Inglourious Basterds

Inglourious Basterds, projet de longue haleine du wonderboy Tarantino, arrive enfin sur nos écrans après un accueil mitigé au festival de Cannes. Et en effet à la sortie du film le plus attendu de l’année, une sensation nouvelle se fait ressentir, de celle dont le Quentin jusqu’ici toujours maître de ses effets ne nous avait pas habitué. L’impression d’inachevé de ce faux film de guerre est-elle due à cette longue maturation suivie d’une exécution très rapide (histoire écrite après Pulp Fiction, puis quelques mois du scénario au montage pour être prêt pour le festival) ? Toujours est il que de prime abord, Inglourious Basterds, dont on attendait peut-être trop monts et merveilles, est le plus déceptif des films de Quentin Tarantino.

Pourtant on sait le bonhomme avide de surprendre, de ne pas se placer là où on l’attend, mais ses Basterds en seconds couteaux – comme tous les personnages d’un film « choral » – ne sont pas du tout le grief principal que l’on pourrait avoir, malgré une bande-annonce action extrêmement mensongère. Certes, le film de guerre selon Tarantino se résumera davantage à des joutes verbales qu’à des effusions de sang, mais est-ce vraiment une surprise ? Non, le petit hic du film vient d’une construction en contrastes déjà expérimentée dans Boulevard de la mort, et qui fonctionnait bien mieux dans ce dernier. Le film enchaîne les discussions autour d’une table, et le cinéaste les fait durer comme il sait si bien le faire, jusqu’au point de rupture. Néanmoins les morceaux de bravoure qui viennent les conclure n’ont souvent rien d’exceptionnel. Difficile de retrouver la jubilation constante qui préside les films de Tarantino dans ces longues tirades entrecoupées d’éclairs de violence. Formellement, entre une photographie un peu fade et des effets de style d’autant plus rares qu’ils se font trop remarquer – et même parfois quelques ralentis ratés et faux raccords gênants – le cinéaste tire sur la corde. Révélatrice, la musique n’est plus employée avec autant de génie. A l’exception d’une cocasserie de David Bowie, on se retrouve avec du remâché de Kill Bill dans les gimmicks et le côté western spaghetti. Un détail ne trompe pas : pour la première fois à la sortie, aucune envie de se procurer la BO.

Malgré tous ces bémols les numéros d’acteurs restent une valeur sûre de son cinéma, et l’on se régale plus d’une fois d’une galerie bien plus folle que le film lui-même, d’un Aldo Raines à l’accent… à couper au couteau, au mielleux nazi polyglotte Hans Landa, interprété avec suavité par un Christoph Waltz incontestable révélation du film. Les français sont par contre plus approximatifs (le projectionniste, au secours… Mélanie Laurent peu touchante dans sa vengeance et sa relation impossible avec un Daniel Bruhl moins monolithique). Le jeu sur les langues (4 en tout) reste cependant un atout majeur du film, qui lui donne d’ailleurs davantage de cachet que des costumes et décors plutôt quelconques. Et les dialogues plus directement utiles à l’histoire font régulièrement monter crescendo de jolis moments de tension.

Inglourious Basterds se veut peut-être plus abordable, moins ouvertement théorique et digressif dans ses dialogues que ses dernières oeuvres. Il déroule son récit d’une façon tranquille et linéaire, la construction en chapitres et quelques brefs flashbacks n’étant là que pour apposer discrètement la patte de l’auteur. Même son essai grindhouse paraît plus complexe avec sa structure en miroir ! La construction « discussions en intérieurs » reste culottée et originale, mais n’évite pas un certain étouffement qui se ressent sur le rythme global.

Tarantino s’amuse une fois de plus des codes d’un genre mais à trop vouloir s’en éloigner il ne propose pas une alternative assez nouvelle et personnelle pour les remplacer. Le film ne se montre tout simplement pas assez inventif. Le cinéaste veut réaliser une farce avec en toile de fond le pouvoir du cinéma à même de changer l’Histoire. Mais la comédie n’est pas assez grotesque et sa croyance dans le tout-puissant 7ème Art sent un peu le réchauffé, à être trop littéralement inclue dans l’intrigue alors que jusque-là son amour imprégnait chaque image. Ses détracteurs en seront peut-être ravis, puisque l’on ne peut plus le taxer d’enchaîner comme des perles les hommages trop explicites. Son cinéma de noble recyclage paraît un peu vide, moins étincelant que d’habitude. Cela n’empêche pas d’apprécier cet Inglourious Basterds pour ce qu’il est : tout juste un bon film. Mais pour du Tarantino ça sonne un peu comme une mauvaise farce…

2501

Rating: ★★★★★★★½☆☆ 

tagsTags: , , , , , ,

8 Commentaires

rssCommentaires flux RSS transmitTrackBack Identifier URI


Avis « à chaud ». Je serai sans doute moins sévère à la seconde vision.
Enfin j’espère…

Commentaire by 2501 on 29 août 2009 12:03


ça va encore, je t’attendais plus sévère…procure toi la B.O., c’est que du score d’autres films à part 2 morceaux, donc forcément moins sympa à écouter que les BO d’avant…en ce qui concerne le cinéma qui parle du cinéma, ya quand même des trucs sympas, entre le truc sur les bandes en nitrate (enfin ça je trouve ça rigolo parce que c’est dans mes cours de peut-être-mais-vraiment-pas-sûr-futur-projectionniste) et la replique de mélanie laurent : « en France on respecte nos réalisateurs », c’est un peu naif mais moi ça me fait marrer !…….sinon plus je repense au premier chapitre (« once upon a time in nazi occupied France »Wink, plus j’ai envie de le revoir Shock)

Commentaire by derf on 29 août 2009 16:38


J’ai écouté la BO et je persiste, j’accroche à 3 ou 4 morceaux pas plus.

