Mesrine : le diptyque

Difficile de chroniquer ce premier volet des aventures de Mesrine. Personnage réel mais souvent fantasmé qui amène avec lui un lot de thèmes abordables très intéressants. Sorte de Robin des bois moderne pour les uns, tueur implacable et crevure finie pour d’autres, il est le dernier vrai truand français, un de ceux qui vivait dans une époque lointaine où les banques avaient encore de l’argent…Mis en scène par le réalisateur d’Etat des lieux et Ma 6-T va crack-er, on pouvait s’attendre à quelque chose de vraiment passionnant. Le résultat reste pourtant entre deux eaux.
Le film s’ouvre sur l’assassinat de l’ennemi public numéro un avant de revenir sur ses 20 ans, l’Algérie et ses premiers braquages. Avec un tel personnage on pouvait être sûr que l’esprit quelque peu subversif de Richet allait s’exprimer. Certes il ne fallait pas faire de Mesrine un héros pur et dur sous peine de s’attirer les foudres de plusieurs personnes mais surtout pour ne pas enterrer le film au niveau du nombre d’entrées, facteur si cher à l’ami Thomas Langman (on y reviendra). Mais Richet réussi son pari, faire de Mesrine un personnage que l’on adore détester. Par fulgurances, ce sera par son biais que Richet parviendra à critiquer quelques aspects politiques d’une époque plutôt tabou : Mesrine n’est pas issu d’un milieu pauvre, Mesrine est le resultat de la guerre d’Algerie. Certes énervé de nature, c’est quand même l’Etat français qui lui aura mis un flingue dans la main et on reconnaît bien Richet ici. Bizarrement on pense même souvent à John Rambo pendant la première partie du film. La presse qui a fait de lui une superstar (mais qu’il a bien su utiliser aussi…) en prend aussi pour son grade, notamment dans la scène d’intro où ce split screen (qui reviendra souvent) renvoie forcément aux premières pages de journaux dont il faisait les choux gras. Le casting incroyable, de Vincent Cassel complètement habité (et ce sera certainement encore plus impressionnant dans le deuxième) à une ribambelle de seconds rôles mais premiers choix (Depardieu, Cécile De France), rien n’est à jeter.
Mais le métrage impose une qualité qui peut devenir un défaut et l’empêcher d’être le film phare qu’il aurait dû être. Sur une durée d’1h50, tout fille à vitesse grand V, les scènes de braquages s’enchaînent avec frénésie pour en oublier un peu ses personnages. La presse n’a qu’un rôle sommaire alors qu’il en usait et abusait déjà à l’époque pour faire supprimer les équivalents des QHS au Canada. Un exemple significatif : il ne restera de cela que 5 secondes d’interview et une phrase en pré-générique de fin alors que sa tentative de prise de la prison canadienne s’offre une longue scène d’action ultra efficace et bien nerveuse.
L’impression en fin de métrage est bien d’avoir vu un excellent film d’action, un poil subversif mais qui pêche malheureusement par une durée trop peu conséquente qui l’empêche de développer ses personnages (Mesrine évidement mais aussi Depardieu et Cécile De France). Une sorte de début de film épopée qui se transforme en succession de scènes d’action alors qu’un tel personnage aurait mérité un peu plus. En d’autres termes, on se demande parfois si le film ne s’est pas fait « Langmanisé », Richet voulant à la base faire trois films…Attendons la deuxième partie pour confirmer ou infirmer cette sensation.
Si le premier volet des aventures de Jacques Me(s)rine s’efforçait de préserver une certaine ambiguïté quant à son approche du personnage, ne le glorifiant jamais mais apportant quand même son lot de circonstances atténuantes, ce deuxième film confirme l’approche christique de l’affiche et choisit définitivement son camp.
Bizarrement, le film diffère légèrement du précédent en matière de mise en scène. Fini le split screen et place à une espèce de mélange de classicisme et de montage un poil énervé pour un film forcément moins orienté action mais dans lequel le temps ne passe pas forcément moins vite. Les séquences mémorables s’enchaînent à un rythme soutenu, séquences dont on n’a encore du mal à croire qu’il s’agit de moments réels de la vie d’un homme (même si le film impose un point de vue, les séquences d’évasion se sont bel et bien passées tel qu’elles sont montrées).
Mais le plus important dans cet ennemi public numéro 1 reste son niveau d’engagement autour d’un personnage encore si sulfureux. Malgré toutes les interviews données par l’équipe du film où l’on voit les bougres se défendre d’avoir fait de Mesrine un héros (sûrement pour ne pas choquer les gens avant qu’ils aient lâché 10 €…), Richet choisit bel et bien son camp, celui de la révolution. Présenté comme un soldat en marche vers une compréhension d’un système qu’il veut changer, Mesrine évolue vers la sagesse à mesure qu’il se rapproche de la mort. Contrairement au premier film, jamais il n’est présenté comme un fou incontrôlable sauf le temps du passage à tabac d’un journaliste, journaliste pour lequel le réalisateur aura bien pris soin de nous rappeler qu’il s’agit d’un bon facho pigiste chez Minute.
Les personnages secondaires ne sont utilisés ici que pour souligner l’évolution d’un individu instinctif vers la reflexion : de François Besse, simple braqueur voulant « rançonner le système », dont il se sépare pour divergences d’opinion à sa dernière femme joliment idiote en passant par Charlie Bauer le révolutionnaire pur jus, tous participent à la caractérisation d’un personnage en mission (divine ?) pour faire changer un système. Au pire il apparaîtra pathétique dans une séquence de cavale surréaliste, au mieux il apparaîtra christique dans une séquence de fin (ou de début) que seul Broussard continue de ne pas qualifier de bavure (du moins dans le film).
Même si comme le premier volet, L’ennemi public numéro 1 souffre d’une musique un poil emphatique et d’un choix d’ellipses qui peut toujours surprendre (sa vie en prison n’est par exemple pratiquement pas montrée) alors que certaines séquences étonnent par leur récurrence il n’en demeure pas moins un film salvateur, défoulant et jouissif au point de vue tranchant dans le vif filmé par un réalisateur ne s’excusant jamais. Du tout bon.
Le Mitard – Trust (sur des paroles de Jacques Mesrine)
Tags: 2000-2009, Cecile De France, France, Gérard Lanvin, Jean-François Richet, Ludivine Sagnier, Mathieu Amalric, Polar, Samuel Le Bihan, Vincent Cassel
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