District 9

Neill Blomkamp s’est fait connaître par ses courts-métrages mettant en avant des effets visuels bluffants, notamment une illustration libre du jeu Halo. Ejecté de l’adaptation du long du même nom par les grands pontes des studios, c’est le kiwi le plus connu de la planète cinéma qui vient à sa rescousse pour produire District 9. Le film vient foutre un gros coup de pied dans la fourmilière hollywoodienne, en étant au moins aussi spectaculaire que les gros blockbusters ricains, avec un budget ridiculement petit de 30 millions de dollars (la moyenne d’un gros film à SFX se situant plutôt aux alentours de 150, avec des pointes à 250). Le film de Blomkamp ne se contente pas d’exploiter de manière optimale chaque cent, il est surtout remarquable dans sa manière de croiser le docu-politique et la science-fiction.

District 9 se propose de faire des aliens des réfugiés, bloqués pour une raison inconnue au-dessus de Johannesburg, ces 1 800 000 âmes vivent parquées dans un gigantesque bidonville. Même s’ils sont a priori non agressifs, cette invasion passive n’est pas du goût des humains qui ont vite fait de ne pas appliquer les droits de l’homme aux nouveaux arrivants. Le film se suit d’abord comme un documentaire, suite d’interviews, d’analyses et de témoignages avec l’élément alien incongru en arrière-plan. L’Histoire récente de l’Afrique du Sud aide bien sûr à tisser des parallèles évidents, et Blomkamp se lance dans un patchwork d’images dites réalistes pour renforcer l’immersion et comme contrecarrer les clichés des monstres de série B. Les « crevettes », surnom péjoratif qui en rappelle d’autres, vivent comme des mendiants, dans des décharges, mais leur présence gêne. Le transfert dans des camps est décidé, et nous faisons alors connaissance avec un « héros » très particulier.

District 9 part sur les chapeaux de roues pour nous impliquer au maximum, nous faire croire à tout prix à son histoire en nous faisant oublier la science dans la fiction. Les aliens deviennent vite attendrissants, et les humains, tellement belliqueux et/ou crétins, détestables. Le contexte socio-politique séduit, il n’empêche que le trait de l’inversion des rôles est forcé. Le porte-à-porte pour expulser ces braves bêbêtes est une idée absurde qui tire un peu trop vers la farce (où l’on sent la patte des premiers Peter Jackson). Mais le problème d’identification viendra surtout du héros inutilement idiot. L’humour et le grotesque du personnage se heurtent à la réalité construite avec entrain. Ce protagoniste en devient même moins crédible que les malheureux aliens ! Du coup, de son évolution ne découlera pas l’empathie nécessaire pour se prendre la grosse baffe que le film ne cesse de vendre.

Car en effet Blomkamp en a dans le calbute, des bonnes références comme des bons réflexes de mise en images percutante. On passe de la Mouche à Aliens avec bonheur, mais il manque peut-être à un film qui a trop confiance en son pitch improbable, son propre morceau de bravoure inédit. Le spectacle est là, c’est incontestable, mais le crescendo pas encore tout à fait maîtrisé. Si le switch un peu gratuit entre effets documentaires et réalisation classique en choquera plus d’un, on reste indulgent devant si ce n’est un grand film, du moins une bonne petite surprise dans un genre rare en pépites, qui laisse présager du meilleur pour son auteur.

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Rating: ★★★★★★★½☆☆ 


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