« Qu’est-ce qui fait la séléction sociale ?…

…L’Education Nationale ! »

Laurent Cantet est sans aucun doute un réalisateur social. Sans être alourdies de prosélytisme de gauche trop poussé, force est de constater que des œuvres comme Ressources humaines ou L’emploi du temps abordaient des thèmes sociaux en s’inspirant de la réalité sans jamais tomber dans la leçon de morale.

En s’attaquant à l’éducation nationale, il signe le film le plus réaliste sur le sujet et ne vole pas forcément sa palme d’or comme on a pu lire ici ou là. Mais son matériaux de base, le livre de François Begaudeau, ancien professeur dans un collège du 19e, le faisait partir sur de bons rails. Entre les murs décrit donc l’année scolaire d’une classe de 4e difficile (mais pas insurmontable) ainsi que de son professeur principal.

Laurent Cantet prend le parti pris de la réalisation documentaire en se plaçant la plupart du temps au plus près de ses personnages. On pourra peut-être lui reprocher un manque de point de vue mais le but du film est ici clairement de montrer de la manière la plus précise possible la réalité du métier d’enseignant (éducateur ?), cette réalité étant souvent passée à la moulinette Bisounours lorsqu’elle nous est décrite par les instituts de formation des maîtres ou même par des représentants de l’Etat dans des émissions télévisées interminables et qui tournent en rond.

C’est donc dans la peau d’une sorte de surveillant invisible que l’on suit une année durant les protagonistes de cette classe joués par une majorité de comédiens non professionnels, professeur en tête. D’ailleurs en parlant de surveillant, il faut savoir que le film pousse le réalisme (involontairement ou non, on ne sait pas trop) jusqu’à ne montrer aucun surveillant ni aucun Conseiller Principal d’Education dans cet établissement, comme une anticipation de ce qui arrivera dans un futur pas si lointain.

Le risque majeur avec un tel film était de plonger dans les clichés les plus usuels, que ce soit au niveau des enseignants (cf. critique de la journée de la jupe) ou des élèves, le parler banlieue ayant été assez souvent malmené au cinéma. Grâce à cette distribution non professionnelle et à l’implication de son auteur, on évite heureusement cela. Au passage on évite aussi la bien pensance d’un prof trop parfait qui au fur et à mesure du film devient décidément bien humain. Car c’est à l’humain qu’Entre les murs fait la part belle. Loin du passéisme navrant d’un être et avoir et son instituteur parfait(ement poujadiste), le prof d’entre les murs étonne par son humanité là où nous sommes continuellement inondés de discours sur la méthode. Bien loin des terminators de l’enseignement que les IUFM voudraient nous donner, ce prof là se permet de deconner avec ses élèves tout en dispensant un enseignement adapté à ceux ci. Pas que ces élèves soient débiles (au contraire), mais les différences culturelles sont parfois telles qu’il n’est pas forcément évident d’étudier Voltaire avec eux, et ça n’a rien de péjoratif de dire cela…Et pourtant, le prof sympa et bien sous tout rapport tombera dans des travers bien plus humains lorsque la situation dégénérera. Et son petage de plomb, s’il st bien moins violent que celui de la miss Adjani dans le film suivant se révèle être bien plus touchant et réaliste. Si l’on ajoute à cela une fin qui n’est pas des plus optimiste (et comme bien souvent synonyme de réaliste) pour le métier, on comprend un peu pourquoi beaucoup d’enseignants n’ont pas aimé le film. Et pourtant…

Avec une approche complètement différente et peut-être un peu moins subtile et réaliste que celle de Laurent Cantet, Jean-Paul Lilienfield y va d sa vision de l’éducation nationale et parvient sur quelques points à faire mouche

Jean-Paul Lilienfeld n’est pas à proprement parler le réalisateur du siècle. Hormis le juste sympathique Quatre garçons pleins d’avenir, le reste (XY, HS, oui ce sont bien des titres de films…) est plutôt à oublier. Pourtant lorsqu’il s’aventure dans l’exercice difficile du « Chute Libre dans une salle de classe », ça fonctionne à peu près…Si l’on oublie quelques choix scénaristiques douteux.

