Vertige

Le film de genre français est devenu une chimère, aux espoirs sans cesse reportés, stagnant au stade de l’essai raté ou imparfait. Peu sont les élus ayant unanimement convaincu de leur réussite. Crying Freeman ou Haute Tension sont les titres revenant le plus souvent, mais toujours réduits à des influences extérieures, américaines ou asiatiques, qui en font des bons produits mais jamais des références. Le spectateur refroidi par de récentes tentatives désastreuses, ou pire cruellement déceptives, ne semble plus vouloir se mouiller et on le comprend devant la qualité de la concurrence anglo-saxonne ou espagnole. Vertige arrive à un moment clé où l’on commence vraiment à saturer et à désespérer de trouver une voie dans ce type de films de divertissement, comme si la recette était immanquablement vouée à l’échec dans notre cadre de production hexagonal.
L’envie la passion sont là mais la production n’y croit pas, et cela déteint souvent sur le sérieux de telles entreprises, de l’écriture à l’interprétation. Abel Ferry se lance clairement avec Vertige dans un survival – jeu de massacre et boogeyman compris – mais (et on le sent dans les interviews) sans vouloir (pouvoir ?) se lâcher totalement. Hors ce genre ne permet pas de concessions (la catastrophe Humains en exemple extrême). Paradoxe qui donne des résultats tièdes. A l’opposé ceux qui tranchent le plus manquent de rigueur sur l’histoire et la psychologie (A l’intérieur, Frontières, Mutants).
Vertige a beaucoup de points communs avec la référence la plus récente du genre, à savoir le The Descent de Neil Marshall, version via ferrata. Abel Ferry sait doser ses effets et ne verse pas dans une frime de mise en scène inutile. Clairement conscient que son film marche sur un sentier balisé, il parvient à une certaine efficacité dans la mise en place de son intrigue. Le survival se doit de se réinventer et pour sa dose d’originalité Vertige joue en premier lieu très habilement sur son titre programme, par une bonne maîtrise du décor montagneux et deux scènes de « haute voltige » assez tendues et haletantes. Mais voilà, le plancher des vaches trop tôt rejoint – le crapahutage ne durant guère que le premier tiers du métrage – s’ensuit une partie survival beaucoup plus classique…
Scénario et personnages manquent alors de densité pour l’identification, et une adhésion à 100% au trip viscéral revendiqué. La richesse psychologique et narrative n’est pas un sacrifice à faire à moins de vouloir seulement jouer la carte du gore qui tâche. Hors Vertige tente de rendre ce groupe de jeunes attachant, mais on sent plus l’effort qu’autre chose. Le background est limité, et comme souvent en France une bonne idée, une bonne séquence sont suivies d’une faiblesse pour un résultat en dents de scie.
Les acteurs sont globalement bons et justes, mais pas assez caractérisés ou parfois maladroitement. Le trouillard a vraiment un physique de lâche et ne surprendra jamais. Hélas c’est aussi l’acteur le plus agaçant, et il est au coeur des rapports du groupe… Fanny Valette a les atouts de la scream queen bien mis en avant, et se révèle intense dans les moments clés, néanmoins elle est trop en arrière-plan pour que sa révolte atteigne tout son potentiel. On reste alors distant face à un spectacle pas déshonorant, regrettant la peur du vide devant un survival trop timoré.
Vertige témoigne d’un talent certain, évite nombre d’écueils habituels, mais souffre de ne pas aller au bout de son sujet. La demi-teinte plus que la déception habituelle, c’est déjà ça de gagné. Une telle histoire aurait méritée un traitement moins timide sur la partie horreur (il faut arrêter de revendiquer le côté « aventure » du film quand on pratique le jeu de massacre). Néanmoins Abel Ferry fait un pas dans la bonne direction, en attendant un projet plus riche et personnel.
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Tags: 2000-2009, Fanny Valette, France, Horreur, survival
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