Jason Voorhees, sa vie, son oeuvre

Il est arrivé ! Le nouveau cru Jason Voorhees est arrivé sur nos écrans mais une question se pose. Aura-t-il cette année ce petit arrière goût de grand n’importe quoi ?
Mais d’abord revenons un peu sur une franchise souvent plus proche de la médiocrité que du film d’horreur qui fout les chocottes mais qui a eu le mérite de fédérer tout un public (de geeks ou semi-geeks quand même), de faire exploser les ventes (et les ventres) de bière et de marie-jeanne tout en rappelant quand même que le sexe pré-conjugual, c’est mal.
Tout débuta en 1980 (soit deux ans après le chef d’œuvre Halloween de Carpenter) avec Sean S. Cunningham, cinéaste moyen qui n’avait pour lui que la production bien trouvée de la Dernière maison sur la gauche (mise en scène par son pote Wes Craven). Commercial avant tout, Cunningham décide de se lancer dans une copie pure et simple du chef d’œuvre de Carpenter et pond un petit slasher (le mot est lancé) mêlé à du « who done it » (même s’il faut bien l’admettre, on se fiche un peu du « who » lorsqu’on regarde le film et le seul intérêt à savoir qui a fait le coup ne sera que culturel et permettra quelques années plus tard de ne pas se faire massacrer par un autre tueur en série accro au second degré et au téléphone*).
Le film est ce qu’il est, une petite série B qui respecte le cahier des charges fraîchement établi, héroïne prude, châtiment pour les fumeurs de joints et les marie-couche-toi-là (ainsi que les types sur lesquels elles se couchent d’ailleurs). Cunningham va même jusqu’à reprendre le fameux plan subjectif d’Halloween et Tom Savini (Zombie , Le jour des morts vivants…) aux maquillages se fait plaisir.
Le film cartonne au box office et la machine commerciale se met en route (bizarrement Cunningham se détache du projet mais la Paramount sent le filon) et la première suite voit le jour rapidement. Problème : le tueur du premier film est mort. Solution : Cunningham avait involontairement repris dans le premier film (aussi involontairement inventé par Carpenter) ce qui sera une marque de fabrique du slasher (on retrouve ça dans les autres films mais aussi dans presque tous les Freddys) : le petit plan en forme de « it’s not over yet ! ». Bingo, Pamela Voorhees est morte, le fiston Jason (censé être noyé) va reprendre l’entreprise familiale. La suite est donc une sorte de remake du premier film duquel on retirera l’aspect « who done it » et le gore, Savini n’ayant pas souhaité réitérer l’expérience. Jason est né, il n’a pas encore son masque de hockey mais le sac à patate lui sied à ravir.
Toujours basé sur une logique financière (les films ne coûtent rien et rapportent beaucoup), la mythologie se développe au fil des épisodes. Dans une tentative de mise en scène en 3D (qui permettra d’admirer en perspective beaucoup de manches d’outils divers et variés …) Steve Miner apporte à Jason dans l’épisode 3 ce qui sera son emblème : le masque de hockey. La série commence à se décomplexer et est ajouté au cahier des charges initial un aspect important : l’inventivité dans le massacre.
L’épisode 4 assoit définitivement le mythe. Avec le retour de Savini aux maquillages, le film est sympathiquement gore. Plans nichons, écrasement facial et autres méthodes étranges d’ouverture de fenêtre (en jetant un cadavre à travers la vitre…) deviennent des passages obligatoires et le film devient le préféré des fans du tueur débile de Crystal Lake.
Certes la série ne s’élève jamais au-dessus de la médiocrité, les suites s’enchaînent année après année mais au moment du cinquième épisode, les producteurs s’enlisent dans une volonté de bien faire en pondant une sorte d’histoire alternative et en tentant de renouer avec l’aspect « who done it » du premier film. Jason ne sera pas vraiment Jason. Problème : même lorsque l’identité du tueur est revellée à la fin façon Scoubidoo, on s’en tape complètement ! Pire on ne sait même plus qui est ce personnage ! De plus les fans hardcore avaient bien remarqué que le masque était différent (bandes bleues au lieu de rouge, peut être un détail pour vous mais pour eux ça veut dire beaucoup). Résultat : un Jason sans Jason, bref un sacrilège !
Mais la franchise à l’image de son boogeyman semble ne pas vouloir mourir. L’épisode 6 est mis en chantier et annonce tout de suite la couleur avec son générique inspiré de James Bond. Jason est de retour, le second degré est définitivement là et on a même le droit à quelques plans carrément sympas de M. Machette. Les morts ne sont plus seulement violentes, elles adoptent un style plutôt cartoon collant complètement avec ce qu’est devenu l’icône Voorhees, faisant de ce « Jason lives » un des plus sympathiques films de la franchise, qui s’avère parfait accompagné de quelques bières-pizzas-potes.
