LUCIO FULCI maître du macabre – Part 2

Retour (comme promis il y a maintenant 2 ans !!) sur un cinéaste italien méconnu, qui vaut selon moi bien plus qu’un Dario Argento, ou même qu’un Romero (qui sortis de leurs genres respectifs ne savent pas faire grand-chose, et de retour à ceux-ci sur leurs vieux jours font plutôt honte… fin de la parenthèse assassine).
Lucio Fulci a aussi eu ses navets infâmes, comme tout réal d’horreur, qui ne sont pas connus pour une intégrité à toute épreuve, devant livrer à intervalles réguliers des produits plus ou moins réussis dans un contexte de production au mieux de série B, en Italie dans les 70′s et 80′s frôlant régulièrement la série Z. Alors c’est vrai que sur ses vieux jours, après sa période horreur faste détaillée dans la première partie, Fulci a enchaîné les long-métrages insignifiants. Mais l’avantage avec lui, c’est qu’il a touché à tous les genres, et surtout qu’il fût très productif (56 films en 35 ans tout de même). Il a donc réussi à sortir des oeuvres remarquables dans chacun, à commencer par la comédie dans les années 60, le western, l’horreur bien sûr, le film historique, le giallo, le fantastique, et même l’érotisme. Lucio Fulci était l’artisan typique du film d’exploitation, et il sût au sein de cette industrie développer un style visuel personnel, mettre en avant quelques thématiques. Les retrouver dans des films aussi divers est vraiment passionnnant. Malheureusement la plupart sont difficiles à trouver, une fois sorti de la période gore, et de ses dernières tentatives ratées.

Sette note in nero (1977)
aka L’Emmurée vivante
aka The Psychic
Ambiance, ambiance… L’Emmurée vivante vient contredire les impressions laissées par les films plus ouvertement gores de Fulci. Le scénario basé sur une enquête à travers les visions du personnage féminin principal (superbe Jennifer O’Neill) est bien plus solidement construit. On gagne dans une atmosphère délétère et cotonneuse ce que l’on perd en fulgurances morbides, macabres et sanguinolentes. Le réalisateur ne peut cependant pas s’empêcher quelques plans incongrus que l’on n’imaginerait chez aucun autre, comme dans le très beau prologue où une femme se jette d’une falaise, et où il nous donne à voir en gros plans son visage cogner contre la paroi ! Bizarrement ça passe tellement c’est inattendu, malgré le côté bricolé très visible des effets spéciaux.

Même la mise en scène y est plus constante et maîtrisée, et la photographie très lumineuse contribue à une certaine fascination. Le film est parfois trop bavard, Fulci n’est jamais meilleur que quand il laisse place seulement aux images et aux sons. Ce que vient démontrer un long final comme souvent chez lui fort réussi, où culmine par deux fois le thème de Tempura (les fameuses « sept notes » du titre, repris par Tarantino dans Kill Bill, et qui part comme dans Et pour quelques dollars de plus de la mélodie d’une montre). De plus, de par le costume de l’héroïne et le suspense de la poursuite on ressent fortement une analogie avec Le Petit Chaperon rouge. Si l’Emmurée vivante est un thriller si captivant, c’est avant tout par la parfaite exploitation par le scénario de son thème principal : le temps. De la montre aux visions, il y aurait de quoi analyser à outrance. Toutes les pièces du puzzle mental s’assemblent petit à petit, et s’il est aisé de deviner la fin ce n’est pas dommageable puisque la mise en scène et la musique de Fabio Frizzi fonctionnent pleinement. A quelques scènes d’explication près (parfois confuses), on a droit à une reconstruction à la Brian De Palma, aux clins d’oeil un peu appuyés mais toujours efficaces.
L’Emmurée vivante propose un scénario bien plus écrit que d’habitude chez Fulci, un récit plutôt complexe et accrocheur jouant sur un malin renversement de situation. Atmosphère quasi-onirique et mise en scène élégante et maîtrisée font de ce film une incontestable réussite, bien plus homogène que les purs films d’horreur du maître du macabre.
http://www.youtube.com/watch?v=oEnUk-gk0II
Rating: 









Una lucertola con la pelle di donna (1971)
aka Lizard in a woman’s skin
aka Carole
aka Le Venin de la peur
aka Les Salopes vont en enfer
Film méconnu du réalisateur Lucio Fulci, ce Lizard in a woman’s skin est à nouveau un excellent giallo. L’intrigue policière mêlant les rêves de l’héroïne (point commun avec la médium de L’Emmurée vivante) et une sombre affaire de meurtre dans un climat trouble opposant haute société anglaise et hippies est à nouveau très écrite, assez classique avec son retournement de situation final, mais fort bien menée.
Ce qui fait l’intérêt principal du film c’est la mise en scène de Fulci, qui a rarement été aussi maîtrisée, et pourtant si libre et débridée. Il enchaîne les plans les plus inventifs mais avec une science du découpage qui force le respect. C’est surtout lors des rêves et des courses poursuites avec le tueur que la réalisation atteint des sommets avec très peu de choses (les zooms souvent abusifs chez lui trouvent une utilisation bien plus originale ici). On discerne rarement le poursuivant mais la tension est constante, le montage très rythmé utilise toutes les échelles de plans dans des décors tantôt clos tantôt gigantesques que le cinéaste exploite à la perfection.

