoisse de l’attente et le dépassement des préjugés.

7 juillet 2005 : de violents attentats dans les transports publics secouent la ville de Londres. De ce drame soudain, réplique traumatique des événements américains du 11 septembre 2001, Rachid Bouchareb décide de montrer ce que les médias par souci déontologique ne peuvent se permettre… au moins dans un premier temps. Il filme avec sobriété la douleur des familles dans l’attente du retour espéré de proches potentiellement présents sur les lieux des attentats.

Depuis l’île de Guernesey, Elisabeth (Brenda Blethyn) observe nerveusement les images insensées qui défilent sur son écran de télévisison, sans parvenir à joindre sa fille installée dans la capitale britannique. Sans nouvelles, elle décide de quitter sa ferme pour retrouver sa fille à Londres. Elle découvre avec étonnement son univers quotidien dans le quartien de Finsbury Park (dont la mosquée a été considérée comme un épicentre londonien du terrorisme religieux à cette époque). Elisabeth réalise à quel point elle connaît mal son propre enfant. Sa fille, devenue une femme indépendante, habite au-dessus d’une boucherie hallal et apprend l’arabe, au grand dam d’une mère qui l’imagine déjà endoctrinée par des islamistes radicaux. Au cours de ses recherches peu fructueuses, Elisabeth, chrétienne conservatrice, fait la rencontre d’un garde forestier musulman, Ousmane (Sotigui Kouyate), français d’origine africaine, venu lui aussi à Londres pour retrouver son fils qu’il n’a (presque) jamais connu.

Dans leur quête maladroite, les deux parents égarés (re)découvrent leurs enfants. Ceux deux sublimes figures de l’absence occupent chaque plan du film, par la voix d’une mère et d’un père subissant de plein fouet leur impuissance à agir sur le destin de leur progéniture. Elisabeth et Ousmane comprennent progressivement à quel point le destin de leurs familles est lié.  Leurs enfants vivent ensemble, s’aiment… mais sont introuvables. Ces deux parents qui n’auraient jamais dû se rencontrer vont se trouver unis à jamais.

On ne sait dire qui apprivoise l’autre et pourquoi. On est en droit de se demander s’il faut un drame pour dépasser les préjugés ?! Cependant, dans ce film intimiste, l’économie de moyens et la simplicité apparente de la réalisation contribuent au développement d’une tension palpable et d’une émotion contenue. Jamais les séquelles de la violence terroriste n’ont été aussi bien représentées au cinéma pendant cette décennie. Aux antipodes du grandiloquent et mièvre World Trade Center d’Oliver Stone, London River parvient à saisir la souffrance d’êtres confrontés à un drame cataclysmique. Les élans d’espoir et les moments de panique sont transcrits avec finesse par deux comédiens de grande qualité, donnant corps à deux individus totalement antagonistes (dans leur apparence, leur culture, leur appréhension du monde, leur gestion des émotions, leur rôle de parents…). La sexagénaire Brenda Blethyn fait d’Elisabeth un petit bout de femme nerveuse, mal à l’aise dans la grande ville impersonnelle et égarée dans le tourbillon du métissage culturel, loin de son quotidien rural si calme et pragmatique. Face à elle, Sotigui Kouyate donne l’impression d’incarner une sagesse presque ancestrale. Une présence extraordinnaire qui irrigue toutes les images malgré le talent de sa partenaire. Sa longue silhouette osseuse qu’il déplace avec lenteur avec sa canne laisse imaginer le poids des événements vécus par un personnage à la sérénité de façade, dont les propos contenus laissent peu à peu transparaître un vrai sentiment de peur.

London River est un film modeste et simple, exempt de démagogie et profondément humain, qui se concentre sur la profonde solitude et le sentiment d’isolement des victimes collatérales des drames spectaculaires, loin des cellules psychologiques, du ramdam médiatique et des zones de recherches.

Rating: ★★★★★★★★☆☆ 

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5 Commentaires

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Très belle découverte (enfin pour moi). Ta description de cette rencontre improbable entre ces deux personnages aux antipodes donne envi de le voir. Par contre j’ai du mal à recoller le tout sous fond de terrorisme ambiant.

Pour les étoiles c’est fait ;-)

Commentaire by feilong74 on 31 octobre 2009 20:28


Ah enfin ! she’s back :-)

L’Angleterre, le terrorisme… ça me rappelle Les Fils de l’homme.
Un film qui n’a pas eu la « bonne étoile » d’Arte, passé complétement inaperçu en salles il y a quelques années.
Et… j’en ai pas parlé ici, tiens… Erreur à réparer.

En attendant, ben, ce London River, j’attendrai qu’il repasse sur Arte, les copies ayant tourné jusqu’à chez vous, ça m’étonnerai que ça fasse boomerang ces machins-là.

Commentaire by 2501 on 31 octobre 2009 21:06


Ah si, ça y est. L’entrée « fils de l’homme » marchait pas.
http://cinechange.com/index.php/2006/10/20/les-fils-de-lhomme/

Commentaire by 2501 on 31 octobre 2009 21:15


avec les putains d’articles que tu postes on se demande pourquoi tu viens pas par là plus souvent….Peeut-être parce que t’as un travail….pfff… »à bas les gens qui bossent ! »

Commentaire by derf on 1 novembre 2009 12:21


merci les gars ! ça fait plaiz’ !
derf, si je ne viens pas plus souvent ici, c’est parce que j’ai un travail que j’emmène à la maison même en vacances, on peut dire ça comme ça… mais LA vraie raison, c’est parce que je suis pauvre !!!!! trop cher le cinoche donc je lis et relis les critiques de ci et souvent de là et je me décide généralement quand le TPG Isère me vire mon salaire à la fin du mois !!!
bisous

Commentaire by deb on 1 novembre 2009 19:28

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