La curiosité liée à l’épisode suivant devient très ciblée : comment Jason va-t-il bien pouvoir ressusciter et quels nouveaux outils va-t-il bien pouvoir utiliser ? L’épisode 7, moins parodique et référentiel que le précédent amène pourtant un changement de (grande) taille : Kane Hodder. L’acteur-cascadeur prêtera son pas lourd et son épaule diforme au tueur emblématique du lac crystal jusqu’à l’épisode 10. Une réputation sulfureuse (l’homme serait aussi bourrin quand la camera est off, la méthode actor studio en somme…) et il faut le dire aussi un design nouveau et réellement efficace pour le personnage (masque défoncé, mâchoire et côtes apparentes, chaîne autour du coup) placeront Hodder comme le seul vrai interprète de Jason dans le cœur des fans. L’épisode 7 ne déroge pas non plus à la règle du n’importe quoi, Jason étant réveillé par une sorte de Carol-Anne fraîchement sortie de Poltergeist devenue adulte et aux pouvoirs télé kinésiques phénoménaux ! Il faut aussi savoir que cet épisode propose le meilleur meurtre de toute la franchise (en toute subjectivité…), celui dit du sac de couchage.
Les producteurs ne lâchent toujours pas l’affaire et l’épisode 8 ne tarde pas à pointer le bout de son nez, apportant avec lui une trop grosse promesse : Jason débarquerait à New York pour y charcler du punk ! A la vision du film c’est évidemment tout autre chose, le premier plan tourné réellement à New York arrive à 10 minutes de la fin du métrage, le reste se passant sur un bateau (« Jason takes the love boat ») ! L’histoire est un grand n’importe quoi à base de surcharges électriques, de produits toxiques et de meurtres qui ne resteront pas dans les annales de la franchise, exception faite du combat de boxe dont je laisse la surprise à ceux qui se risqueraient à voir ce chef d’œuvre. Il va néanmoins falloir penser à donner une autre orientation à la série…
C’est ce que va se charger de faire Cunningham, il rachète les droits à la Paramount et file chez New Line avec une idée en tête : la confrontation fantasmée par un grand nombre de fans, celle qui opposera le grand Freddy Krueger au débile de Crystal Lake. Mais New Line réclame d’abord un épisode 9 des aventures du hockeyeur. C’est la genèse de ce Jason va en enfer, opus atypique de la série qui dénote principalement des autres par l’absence « physique » de Jason (contrairement au numéro 5 qui voyait un crétin endosser son costume), celui-ci subissant quand même un raid aérien au début du film ! Le film devient une sorte d’hommage au film Hidden de Jack Sholder parsemé de références aux Dents de la mer et reste assez fun pour faire oublier un léger manque de masque de hockey. Le plan final du film continuera en tout cas à bien faire réver les fans…
Cunningham crée sa boite de prod’ et s’attèle définitivement au face à face promis. Les scénaristes défilent mais rien n’aboutit jamais. Au bout d’une dizaine d’années de galère, Cunningham doit à nouveau ranimer la flamme Voorhees (ce qui lui permet aussi d’abandonner le travail dans le vide en ce qui concerne le cross-over…). Jason va donc revenir…seul. Alors que le neuvième épisode était une sorte d’hommage à Hidden, Jason X sera un hommage à Alien et à 2001 l’odyssée de l’espace (et oui…). Jason in space, il fallait oser, ils l’ont fait ! Le film est doté d’un budget honorable, sors avec une assez bonne promo et respecte les codes de la série tout en proposant des idées bien barrées, mention spéciale au Uber-Jason !
Le film, très gore et second degré, trouve son public et devient un bon succès (public et même critique). L’occasion idéale de revenir sur un vieux projet…Enfin le temps était venu, Jason et Freddy allaient s’affronter ! Ronni Yu, rodé avec le genre depuis le respectable la fiancée de Chucky s’occupe de la mise en scène. Freddy l’oublié (donc inoffensif) utilise le bourrin Jason pour revenir dans les rêves des ados de Springwood. Le tout se tient plus ou moins et on aura en 1h30 le temps de passer en revue la plupart des passages obligatoires des deux séries et les clins d’œil pour geeks avertis sont nombreux. Même si on n’est pas devant un chef d’œuvre (mais qui attendait ça ?), on en a finalement pour son argent, et même plus avec la mise en scène hong konguisante de Yu et ses geysers de sang !
Tout a donc été tenté avec l’ami Jason à part évidemment une seule chose : le vrai bon film ! Marcus Niespel, réalisateur du remarqué (mais pas si remarquable…) remake de Massacre à la tronçonneuse, a été embauché par Michael Bay pour ressusciter le petit Voorhees dans un film qui reprendra vraisemblablement les 3 premiers épisodes. A la vue de la bande annonce, le bon film de trouille ne sera pas pour tout de suite mais une apparition du cinglé hockeyeur se doit toujours d’être célébrée ! Verdict prochainement…
Si vous voulez vraiment tout savoir sur l’ami Jason, Dvdrama a publié un dossier terriblement complet (incroyable de voir des articles aussi longs sur ce débile à la machette !), rendez vous ici
Derf
* : Scream
Tags: Filmographie, Horreur, Jason Voorhees, Sean S. Cunningham, slasher
9 Commentaires
Commentaires flux RSS
TrackBack Identifier URI
Laisser un commentaire





















