Les révoltés de l’an 2000

Bien avant les Nacho Cerda et autres Guillermo Del Toro (mais après Bunuel quand même !), le cinéma de genre espagnol faisait déjà parler de lui, du moins là où il n’était pas censuré. Même s’il n’est pas dénué de défauts, ce film (de moins en moins) méconnu de Narciso Ibanez Serrador ne peut laisser indifférent, même plus de trente ans après sa sortie.
Si le titre français n’a qu’un lointain rapport avec le sujet du film il a au moins le mérite de préserver la surprise jusqu’au bout si on se lance dans le visionnage sans jamais en avoir entendu parler. Le titre original (Quien puede matar a un nino ?) ainsi que le générique suffisent à mettre un peu sur la voie. Voilà peut-être l’écueil que le film n’arrive pas à éviter. La didactique lourdaude du générique décidément très long associée à un sens du rythme pas toujours maîtrisé n’annoncent rien de bon. La première partie du film oscille entre la pose d’une ambiance bizarre aux cadres léchés et l’insistance sur des enjeux narratifs déjà bien compris : un couple bien trop heureux, une île bien trop bizarre, on a cerné le truc.
Mais malgré ces maladresses, le film entier repose sur son concept très bien trouvé : prenez La nuit des morts vivants, remplacez les morts vivants par des enfants aux visages angéliques, ajoutez-y une mise en scène éclairée utilisant à merveille la profondeur de champ (avant Carpenter…) et des cadres à la Hitchcock et vous obtiendrez un film vraiment perturbant.

Et le moins que l’on puisse dire c’est que le réalisateur pousse son concept jusqu’au bout, n’hésitant pas à jouer avec les pires tabous, des scènes que l’on n’aurait jamais cru voir au cinéma qui même si elles n’ont rien de gore renvoient à des thèmes et situations difficilement abordables, celles qui mettent en jeu des enfants, d’autant que la raison de tout cela n’est pas explicite, contrairement à d’autres films utilisant les enfants à titre d’élément anxiogène comme le Village de Damnés par exemple.
Définitivement pessimiste à l’égard de l’humanité, le film détruit plus particulièrement la famille à plusieurs reprises et ce même lorsqu’on croit en une possible rédemption. La famille « saine » à l’autre bout de l’île et la grossesse « salvatrice » de l’heroine resteront deux exemples marquants d’une volonté de détourner deux modèles de la bien-pensance et du bonheur forcé contre laquelle toute cette culture des années 70 tentait de lutter.
Narciso Ibanez Serrador signe donc un film punk et nihiliste qui malgré son problème de rythme qui peut déranger va vraiment jusqu’au bout de son propos pour un résultat assez dérangeant.
Tags: 1970-1979, Horreur, Narciso Ibanez Serrador
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