Jusqu’en enfer

Sam Raimi retournant à ses amours horrifiques après une trilogie de Spider-Man, un rêve de geek ? Non, une réalité un peu inespérée avec ce Jusqu’enfer, qui applique avec soin le beau programme d’un titre prometteur. 16 ans après Evil Dead 3, le réalisateur revient clairement se faire plaisir avec cette petite production sans stars, au seul but d’afficher l’amour d’un genre, et sa maîtrise toujours intacte.
On croit souvent les réalisateurs qui nous ont fait rêver, ou cauchemarder, dans notre enfance, corrompus ad vitam æternam par l’emprise du diable Hollywoodien. Avec le succès et les suites sans fin de l’homme araignée, on ne donnait plus cher du nerd bricoleur de délires sanglants vivant autrefois en Sam Raimi. Jusqu’en enfer, avec son intrigue à base de malédiction gitane, vient malicieusement nous prouver que le bonhomme n’a pas perdu la main (clin d’oeil), et que ce cinéma de pur genre l’amuse toujours autant. Et nous avec.
La douce et fragile Alison Lohman travaille dans une banque et un jour refuse, par pur carriérisme, un prêt à la mauvaise personne… La vieille gitane en question lui jette alors un sort supposé la conduire jusqu’en enfer. Ou comment se débarrasser efficacement des banquiers en temps de crise, vive les gitans !
Malgré tout la jolie blonde diaphane nous fait un peu pitié, comment pourrait-on souhaiter du mal à une si belle créature ? C’est là où Raimi, loin de vouloir révolutionner le genre, se la joue profil bas mais d’une très habile façon : en donnant le rôle autrefois dévolu à un Bruce Campbell cartoonesque à la personne la moins à même de l’incarner ! Quand les démons se déchaînent, le contraste n’en est que plus fort ! Et les séquences horrifiques de devenir complètement autres, presque toujours surprenantes. Le réalisateur ne se lâchera bien entendu plus autant que dans sa mythique trilogie, néanmoins il s’aventure bien plus loin que les petits nouveaux à la tête des sempiternels remakes.
Raimi ne donne pas dans le glauque premier degré, ce qui ne l’empêche pas de respecter la règle d’or : croire à son histoire et à ses personnages. Sans effort superflu, il nous accroche à sa simple intrigue pour ne plus nous laisser respirer jusqu’à la fin. Et comme nous ne sommes plus dans les années 80, il détourne constamment les ingrédients du genre, échappatoire à un classement trop sévère, ce qui permet au final de renouveler les situations. La vieille gitane peu ragoûtante a tout du zombie caché dans la cave. Sans l’être. Les horreurs sont très rarement sanglantes, mais toujours dégueulasses et inventives. Ou, plus anecdotique mais dans le même esprit de détournement, la jolie petite blonde intolérante au lactose commande des glaces comme un gros dur de l’alcool.
Jusqu’en enfer repose beaucoup sur les acquis du cinéaste et ne fera pas d’ombre à ses plus grands films. On peut largement préférer les effets spéciaux bricolés d’antan à ces CGI moyennement convaincants. Mais il témoigne d’un savoir-faire et d’une joie d’artisan réjouissante et communicative. Histoire de mettre les points sur les i, sans jamais jouer au professeur, Sam Raimi prouve qu’il a toujours la flamme. Il en avait sans aucun doute besoin après une overdose de blockbusters. Ca tombe bien nous aussi.
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Tags: 2000-2009, Alison Lohman, Comédie, Horreur, Sam Raimi
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