La journée de la jupe raconte donc l’histoire d’une professeur de français et de théâtre qui « pête les plombs » en plein cours, le tout dans un établissement dit « à risque ». Le film, comme Chute Libre », peut facilement être récupéré et affublé du tampon « attention film réac ! ». Mais comme pour son aîné il n’en est rien.

Le film décrit la plupart du temps avec un réalisme déroutant l’ambiance qui règne dans certains établissements. La justesse des comédiens, élèves, prof ou négociateur (Adjani et Podalydes, pas des manchots donc…) participe beaucoup à la création de cette atmosphère et permet ainsi de dénoncer des faits souvent tabous dans l’éducation nationale évidemment mais aussi dans la vie en général. Les profs largués face à des élèves qu’ils ne comprennent pas, la perte totale de repères d’adolescents parqués et bouffés par une culture qui les dépasse, l’ignorance des parents, le système d’évaluation de l’éducation et plus simplement la pression professionnelle, tout y passe plutôt subtilement et le petage de plombs devient communicatif.

Mais dans sa volonté de faire un portrait de la société sans compromis, Lilienfeld ne passe pas à côté de quelques clichés et facilités qui peuvent être perturbants. Alors qu’il avait la subversion pour lui en dénonçant des situations étouffées, le réalisateur d’HS plombe son film d’un détail scénaristique majeur à la bien pensance très actuelle et néanmoins horripilante. Doit-on être juif pour avoir le droit de critiquer la religion juive ? Doit-on être musulman pour avoir le droit de critiquer l’Islam ? Doit-on être catholique pour critiquer l’Eglise ? (c’est comme les marques, il faut en citer trois…)

En plus de cet écueil non négligeable, le film dans sa volonté de ratisser large niveau critique sociale en fait quelques fois un peu trop sur certains personnages. Certains professeurs frisent la grosse caricature et la guéguerre entre le négociateur et le chef du raid pourrait presque sortir de Taxi.

Néanmoins, avec sa mise en scène carrée et parfois pleine de sens, ses vérités pas souvent entendues et ses petites phrases bienvenues et libératrices, le film questionne et surprend, jusqu’à la fin. On réfléchit, on ne s’ennuie pas et Isabelle Adjani est très bonne en Michael Douglas !

« Faut écouter Bouba maintenant pour avoir le droit d’enseigner ? ». Non mais au moins il faut savoir qui c’est, ça aide…

A peu de temps d’intervalle ce sont donc deux films très intéressants sur une institution souvent fantasmée qui nous sont proposés. Si la journée de la jupe se révèle un essai convainquant bien qu’un peu grandiloquent, entre les murs dépeint définitivement d’une manière bien réaliste ce qui se passe dans une salle de classe.

Derf

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2 Commentaires

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Raaah l’école. Un sujet qu’on oublie vite tellement le système français tient du bourrage de crâne (dès qu’on met les pieds dans une fac de glandeurs en gros).

Ces films devraient pourtant m’intéresser en tant que fils de prof mais le réalisme m’emmerde souvent. Car il sonne souvent comme un abandon du cinéma, de la forme et du point de vue. Au mieux de la bonne télé (Striptease style), au pire un sujet des dossiers de l’écran avec la caution (faussement) noble du documentaire. Je tenterai sans doute un jour le Cantet – la vieille star sur l’éternel retour sans moi – mais j’ai bien peur de passer deux heures à m’agacer de ne pas déceler de cinéma dans le dispositif de captation du réalisateur.

Commentaire by 2501 on 26 avril 2009 13:15


Moi ce genre de film c’est mort au cinéma de toute manière, je fais déjà des croix sur certain film qui sont à mon sens bien mieux sur grand écran. je reviendrai ici quand j’aurai vu Entre les murs, Adjani je peux plus depuis longtemps….

Commentaire by feilong74 on 27 avril 2009 8:01

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