Dans la brume électrique

Bertrand Tavernier voue un tel amour au cinéma américain qu’il devait un jour tourner de l’autre côté de l’Atlantique. C’était bien plus légitime pour cet auteur majeur que pour les wagons de jeunes réalisateurs de films d’horreur franchouillards qui se déversent dans l’usine hollywoodienne tels des yes man conquis d’avance. Pour son entrée dans le mythologique Nouveau Monde, Tavernier choisit d’adapter le polar de James Lee Burke : Dans la Brume électrique avec les morts confédérés.
Le film est entièrement tourné vers le passé. Passé pesant et toujours vivant, de la lourde histoire esclavagiste de la région, mais aussi du récent drame de Katrina. Tavernier arrive à mettre en avant tout ça en évitant un traitement frontal, trop carte postale de « l’ambiance Louisiane », et pourtant son film ne manque pas d’atmosphère. C’est même l’un de ses points forts, nous faire visiter chaque lieu clé de la région, nous imprégner du blues et des paysages du bayou, avant tout grâce aux personnages évoluant dans leur environnement. Le policier Dave Robicheaux est littéralement hanté par des fantômes de soldats de la guerre de Sécession alors qu’il enquête sur de sordides meurtres de jeunes femmes. Tout le sujet du film sera alors de lier passé et présent et par là même de trouver une issue à une double enquête, les os d’un noir enchaîné ayant aussi été retrouvés dans les eaux troubles du bayou.
S’en suit une lente, même languissante enquête, qui aimerait entremêler les temps mais pédale vraiment dans la semoule quand on sort de la quotidienneté habilement peinte par le cinéaste. Car si ses personnages existent vraiment (belle performance de Tommy Lee Jones dans un rôle taillé pour lui), que les lieux sont joliment décrits, que la mise en scène est calme et élégante, on ne peut pas dire que Tavernier maîtrise très bien les incursions du passé et notamment les apparitions très plates des soldats. Le cinéaste utilise les mêmes trucs que s’il tournait dans les années 50, et toute la partie enquête ne se montre guère convaincante à cause de cette exécution scolaire, peu inspirée. L’ambiance est malheureusement rompue dans ces moments où le fantastique arrive avec ses gros sabots, et le dernier plan emprunté est vraiment caractéristique de la balourdise des procédés, qui contraste avec le talent de la peinture de la Louisiane et de ses habitants.
Que Bertrand Tavernier jette un oeil sur le cinéma d’un Satoshi Kon, cela ne pourra donner qu’un peu de liant cinématographique à d’éventuelles futures histoires de personnages hantés. En l’état, son essai américain n’est pas déshonorant mais tout de même peu convaincant, et assez frustrant.
Rating: 








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Tags: 2000-2009, Bertrand Tavernier, Polar, Tommy Lee Jones
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