Slumdog Millionaire


Articuler un film autour du jeu « Qui veut gagner des millions ? », voilà qui est osé. Quand par dessus le marché l’intrigue, qui porte bien son nom, joue le mélo et prend place en Inde, il était nécessaire d’avoir à la barre de cet improbable projet soit un grand maître, pour assurer l’équilibre, soit un cinéaste déjanté comme peut encore l’être le papa de Trainspotting, 12 ans déjà.

Danny Boyle donc, relève un sacré défi avec ce Slumdog Millionaire, celui d’adapter librement le recueil de nouvelles de Vikas Swarup : « Les Fabuleuses aventures d’un indien malchanceux qui devint milliardaire ».

Le film vient de connaître une consécration aux Golden Globes qui risque comme souvent de s’étendre aux Oscars, et ce plébiscite est plutôt étonnant. Parlé presque autant en hindi qu’en anglais, avec uniquement des acteurs indiens inconnus du public occidental, Slumdog Millionnaire a tout du petit film indépendant un peu barge et obscur, qu’on imagine en objet culte d’une petite communauté.

Et pourtant c’est LE film qui crée l’évènement en ce début d’année cinématographique – bien plus que le Che de Soderbergh – et qui finissait en tête des tops 2008 de la presse anglophone.

Boyle trouve ici un sujet lui permettant de revenir à ses sujets de prédilection, amour et argent, avec la même énergie qu’il déployait dans Trainspotting, son meilleur film à ce jour. Il transporte son dynamisme visuel dans les bidonvilles, non sans rappeler le traitement du Meirelles de la Cité de dieu. Si la mise en scène de l’anglais est de moins bon goût que celle du brésilien (beaucoup de ralentis saccadés bien moches), tout comme son humour (hum le gag scato), il est indéniable que le cinéaste possède un dynamisme formel qui emporte tout sur son passage, combiné à une belle captation des lieux et à une influence heureuse du cinéma local.

Certains ne manqueront pas de cracher sur l’esthétisme illustrant la misère. On les laissera dans leur coin, qu’ils enchaînent des marathons de films sociaux moches et misérabilistes, entrecoupés de 2 ou 3 guimauves indiennes de 3h pour se donner une bonne conscience cinéphilique.

Grâce à une BO électro couleur locale (aaah MIA), à un directeur photo (un peu trop ?) survolté, et à des acteurs tous très justes, on se laisse emporter dans ce tourbillon exotique, construit par flashbacks sur le déroulé de la célèbre émission. Narration ludique qui maintient un joli suspense (comment ce pauvre indien connaît-il toutes les réponses ?).

Jusqu’à ce que Danny Boyle embraye brusquement sur le pur mélo… Car si l’enfance de Jamal convainc immédiatement, à grand renfort de courses poursuites trépidantes (ce qu’il réussit le mieux), la romance bien appuyée vient quelque peu casser le rythme du film. L’histoire d’amour a du mal à émouvoir car ses ingrédients sont trop délayés dans la structure ludique du film. Le manichéisme du film se retrouve alors au premier plan à chaque rebondissement (pratique le mauvais frère pour faire avancer l’intrigue). Et même si l’on aimerait que le gentil Jamal retrouve sa (sublimissime) bien-aimée, on ne vibre pas vraiment.

Slumdog Millionaire est sauvé in extremis par sa bonne humeur, malgré des thèmes et des évènements très durs. Le cocktail n’est pas totalement réussi, mais il serait dommage de bouder un film aussi original, un mélange de cultures qui lance l’année 2009 sur les chapeaux de roue.

Rating: ★★★★★★★½☆☆ 

2501

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5 Commentaires

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T’es en pleine réconciliation avec Danny Boyle on dirait entre ce nouveau et la revoyure de son sunshine ! Je reviendrai ici quand j’aurai le temps de le voir… Le dernier que j’ai vu c’est 28 jours plus tard, que j’aime toujours autant et qui fait couler beaucoup d’encre. ET je vais donner une deuxième chance à sunshine comme tu l’as fais même si la VRAI actualité SF est la dernière ligne droite de BSG !

Commentaire by feilong74 on 19 janvier 2009 12:55


si je peux me permettre ce n’est pas un recueil de nouvelles, mais un roman, donc l’histoire d’un serveur qui gagne à « qui veut gagner des million » version indienne et il est accusé de tricherie. Un chapitre correspond à une question qui lui avait était posée pendant le jeu, et comment a t-il fait pour y répondre…bref c’est ta critique pas la mienne!! Tout pour dire que le livre est excellent, je l’ai dévoré en deux jours et que finalement il n’y a pas que des mauvais diplômate :)

Commentaire by echolalie on 19 janvier 2009 21:13


Ah j’ai mal compris une info sur le livre qui parlait de 12 histoires distinctes donc j’en ai conclus un peu vite…
Merci pour la précision en tous cas. Faudra que j’y jète un oeil à ce bouquin d’ailleurs.

Commentaire by 2501 on 20 janvier 2009 11:34


Vu hier avec Nico et Marie. Une chose est sûr est que Boyle sait se diversifier. Le film fonctionne, le contexte indien est totalement maitrisé sans atteindre le réalisme brésilien de la cité de dieux ni même la mise en scène. Les acteurs (à tout âge) sont convaincants et attachants. La BO est fabuleuse aussi.
L’histoire d’amour a vraiment fonctionné pour moi.

Spoiler »

sauf sur la fin qui vire un peu dans le nian nian.

Bref un excellent film qui pousse une fois de plus à démontrer que Boyle est vraiment un réalisateur à part.

Commentaire by feilong74 on 22 novembre 2009 16:07


Yep, mais qui foire ses fins. :-)

C’est une habitude chez lui il a du mal à maintenir le cap.

Commentaire by 2501 on 22 novembre 2009 17:59

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