La Dernière maison sur la gauche

La Dernière maison sur la gauche fait partie de l’entreprise de revitalisation intensive de son oeuvre par Wes Craven, bien amorcée avec l’assez convaincant La Colline a des yeux. Ici à nouveau producteur, il n’a semble-t-il pas peur de voir sa filmographie dépassée et ringardisée tant que ça génère de l’argent… Il faut dire que ses premiers films ont salement vieilli, même s’il faut leur accorder d’avoir marqué leur époque. C’est encore plus le cas de La Dernière maison sur la gauche, qui, s’il a gardé quelques séquences chocs et des comédiens habités par leurs rôles de tueurs sadiques, subit méchamment le poids des années. Il n’est absolument plus l’oeuvre scandaleuse qui choqua à sa sortie, et dont il porte encore l’aura. Le remake était donc loin d’être inenvisageable, à la limite près de vouloir rivaliser avec la provocation de l’original.
Car qui peut aujourd’hui encore choquer avec un film d’horreur, même sur les pires sujets à base de rape & revenge ? Le cinéma semble avoir fait le tour du sujet, le spectateur avec, malheureusement repu d’images cradingues, récupérées comme tout par la grande machine hollywoodienne qui s’escrime désormais à faire de sujets tels que la torture son gagne-pain, dans la joie, la bonne humeur et les biftons.
Au filmage naturaliste foutraque du Craven, l’inconnu Iliadis oppose une réalisation carrée, efficace et sans ostentation. Il en va de même du récit, plus fluide, à la narration maîtrisée – notamment en se débarrassant de l’intrigue des flics qui donnait à l’original un côté burlesque malvenu (d’autant qu’il était raté). Par un changement de scénario important, on perd cependant un peu du charme de la structure à la Psychose. En gros, de par tous ces parti-pris d’adaptation, qu’un remake se doit d’incorporer, on perd paradoxalement la part viscérale de l’oeuvre originale. Car la construction documentaire allait de pair avec la folie du groupe de tueurs. D’autant que ces antagonistes ne sont plus aussi menaçants que ceux d’origine, par un manque de caractérisation évident, excepté le jeune, plus faible et gentil, ce qui conduit encore davantage à rendre ce remake plus lisse et inoffensif.
Est-ce un mauvais film pour autant, certainement pas. Puisque l’attention apportée au récit conduit à un résultat à l’opposé du Craven, il s’inscrit comme l’exemple même de la capacité des américains à produire du spectacle percutant. Différentes époques, différents angles d’attaque, c’est l’effet bénéfique de l’usine de divertissement actuelle, qui permet parfois de profiter d’une histoire correctement racontée, loin de tant d’autres films d’exploitation prétextes à la surenchère et au n’importe quoi (Saw et ses sinistres suites).
La deuxième partie avec les parents, qui pêchait par excès de bricolage dans le premier et s’avérait involontairement comique, devient alors plus crédible et intense. Et achève de faire de cette Dernière maison sur la gauche cru 2009 un bon divertissement et un remake réussi.
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Tags: 2000-2009, Aaron Paul, Dennis Iliadis, Horreur, rape and revenge, Remake, Sarah Paxton, Wes Craven
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