The Fall

The Fall traîne dans les festivals depuis 2006, le film du réalisateur de The Cell ayant apparemment le plus grand mal à se frayer un chemin dans nos salles. Par les magnifiques images du trailer longtemps alléchés, nous voilà enfin devant cette œuvre singulière. Il y avait tout à attendre, mais surtout à craindre, d’un ex-clippeur responsable d’un thriller léché et peu convaincant. Il faut croire que Tarsem a eu le temps, en 8 ans, de préparer patiemment son retour, avec un film autoproduit et donc plus personnel.

Une petite fille, un homme blessé, une histoire épique haute en couleurs. Le canevas est a priori on ne peut plus simple. Mais The Fall parvient à frapper le cœur autant que la rétine dans une flamboyance narrative et visuelle rien de moins qu’époustouflante.

Comme souvent la quintessence du cinéma, cet entre deux mondes de l’art imitant la vie et réciproquement, est atteinte dans la confrontation réalité/fiction, ou plutôt d’une réalité fictive et d’un univers imaginaire. Là où d’autres patinent dans le collage et l’illustration compilatrice et maladroite (Del Toro pour n’en citer qu’un à la mode), Tarsem a parfaitement compris le mode de contamination nécessaire à l’émerveillement cinématographique, en nous proposant une réflexion sur cette corrélation indispensable entre nos vies et nos fantasmes. En laissant déborder le conte sur la base narrative d’un simple dialogue entre deux anges déchus, et en tissant d’adroites et constantes passerelles avec celle-ci, ce n’est plus le beau livre d’images qui nous bouleverse, mais cette relation entre un mystérieux patient et une charmante gamine, transcendée par des histoires qui transcendent elles-mêmes les traumatismes de la vie réelle. Ce jeu de ping-pong narratif maintient le cap sans failles pendant deux heures, se permettant même un crescendo émotionnel inattendu et puissant, jusqu’à l’ultime hommage poignant au pouvoir des images, que l’on n’avait pas vu venir et qui achève de nous cueillir en beauté.

Tarsem joue adroitement sur les contrastes entre l’esthétisme qui lui était acquis, et une profondeur humaine qui surprend. Bien sûr le parti-pris du conte autorise beaucoup de libertés, sous la forme de tableaux faussement poseurs, mais la rigueur de la direction d’acteurs impose le contrepoint d’un duo véritablement touchant. Lee Pace s’y montre impeccable autant en patient suicidaire qu’en héros coloré, et que dire de la petite Catinca Untaru si ce n’est louer son naturel désarmant, à l’unisson des images pour engendrer une grâce commune.

The Fall n’est donc pas seulement un film d’esthète un peu fou qui se serait passé Soy Cuba et la filmo de Jodorowski en boucle, mais le mariage réussi de Munchausen et de Baraka, inspirations claires mais joliment appropriées, pour pousser encore plus loin l’émotion. Quand le style est au service d’une croyance indéfectible en notre capacité d’émerveillement, la belle image longtemps décriée gagne plus que jamais sa place dans le spectacle cinématographique.

Alors pendant deux heures nous devenons une petite fille de cinq ans. Et nous en sortons émerveillés. Et ravis d’être une nouvelle fois tombés dans le délicieux piège du cinéma.

Rating: ★★★★★★★★★☆ 

2501

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4 Commentaires

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Bon j’ai rajouté le trailer à ton article et franchement il fait mal. A lire ton article c’est le film à voir en ce début d’année et je sens que ça va être ma prochaine sortie en solitaire.

Commentaire by feilong74 on 25 janvier 2009 18:00


Hmmm… je n’ai pas précisé j’en suis désolé… mais ces bâtards de distributeurs ne le sortent pas chez nous et ne le sortiront apparemment jamais. Alors que c’est une tuerie visuelle à voir sur grand écran. Disponible en dvd zone 1 depuis quelques mois, voilà comment je l’ai vu… Et c’est un des tous meilleurs films que j’ai vu l’année dernière.
Mais bon, t’as un bel écran… et pas beaucoup de temps pour sortir… Wink

Commentaire by 2501 on 25 janvier 2009 22:54


Vu hier. Visuel somptueux, musiques et séquences contemplatives réussies. J’ai été marqué au début par un fond un peu simpliste, qui a du mal à se mettre en évidence mais alors quel finish, qui balaye tous ça et qui élève encore un peu plus haut le film.
Également très touché par l’interprétation de la petite Catinca Untaru.

Commentaire by feilong74 on 25 avril 2010 18:20


Comme dirait l’autre : ravi que ça vous plaise.

Commentaire by 2501 on 25 avril 2010 21:55

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