Le Lauréat

Attention chef d’œuvre ! Le Lauréat, le film culte de Mike Nichols mérite amplement cette réputation. Bien plus que la bluette entre un jeune diplômé et une mère de famille et la bande originale de Simon and Garfunkel, le film, comme beaucoup d’autres productions de cette époque se révèle d’une subversion étourdissante.

Tourné en 1967 en pleine période de refus des normes, Le Lauréat commence fort avec une situation considérée comme vraiment malsaine à l’époque, même si elle peut prêter souvent à sourire aujourd’hui (voire American Pie…hum hum…). Nichols a pour ambition de donner un grand coup de pied dans une fourmilière aux règles complètement archaïques, comme un crachat sur un fonctionnement si bien huilé d’une american way of life tellement lisse en apparence qu’elle ne sait plus que générer de la frustration à tous les étages. Frustration chez ce héros tellement parfait, jeune étudiant propre sur lui complètement dénué de confiance en lui interprété à merveille par un Dustin Hoffman déjà bien cabotin (ses « mmm !» sur-aigus comme signe de gène extrême sont un régal !). Frustration aussi chez Mrs Robinson, interprétée par Ann Bancroft. Personnage d’une part détestable avec son ego surdimensionné mais aussi pathétique et donc presque sympathique dans son rôle complètement cathartique pour un héros qui sera la métaphore d’une Amérique en plein bouleversement

L’évolution du personnage de Ben, bientôt symbolisée par une course au rythme trépidant se révèle une métaphore à peine déguisée de l’évolution que subit le pays de l’oncle Sam à cette époque. La famille et son éclatement car elle n’a plus de sens, l’égocentrisme des classes dominantes et la peur du vieillissement, le travail qui n’est soudain plus au premier plan, la religion et surtout le mariage qui n’est plus qu’un bout de papier obligatoire pour toute femme enceinte, quitte à y laisser sa vie au sens figuré, tout passe à la moulinette d’une mise en scène ultra inspirée ou chaque plan, chaque éclairage, chaque pièce musicale et plus généralement tout le découpage contribuent à donner un sens à cette quête d’un bonheur qui ne sera plus forcé mais choisi.

Lorsque le dernier plan arrive, comme un négatif subversif d’une fin estampillée Walt Disney, on se dit qu’on vient vraiment de voir une pièce maîtresse du cinéma américain : jouissif !

Derf

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