Sales gosses ! – Part 3 : Esther (Orphan)

Les enfants sont formidables, comme disait un célèbre philosophe français de la télévision. Ils sont l’accomplissement d’une vie, la quintessence du bonheur quotidien, notre ultime but de survivance à nous simples mortels ici bas sur Terre. Mais aussi notre pire cauchemar comme s’escrime à s’en convaincre le cinéma américain, avide de retourner comme une crêpe les clichés de bonheurs familiaux que le pays tente de sublimer à travers l’american way of life.

A l’heure où les stars se gavent de mioches dans les pays sous-développés, l’espagnol Jaume Collet-Serra nous présente avec Esther cette consommation ultime : l’adoption. A travers le prisme du thriller horrifique, et de toute cette tradition dite des enfants maléfiques.

Kate et John Coleman donnent l’apparence d’un parfait petit couple américain, aisé, good-looking, branché arts, sexualité active, enfant muette parfaitement intégré, c’est beau tant de cohésion et d’harmonie idyllique n’en jetez plus. La fausse couche du troisième enfant comme trauma à exorciser donne le point de départ d’une intrigue que l’on sent cousue de fil blanc… Et pourtant. Le réalisateur espagnol témoigne d’une sacrée maîtrise du cadre et de sa narration, ce qui nous donne la trop rare impression d’un déjà vu fort agréable. On n’a aucun mal à rentrer dans l’histoire, à se laisser happer par le film, grâce aussi à un casting de premier choix. Comme quoi un cinéaste qui maîtrise son art et son sujet peut transfigurer l’ordinaire. Etrangement on retrouve Vera Farmiga dans un rôle extrêmement similaire à celui de mère border line qu’elle incarnait dans le dernier exemple en date du genre, Joshua.

Après quelques scènes d’exposition réussies, arrive l’élément perturbateur, une orpheline de 9 ans en mode Evil Princesse Sarah. D’origine russe, habillée comme une précieuse poupée, la gamine est chou comme tout, évidemment surdouée, et bien trop charmante pour être innocente… Là encore, le cinéaste espagnol se contente de tisser sa toile avec efficacité, et le confort du récit tout tracé. Il faut dire que la gamine est interprétée à la perfection, et qu’elle fouterait les jetons à Super Nanny et Pascal le grand frère réunis.

L’intrigue vire rapidement à la manipulation de la famille idéale par cet esprit diaboliquement retors, sans user d’artifices trop spectaculaires, mais avec le sadisme et la cruauté que nécessite un tel sujet. Pas d’utilisation facile du hors-champ pour les méfaits de la petite orpheline. On sent l’expérience du réalisateur sur son premier film, le slasher élégant même si peu mémorable La Maison de cire.

Puis, aux 3/4 du récit, arrive un rebondissement absolument indécelable, un twist d’un culot absolu, dont la crédibilité dépendra de l’implication du spectateur dans le film. Mais le cinéaste s’est tellement bien débrouillé dans une première partie faussement classique, semant régulièrement des indices sans vendre la mèche, qu’il peut allègrement se lâcher dans une dernière demi-heure complètement folle.

S’y déploient alors une belle maîtrise de l’espace – tous les décors étant sublimés et utilisés à bon escient – ainsi que l’exploitation totale d’un scénario plus riche qu’il n’y paraît. Esther devient alors véritablement un personnage de méchant d’anthologie, et le film vire à l’opposé des timides traitements psychologiques habituels, par une brillante sortie de route qui finit de convaincre qu’on vient de voir un sacré morceau de pelloche.

Sortie en salles le 30 décembre 2009

2501

Rating: ★★★★★★★★☆☆ 

tagsTags: , , ,

5 Commentaires

rssCommentaires flux RSS transmitTrackBack Identifier URI


Je savais qu’on avait changé d’horaire ce week end, mais là t’as avancé un peu trop les aiguilles !!!!
Sinon, vu la note, c’est donc une sale gosse à voir. Par contre, le changement brutal est lié au genre ou simplement scénariste ?

Commentaire by feilong on 29 octobre 2009 21:05


Ah un peu de vie ici bas ! Je commençais à me demander où vous étiez passés !

Ouais bon, j’fais un dossier donc j’ai le droit de faire des « avants-premières » !

Effectivement le film est étonnamment bon. Agréable quoi pour ce genre trop balisé, ne t’attends quand même pas à une baffe Gray-style !
Le changement brutal ? Pour ce réalisateur ? La Maison de cire n’était pas mauvais, mais c’est vrai que là le gars passe un cran supérieur niveau mise en scène et direction d’acteurs. Le scénario à part le twist tordu c’est du classique mais bien construit.

Commentaire by 2501 on 29 octobre 2009 22:16


Sorti ce mercredi.
Deuxième vision, toujours aussi bon.
J’ai enchaîné avec REC 2, putain de contraste…

Commentaire by 2501 on 31 décembre 2009 0:33


Vu. Je ne suis pas fan du genre (comme vous le savez) et particulièrement exigeant, et je dois dire que ce film est franchement bien foutu dans sa forme.
Sinon quelques aberrations dans les rapports de forces entre les personnages, physiques et psychologiques, sont à la limite d’écrouler l’ensemble :

Spoiler »

Le fameux twist est inattendu il est vrai, mais complètement indispensable pour y coire un minimum…

Tu n’ as eu aucun mal a rentrer dans l’histoire, te laisser happer par le film, ce n’est pas mon cas….

Commentaire by feilong74 on 17 janvier 2010 13:42


très forte impression de déjà vu dans la première partie effectivement…mais la mise en scène soignée et la gamine particulièrement forte m’ont fait rentrer dedans. Assez étonnant de la part du réal du quand même pas mal pourri la maison de cire dont le seul intérêt était pour moi la mise à mort de paris hilton…

Commentaire by derf on 21 avril 2010 9:57

addLaisser un commentaire