Un prophète

Jacques Audiard est devenu le petit prodige d’un cinéma d’auteur français qui n’hésite pas à se frotter au genre, avec une patte particulière, à la fois sensible et directe. Un Prophète plonge encore plus profondément dans un cinéma que la France n’affectionne pas forcément. Avec son scénario dense et le parti pris de coller à un personnage pendant 2h35, Audiard s’offre l’occasion de marquer les esprits, ce qui fût le cas dès sa présentation au festival de Cannes où le film fût à deux doigts de décrocher la Palme (c’était sans compter la sorcière Huppert).
Célébré et attendu, ce Prophète porte bien son titre. Après un été comme souvent bien morne côté cinéma hexagonal, le Audiard nouveau est la première cartouche nationale de la rentrée, et la fierté du pays depuis la réussite acclamée de Sur mes lèvres. Etrange écart entre ces bruyants dithyrambes et la (fausse ?) modestie d’un cinéma intimiste au style discret.
Seulement ce gros bloc âpre et dur, sorte d’Oz à la française, n’est pas sans défauts malgré un scénario fouillé et une interprétation maîtrisée. Audiard garde un style très monotone, dans tous les sens terme. Le film en devient presque aussi quelconque que son titre avec article indéfini. Toujours très occupé à coller aux basques de ses personnages, il en oublie trop souvent de faire parler l’image… Et quand il se risque à un plan composé, c’est pour un résultat un peu trop lourdement significatif (voir la toute fin). Paradoxalement, ce filmage en caméra rapprochée joue contre l’immersion apparemment tant recherchée. Audiard tente cependant de sortir du réalisme forcené de son style, sans se montrer vraiment convaincant (l’onirisme peu maîtrisé : les apparitions gratuites, les cerfs).
On retrouve aussi l’espèce de volet façon judas qui reste la signature visuelle la plus identifiable du cinéaste, bien représentative de l’effort à l’oeuvre ici, passer tel une souris à travers un trou de serrure pour rester au plus près de son protagoniste. Malheureusement la psychologie est trop souvent reléguée au placard au profit des rebondissements plus classiques d’une évolution de délinquant. Oubliée la culpabilité par exemple, et bien que ce Prophète contienne quelques moments chocs réussis, on a la désagréable impression d’assister à un récit qui aligne les évènements au lieu de nous les faire vivre, à la manière d’une médiocre série TV qui mettrait tout sur le même plan. Problème de rythme, de montage, d’incarnation. Ce Prophète possède sans aucun doute la valeur ajoutée d’un sujet d’actualité peu traité, mais échoue quelque peu sur le plus important, l’implication purement cinématographique.
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Tags: 2000-2009, France, Jacques Audiard, prison
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