Star Trek

Dans la vague de remakes revivals et autres adaptations, Hollywood n’a peur de rien. Forcément une licence qui a fait ses preuves ça rassure. Mais Star Trek !?! Le reboot de la série la plus kitsch aux yeux du grand public reste un défi à relever. En attendant de retrouver celui du blockbuster avec scénario original…
Et c’est le petit prodige TV J.J. Abrams qui s’y colle, pour faire encore plus briller son aura, ou simplement perdre un peu de sa superbe en cas de challenge foiré. Si son cas reste litigieux si on rentre dans les détails de ses projets (de Lost à Cloverfield), le bonhomme ne manque toutefois pas d’ambition, mais se rate souvent sur la finition, malgré une compétence de faiseur efficace, et collant à l’air du temps. Qui est jeune et joli. Et ce Star Trek Reborn ne fait pas exception.
La patte Abrams y est rapidement identifiable : jeunesse et rythme. Ses héros sont toujours impeccablement beaux, à la limite de Ken et Barbie. Tom Cruise et une Michelle Monaghan en mode mono-expressif dans MI3, la bande de jeunes golden boys & gorgeous girls de Cloverfield, sans parler de ces poseurs de Lost qui ne manque jamais une occasion de tomber la chemise. And now : Star Trek new generation introducing l’inconnu Chris Pine. Après Shia LaBeouf, une autre victime du patronyme « à la française ». Et celui-ci possède en plus une bonne tête de vainqueur pour le casting de Starship Troopers, mix improbable ente Casper Van Dien et Jake Busey. C’est dire la tête à claques. Heureusement pour lui, comme si le réalisateur avait bien repéré ce handicap, il se prend des roustes du début à la fin. Et effectivement, ça le rend un peu sympathique. Malin le J.J.
Le reste de la troupe est on ne peut plus photogénique, multiethnique (ça c’est pour les blagues à base d’accent), et souvent anecdotique (pauvre Zoe Saldana, elle sera sans doute mieux servie dans le Avatar de James Cameron, vivement la fin de l’année pour un vrai blockbuster…). Seuls les deux Spock apportent un peu de crédibilité et de profondeur au casting (Sylar assure en inexpressivité). Bana fait ce qu’il peut derrière son trauma et son maquillage, c’est-à-dire pas de miracle.
Donc Star Trek renaît, et de cette énième tentative de revival sort la seule bonne idée du film, mettant en parallèle cette nouvelle saga avec l’originale. En plus d’offrir un vrai rôle à Leonard Nimoy, loin du simple caméo de circonstance. Avec ce genre d’installation efficace, et le rythme endiablé imprimé au récit, on a forcément envie de croire à l’aventure spatiale mais hélas… celle-ci manque de souffle, trop attachée aux présentations elle ne prend jamais l’ampleur nécessaire au genre space opera. L’intrigue se suit mais ne décolle pas. Certaines séquences impressionnent, tout en rappelant qu’il y a eu mieux avant (la planète gelée contre celle de l’Empire contre-attaque, la baston sur la plate-forme contre la scène d’action similaire dans le Retour du Jedi).
Abrams se retrouve pris au piège de son défi, soignant les personnages (jusqu’à un humour potache parfois franchement hors sujet) mais oubliant le souffle du genre. Le film accouche alors d’un climax en forme de mission de sauvetage du pauvre. Le kitsch jusqu’ici assez bien endigué par un style visuel épuré et de bons SFX explose alors à nouveau dans toute sa splendeur ridicule.
Ainsi, quand on n’a plus 15 ans, difficile d’accrocher à ce nouvel équipage en herbe. Malgré toutes les tentatives d’humour ou d’héroïsme. On dirait un peu trop Starship Troopers, sans le bellicisme ni la subversion (et encore moins le talent). Star Trek reste un film accrocheur grâce au rythme effréné hérité de la télévision, et à une bonne équipe technique des effets spéciaux à la musique du brillant Giacchino. Mais il faudra qu’Abrams apprenne qu’on ne crée pas un style esthétique avec du flare tous les trois plans (ces parasites lumineux omniprésents sont-ils sensés « faire moderne » en nous aveuglant ?). Il faudra aussi qu’il se détache de ses habitudes narratives (et de casting mais ça c’est cause perdue apparemment) du petit écran pour pouvoir raconter une histoire convaincante sur deux heures. En l’état oui, Star Trek pourrait réussir l’exploit – bien relatif – de relancer la franchise. Au prix du racolage intensif du teenager de base. Pas vraiment glorieux. Un peu plus élégant que du Michael Bay. Mais pas si éloigné finalement.
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Tags: 2000-2009, JJ Abrams, kitsch, pyjama, space opera, star trek
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