Le film impressionne alors bien plus sur la tension qu’il arrive à créer à partir de la simple représentation d’une femme apeurée, que par les quelques rares fulgurances sanglantes (même si l’incongrue scène des chiens marque durablement). Fulci se permet même de faire une ellipse sur une mise à mort ! L’ambiance limite expérimentale et psychédélique des rêves est efficacement rendue, à l’image de la toute première séquence où l’héroïne court affolée dans un train bondé, puis dans un couloir blanc rempli d’hommes et de femmes entièrement nus pour finir dans une chambre sombre avec sa voisine et future victime.
Visuellement étonnant et stimulant, Lizard in a woman’s skin possède aussi ce lyrisme étrange des productions italiennes, accentué par la musique de Ennio Morricone. A noter un personnage de jeune hippie qui peint au lancer de couteau un tableau nommé… « putréfaction ». Prémonitoire.
Rating: 









Non si sevizia un paperino (1972)
aka Don’t torture a duckling
Don’t torture a duckling est un giallo très particulier. Tout d’abord parce qu’il se déroule dans un milieu rural, Fulci fustigeant les villageois et leur pensée de masse par la stigmatisation du coupable idéal, parias du coin, sorcière vaudou ou idiot du village. Ensuite par les victimes inhabituelles des crimes perpétrés : des enfants. Tout cela contribue à une ambiance glauque et presque malsaine, renforcée par une excellente utilisation des décors (cette autoroute surélevée notamment), et à un climat poisseux caractérisé par un rendu prononcé des éléments (chaleur, pluie battante). Les enfants, pas présentés comme des anges non plus, sont confrontés à la violence – le réalisateur évitant de s’attarder sur les meurtres, montrant essentiellement le résultat, l’idée étant suffisamment traumatisante – mais aussi à la sexualité, dans des scènes plus troublantes avec ce personnage de femme fatale équivoque interprétée par la sublime Barbara Bouchet.

On retrouve dans ce film un excellent cast d’habitués du cinéaste : Marc Porel (L’emmurée vivante), Georges Wilson (Beatrice Cenci), Tomas Milian, ainsi que Florinda Bolkan. Cette dernière interprète un étrange personnage de sauvageonne, à mille lieues de son rôle de bourgeoise guindée dans Lizard in a woman’s skin. Elle est au cœur d’une scène de lynchage éprouvante, la plus réussie du film, seul meurtre détaillé (et ce n’est pas un hasard) avec la musique populaire de la radio en contrepoint (qui n’est pas sans rappeler la célèbre scène de Reservoir Dogs).
Fulci maîtrise son intrigue policière en multipliant adroitement les suspects potentiels et les fausses pistes. Il continue, après Beatrice Cenci, à condamner la puissance de l’Eglise, mais aussi la vindicte populaire, souvent étroitement liés. En y ajoutant des superstitions vaudous pour le côté fantastique, ainsi que le traumatisme de la perte d’un enfant, le réalisateur ajoute une belle profondeur à son enquête policière, évitant ainsi le glauque le plus total et le plus facile, piège d’un tel sujet.
On trouve dans le final le même effet gore que l’on verra 5 ans plus tard dans le prologue de L’Emmurée vivante. Une fascination pour les détails morbides qui se confirme dès le début des années 70. Malgré quelques légers problèmes de rythme, cet original et surprenant Don’t torture a duckling marque durablement les esprits.
Rating: 









