The Dark Knight…

…Ou comment un personnage et un acteur suffisent à s’emparer totalement d’un film ! On pourra toujours médire en disant qu’on le savait bien depuis longtemps avec le matraquage promo qu’a organisé le studio, une promo axée essentiellement sur le personnage du Joker donc. Oui mais le studio, tel un docteur Frankenstein, s’est ici fait rattrapé par sa créature qui, s’il n’y a aucun doute qu’elle lui apportera un bon gros paquet de monnaie, vient tout simplement de lui péter au visage !

Il y a bien longtemps qu’on n’avait pas vu un tel personnage de méchant dans une production hollywoodienne de cet acabit. Bien plus complexe que le simple bad guy de base, le Joker donne toute sa dimension humaine et se pose en fondation d’un film qui se révèle bien plus qu’une bourrinerie de plus qu’on nous offre habituellement. On pourra toujours reprocher à Nolan d’avoir du mal avec les scènes de combat de rue, souvent illisibles (le fléau des films d’actions de nos jours) ou à Bale de manquer de souplesse (au sens propre comme au sens figuré) mais comme vous l’avez bien compris depuis le début de cet article, l’intérêt est ailleurs.

Cessons là toute tentative de comparaison. Jack Nicholson fut un merveilleux Joker, toujours un des meilleurs bad guy de l’histoire du cinéma avec sa composition aussi folle que funky dans le Batman de Burton. Heath Ledger, aidé par une écriture extrêmement intelligente et complètement habité (peut-être même trop selon les rumeurs) offre une prestation d’anthologie, passant sans complexe d’un côté réellement perturbant à un côté purement « funny ». Anarchiste, nihiliste, ce Joker là est le Tyler Durden du cinéma d’action. Un homme dont on ne sait rien, jouant avec tout, refusant toutes les règles, ne vivant que pour le chaos mais surtout un homme dont la mission est de révéler aux gens leur véritable nature. Le personnage à lui tout seul parvient à donner au film ce côté anti-establishment, presque anti-capitaliste que les pontes du studio n’auront certainement pas vu…A moins qu’ils n’aient gentiment fermé les yeux dessus, ce qui feraient d’eux des gens aussi machiavéliques que le Joker lui-même, lui qui aura réussi à révéler à tous que le « white knight » n’existe pas (Harvey Dent / Double-Face) et qui aura donné au héros capé son qualificatif de « Dark », tout simplement.
Si le film peine à poser ses bases dans un premier temps (exception faite du casse du début, jouissif !), force est de constater que certaines scènes de poursuites font réellement plaisir à voir, celle avec le camion notamment et puis arrêtons de nous mentir, chaque baisse de tension n’est qu’un prétexte pour le spectateur à faire monter l’impatience quant à la prochaine scène de Ledger !
Après un Batman Begins qui, malgré bien des aspects médiocres avait réussi à redonner ses lettres de noblesses à l’Homme Chauve-souris (pas trop dur de passer après Batman et Robin en même temps), Nolan signe là un film brillant, d’une noirceur rarement vue ces derniers temps dans le cinéma d’action américain et qui rappelle que le héros parfait n’existe pas, un héros obligé de sortir du cadre presque la queue entre les jambes alors que le bad guy ultime survivra à tout…Juste génial !
Derf
Tags: 2000-2009, Aaron Eckhart, Christian Bale, Christopher Nolan, Gary Oldman, Heath Ledger, Michael Caine, Morgan Freeman, Science Fiction, USA
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