Tarantino a joué avec le feu avec ses 4 langues et sans doute son film le plus choral niveau casting. Il a beau être un directeur d’acteurs hors pair, l’interprétation est pour la première fois irrégulière. Il faut dire qu’il en sert certains mieux que d’autres (Waltz est génial mais faut voir les morceaux qu’il se tape). Le bât blesse sur l’histoire de Shoshanna. Tarantino semble vouloir en faire une sorte de The Bride in WW2, mais ce perso est trop froid, pas assez exploré. Sa relation avec le sniper soi-disant en attirance-répulsion des 2 côtés (dixit interview) ne fonctionne pas du tout comme ça. Bon sinon Diane Kruger est une parfaite incarnation de star allemande de l’époque, et Eli Roth a peu de dialogues Smile . A la revoyure en connaissance de cause tout cela passera sans doute mieux.

Comme tu le soulignes, le premier chapitre en forme d’hommage verbeux à Leone, est sans doute celui qui n’a aucun défaut et qui reste le plus marquant.

Sinon j’espère que tu seras plus crédible que le Marcel du film quand tu seras projectionniste !

Commentaire by 2501 on 29 août 2009 17:54


Revu.

Je monte à 8 car le jeu sur les dialogues est un vrai plaisir.
Mais cela reste le Tarantino que j’apprécie le moins.
Avec la pire séquence qu’il ait tourné : celle de l’escalier. Et pas uniquement à cause de l’interpétation des 2 acteurs français. Tout y est mauvais, de la mise en scène aux dialogues (mal traduits de l’anglais mais pas seulement).
Sinon si beaucoup de scènes passent mieux à la seconde vision, c’est toujours pareil pour la vengeance un peu ratée, et le climax est plutôt mal monté (les 3/4 du chapitre 5). L’enchaînement de LA scène au ralenti dans la cabine de projection et d’une attaque anecdotique de 2 basterds c’est du n’importe quoi…

Commentaire by 2501 on 7 septembre 2009 17:24


Enfin en VO enfin vu…

J’avais pas vu ce niveau tarantinesque de certaine scène de dialogue depuis Reservoir Dogs / Pulp. Franchement. (chapitre 1, tous les intérogatoires de Christoph Waltz en parallèle à celles de Pitt, LA scène du bistrot). Chaque personnage apporte son niveau de lecture et celui de Brad Pit et forcément celui qui se rapproche le plus de tarantino. Dommage que L’histoire de la française juive sous fond de rape and revange soit raté pour je ne sais quelle raison. Pourtant Mélanie Laurent joue plutot bien, mais le développement de cette histoire m’a fait chier…

séquence escalier = séquence échelle ?

Commentaire by feilong74 on 19 septembre 2009 18:34


Ah oui sinon pour la BO, ben je n’ai ressenti aucun manque ( du à l’absence de musique). Le film n’étant finalement pas un pastiche, cela ne s’y prête pas comme c’est la cas dans un kill bill par exemple. Après l’utilisation quasi systématique dans les transitions des chapitres est plutôt maladroite il est vrai.

Commentaire by feilong74 on 19 septembre 2009 19:00


On se rejoint donc sur la partie vengeance.

Pas celle de l’échelle non, la scène de l’escalier c’est le dialogue hyper explicatif entre Shoshanna et son lover black de projectionniste dans le hall du ciné, où ils expliquent en long et en large qu’ils vont tout cramer alors qu’on avait déjà tout compris avant. J’étais limite tétanisé de gêne.

Bon, sinon content que tu ais pu enfin le découvrir en vo (tu comprends maintenant pourquoi c’est encore plus indispensable que d’habitude Wink ).

Commentaire by 2501 on 20 septembre 2009 0:06


Ok je vois pour la séquence, je l’avais zappée en fait, Ratée il est vrai comme tout les autres entre ces deux personnages…
Pour la VO, je suis content d’avoir attendu presqu’un mois. J’ai du mal à imaginer à quoi ressemble la traduction !

Commentaire by feilong74 on 20 septembre 2009 9:40

addLaisser un commentaire




Markup Controls
SmileBig SmileGrinLaughFrownBig FrownCryNeutralWinkKissRazzChicCoolAngryReally AngryConfusedQuestionThinkingPainShockYesNoLOLSillyBeautyLashesCuteShyBlushKissedIn LoveDroolGiggleSnickerHeh!SmirkWiltWeepIDKStruggleSide FrownDazedHypnotizedSweatEek!Roll EyesSarcasmDisdainSmugMoney MouthFoot in MouthShut MouthQuietShameBeat UpMeanEvil GrinGrit TeethShoutPissed OffReally PissedMad RazzDrunken RazzSickYawnSleepyDanceClapJumpHandshakeHigh FiveHug LeftHug RightKiss BlowKissingByeGo AwayCall MeOn the PhoneSecretMeetingWavingStopTime OutTalk to the HandLoserLyingDOH!Fingers CrossedWaitingSuspenseTremblePrayWorshipStarvingEatVictoryCurseAlienAngelClownCowboyCyclopsDevilDoctorFemale FighterMale FighterMohawkMusicNerdPartyPirateSkywalkerSnowmanSoldierVampireZombie KillerGhostSkeleton