L’Eventreur de New York (1981)
L’Eventreur de New York est généralement considéré comme le dernier bon film de Fulci. Personnellement je dirai plutôt le début de la fin. Le générique montre une main coupée dans la gueule d’un chien. Cette image figée annonce la couleur, on est encore dans la longue contemplation de l’horreur typique du réalisateur. Mais malheureusement moins pour l’esthétique que pour le glauque et le brutal.
Une particularité a fait beaucoup parler du film. Le tueur, en classique vue subjective cachant son identité, a une voix nasillarde et imite un canard lors de ses tueries et de ses coups de téléphone à la police. Cela donne un étrange caractère grotesque à ses boucheries. Idée insolite (Donald Duck serial killer sanguinaire ?!) qui peut tout aussi bien faire complètement décrocher du film.
D’autant que Fulci ne se foule guère pour installer un quelconque suspense. Il utilise plutôt bien ses décors américains variés (quartiers chauds, ferry, métro, pont de Brooklyn), et ne semble vraiment concerné que sur les scènes de meurtres, là aussi diverses et bien dégueulasses, bien que moins belles que par le passé (on retiendra celui, bien douloureux, au rasoir, et le plan à l’intérieur d’une gorge fraîchement tranchée !). Il reste le gore mais plus l’inventivité formelle de ses giallos précédents, à deux ou trois éclairages colorés près, hommages pas très réussis à Argento (Salvati n’est plus à la photo et ça se ressent).
On retrouve la fascination pour les yeux, ses zooms (bien que moins nombreux), et un personnage féminin ayant des hallucinations. Mais ce sont de trop discrètes touches personnelles, l’enquête n’intéresse pas un instant, et le reste du film, avec ces longues séquences mettant en scène ce personnage de bourgeoise s’offrant aux premiers venus, est incroyablement racoleur. La musique jazz-funky est passe-partout (on regrette Fabio Frizzi). Pour couronner le tout, de l’inspecteur à la moindre victime, on ne s’attache à absolument aucun personnage. La fin est expéditive et le chantage émotionnel de dernière minute indigne du talent du réalisateur. Quand on se rappelle les sommets visuels atteints sur L’Emmurée vivante et l’Au-delà, l’Eventreur de New York est un spectacle basique et mal fichu franchement décevant. Un giallo dont on ne retient que le contexte américain et la violence outrancière, qui marque la fin de la période faste de Lucio Fulci.
Rating: 









Rating: 









Beatrice Cenci (1969)
aka Liens d’amour et de sang
Ce drame historique se déroulant pendant la Renaissance conte une histoire basée sur des faits réels. Bien que datant de 1969, donc bien avant la période horrifique du réalisateur, on reconnaît ça et là quelques prémisses, lors des scènes de torture, ou un meurtre avec énucléation (une figure récurrente chez lui que l’on retrouvera dans L’Enfer des zombies et l’Au-delà). Beatrice Cenci est un sympathique bis italien mettant en scène l’histoire complexe d’une famille entre inceste, vengeance, parricide, et intérêts financiers des hautes sphères religieuses. La mise en scène de Fulci est comme souvent inégale, curieux et fascinant mélange entre zooms grossiers, faux raccords et élégants mouvements de caméra, cadrages audacieux. Au moins on ne s’ennuie pas et l’on est surpris par ces choix esthétiques. La narration est un peu brusque (beaucoup de séquences coupées net, encore une marque de fabrique) mais néanmoins intéressante puisque constituée de flashbacks intégrés dans un grand flashback. Malgré la sensation d’un budget limité pour la reconstitution historique, le tout reste assez charmant et crédible.
Le personnage de Beatrice Cenci (superbe Adrienne Larussa, on reconnaît encore le bon goût de Fulci en matière d’actrices) n’est pas assez mis en avant dans la première partie, mais c’est sa froideur et sa détermination qui emporte l’adhésion dans la seconde. Au coeur du drame, ce ne sera pourtant jamais elle qui versera une seule goutte de sang.
Récit historique complexe baigné de cruauté, Beatrice Cenci, film préféré de son auteur, est plus une curiosité qu’un véritable coup d’éclat. Mais les fanatiques religieux en prenne plein les dents, et ça ça fait toujours plaisir.
Rating: 









Le Temps du massacre (1966)
Le Temps du massacre est un western spaghetti à la renommée plutôt flatteuse, et un peu exagérée. Réalisé en 1966, on y retrouve le Franco Nero de Django. Comme d’habitude dans ce genre de film, la musique tient un rôle prépondérant, sans bien sûr atteindre le niveau du maestro Morricone.
Nero incarne le traditionnel gentil aux yeux clairs et à la mine impassible, qui va se retrouver opposé à la méchante famille Scott qui règne cruellement sur ses terres natales (ils chassent à cour en remplaçant le renard par des hommes, les vilains).
Le récit tâtonne autant que notre héros jusqu’à l’inévitable confrontation. Le temps du massacre tarde à arriver mais ça finit par canarder sec dans le dernier quart d’heure. Le film contient tous les ingrédients du genre, parfois mal agencés, dont on retiendra surtout un inédit duel au fouet. Un western de bonne facture au scénario trop inégal.
Rating: 









Les Quatre de l’Apocalypse (1975)
Les Quatre de l’Apocalypse est un western plus réussi. Son titre est trompeur, ne pas s’attendre à une orgie de gunfights et à un récit noirissime. Au contraire, ce western navigue entre drôlerie désespérée et onirisme, suivant le parcours d’un groupe improvisé dans une période troublée. Leurs relations sont privilégiées avant même les codes du genre, et le film peut par cela désarçonner le spectateur. Mais cela donne de très jolis moments (pas aussi jolis cependant que la sublime actrice Lynne Frederick), et d’autres très inhabituels comme un douloureux accouchement quasiment en temps réel.
Rating: 








Et pour finir, quelques belles images.















Tags: David Fincher, Filmographie, Horreur, Italie, Lucio Fulci, western
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