Gran Torino

L’Echange et ce Gran Torino, sortis à quelques mois d’intervalle par le septuagénaire le plus actif d’Hollywood, ne sont pas des films si différents qu’il n’y parait de prime abord. Eastwood règle les comptes avec les deux facettes de sa légende, d’un côté l’auteur respecté pour ses mélos sensibles, de l’autre l’entertainer burné des polars et autres vigilante movie. Avec la même assurance sereine, et la même étonnante simplicité narrative.

A un âge où d’autres se prélassent sous un porche, Clint Eastwood n’a peut-être jamais été aussi productif, et lucide. Avec Gran Torino il revient sur le devant de la scène en revisitant la figure estwoodienne badass avec culot, et un humour salvateur. Le film obéit à une structure de vigilante classique qui remplacerait le flic mal élevé par un papy ronchon et misanthrope. Hormis le baroud d’honneur final, le déroulement sera sans surprise apparente, le vieux briscard jouant parfaitement à la fois de la corde sensible et d’un comique basé sur les différences culturelles. Déjà le film se montre efficace sur cette base, mais ce qui en fait tout son sel est la mise en abyme de l’image de l’acteur à travers un portrait si exagéré qu’il manque à plusieurs reprises de franchir le point de rupture.

Tout en grimaces et en borborygmes, Walt est un personnage volontairement outrancier nourri du charisme du comédien et surtout de l’histoire eastwoodienne. On y perçoit autant l’inspecteur Harry que le Maître de guerre ou l’entraîneur de Million Dollar Baby. Sa façon d’osciller entre drame et comique de situation, de maîtriser une telle performance dépasse le simple cabotinage en renvoyant le spectateur à son affection pour le mythe hollywoodien qu’il suit depuis des décennies. Eastwood arrive à développer celui-ci tout en se permettant une conclusion en regardant la mort dans les yeux avec audace et sans solennité facile.

Le film est aussi riche d’une réflexion politique sur l’immigration en Amérique d’une rare justesse à défaut d’être neuve. La frontière des pelouses remplace le Far West, les chinois les indiens, mais les armes restent, même dans un environnement a priori plus civilisé.

Parfait épilogue d’une carrière tout en demeurant un divertissement efficace, Gran Torino n’a pas la gueule du chef-d’œuvre crépusculaire classique auquel l’acteur réalisateur nous avait habitué. En apparence plus rentre-dedans et terre-à-terre il conjugue avec une belle lucidité la maîtrise d’un vieux sage et sa toujours impeccable verve artistique. Une distance avec lui-même lui permettant de jouer avec sa légende sans qu’un instant cela ne passe pour de la prétention, mais qui au contraire l’isole encore plus comme le dernier géant d’un Hollywood disparu. Ni dépassé, ni statufié, l’artiste est bien vivant.

Rating: ★★★★★★★★☆☆ 

2501

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10 Commentaires

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la bande annonce me fait carrément envie mais là j’en ai un peu marre de raquer 8€…en plus je veux voir aussi le wrestler….(je précise que je n’ai pas vu le vendredi 13 de manière très légale, donc pas au cinéma…)

Commentaire by derf on 1 mars 2009 16:56


Pareil je pense me faire le wrestler demain aprem, V.O oblige, le clint passe chez McDo en VF… Je vais attendre un peu du coup.
Par contre tu parles de ce film comme son dernier (enfin presque), j’espère que le dernier baron de l’ancienne aire hollywoodienne restera encore et encore derrière la caméra !

Commentaire by feilong74 on 1 mars 2009 19:16


C’est pas la première fois q’il nous fait le coup du film testament (depuis Impitoyable en fait). Et il prépare déjà un autre film. Mais en tant qu’acteur ce serait fort possible.

Commentaire by 2501 on 1 mars 2009 19:44


Et les notes étoilées arrivèrent enfin sur cinéchange. Pour les vrais, ceux qui note…

Commentaire by feilong74 on 7 mars 2009 9:45


On peut mettre des demies-étoiles ? :-) (oui, les vrais sont maniaques)

Commentaire by 2501 on 7 mars 2009 15:48


mais oui on peut et voici la syntax pour 7.5 :
[xrr rating=7.5/10]

Commentaire by feilong74 on 8 mars 2009 20:26


bon ben moi j’ai trouvé à certains moments que le cabotinage dépassait un peu les limites justement, la caricature d’harry calahan allant un peu trop loin parfois. L’humour est moins bien passé pour moi que dans le maitre de guerre par exemple. Et puis c’est vrai qu’à part la fin, c’est pas très surprenant. J’ai quand même passé un bon moment mais suis un peu déçu…

Commentaire by derf on 29 juin 2009 8:06


Je vais sans doute me faire huer virtuellement, mais je n’ai pas trouver que c’était un grand film.
On sait où le film va allé des le premier quart d’heure, avec ses moral américaine, « j’ai tué des enfants pendant la guerre, je doit expier mes pêcher en mourant pour l’un d’eux », mouai, moyen…
Par contre le côté « inspecteur harry » me manquait, contente de l’avoir retrouvé :)
Pour moi pas plus de six étoiles

Commentaire by echolalie on 29 juin 2009 8:45


Je comprends tout à fait qu’on ne trouve pas le « grand film » dans Gran Torino.

A priori il n’en a pas l’aspect. Et tout dépend du degré d’affection pour l’acteur réalisateur Clint.
Mais c’est ce côté petit vigilante de papy qui fait le charme de ce film somme je trouve.
Après oui il joue avec des clichés dangereux. Ca passe ou pas. Je trouve qu’il a assez de talent pour que ça passe naturellement.
Même si comme le dit Derf il cabotine par instants un peu trop (mais c’est savoureux quand même :-) ).

Commentaire by 2501 on 29 juin 2009 9:11


Enfin vu. Oui je sais la honte. Mais au moins j’ai eu le droit au blue ray en VO…
Pour moi c’est un petit chef d’œuvre, ni plus ni moins…
Ou alors c »est que je reste trop sur ma fin sur les thématiques abordées dans les films que j’ai vu ces derniers temps…

La peinture de la société américaine (et la notre) que peint ici Estwood sonne quand même sacrément juste. La film va bien au delà du simple exercice de vigilante ici (je veux pas relancer le débat du billet Harry Brown) et la réflexion bien au delà de l’immigration américaine. Le discours semble ringard, tel le personnage du début avec son drapeau ricain sur le balcon, mais force est de constater que l’on peut qu’être d’accord aux valeurs et aux coups de pieds au cul, que cet ancien, que tout le monde respecte, nous met au cul… Et quasi sans violence, à l’ancienne, à grand coup de Rangos dans nos gueules de jeunes cons….

J’ai vraiment aimé.

Commentaire by feilong74 on 28 février 2011 20:23

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