Public Enemies

Comme Dillinger sur sa ligne droite vers une fatale destinée, n’y allons pas par quatre chemins : dans une fresque criminelle dont le sujet avait tout pour plaire, à travers un pan fascinant de l’histoire américaine et de ses personnages mythiques, Michael Mann dévoile toute la vacuité de la direction qu’a pris son cinéma.
Public Enemies amplifie les défauts récents d’un cinéma tout entier voué à ses expérimentations visuelles. Mann et son dada du numérique, appliqué aux années 30 faisait déjà douter de la validité et de la crédibilité du projet. Ce rendu purement visuel, déjà à l’œuvre dans le décoratif Miami Vice, est finalement le moindre mal d’un film totalement vide et désincarné. Un immense ratage.
Il n’y a aucun intérêt à ce que ce film dure 2h15, tant son contenu s’avère mince et atone, si ce n’est pour le bon plaisir d’un réalisateur devenu d’une prétention rare, à jouer au laborantin avec ses nouvelles technologies. Là où un James Cameron au moins aussi orienté vers les expérimentations ne tourne jamais le dos au public, Michael Mann semble s’en soucier comme de sa première cuite.
Pour preuve ce scénario complètement amorphe, où les personnages n’existent pas, où la romance si importante au récit ne prend absolument jamais, où les acteurs dérivent comme des pantins en roue libre, en under acting total dans un flot de plans crus et froids. Il est triste de voir des acteurs du calibre de Bale et surtout Depp évoluer tels des fantômes sans but. Au moins la p’tite frenchie Cotillard n’a t-elle pas de mal à se hisser à leur niveau de non-jeu.
Mann envoie valser son scénario alors qu’avec la bonne densité d’écriture, le bon équilibre entre histoire et visuel, il avait atteint un sommet avec Collateral. On ne peut cependant occulter la grande fresque qu’un tel sujet aurait pu servir, quand le script anémique tente lors de courtes séquences de nous parler de l’organisation du crime de l’époque, ou des nouvelles méthodes du Bureau Fédéral d’Investigation. Effleurés, ces thèmes passionnants laissent rapidement la place au ballet glacé du numérique mannien. Un cinéma sous vide, qui s’amuse de ses effets réalistes (grosses pétarades bien bruyantes, gros plans visages où l’on distingue tous les pores de la peau), mais finit par ne ressembler à rien d’autre qu’une futile démo pour la dernière caméra en vogue, avec des porte-flingues en modèles publicitaires.
Même les passages obligés ne semblent pas intéresser le réalisateur, tout occupé à filmer armes voitures et costumes, il en néglige la structure de braquages tous identiques, et de fusillades anonymes, à une scène près peut-être (celle de la forêt). On retiendra aussi quelques plans du final au cinéma, où même là le crescendo est maladroitement amené par les parallèles lourdingues avec le film visionné par le gangster. Comme pour rajouter au jemenfoutisme à l’œuvre, la musique est mixée comme dans un film d’étudiant, avec des coupures en fondu à l’encontre de toute logique.
On voit d’ici fans et « critiques » se gloser de l’épure, de l’expérimentale jouissance d’un tel cinéma onaniste. On les entend déjà. Mais devant l’empathie zéro de ce Public Enemies, qu’elle soit narrative ou visuelle – car cette mise en scène n’a même pas pour elle de porter le film comme chez des formalistes tels que Tsui Hark – on ne peut que se désoler qu’une telle mascarade puisse faire illusion.
Le résultat peut se résumer ainsi : « faire du cinéma », versant péjoratif de l’expression. Où l’on se désintéresse des gesticulations vaines du caprice onéreux de papy Mann.
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Tags: 2000-2009, Christian Bale, Johnny Depp, Michael Mann, Polar, ratage
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