Nos amies les plantes

En sortant de Phénomènes, difficile de décrire l’ampleur de la catastrophe. Ce qui est certain c’est que contrairement aux personnages du film, on a eu le temps de la voir venir. Depuis ses débuts célébrés aux twists alambiqués, Shyamalan, malgré un talent pour le blockbuster réflexif (limite morne et chiant), flirte dangereusement avec le ridicule. Et quand on a la prétention du bonhomme, trop de sérieux finit par aboutir à des énormités comme la Jeune fille de l’eau, essai raté sur la foi en la fiction ratatiné sur sa médiocrité. Même Signes tutoyait déjà sacrément le nanar (ah la scène de la batte…).

On se demande bien ce qu’il a voulu faire avec Phénomènes, film vide, bancal, risible dans ses effets comme dans ses messages implicites, mais un cap est franchi. La seule explication possible est que monsieur est à un stade de sa carrière où il se veut à la recherche d’une épure, d’une simplicité digne des grands maîtres, tel Hitchcock auquel il a souvent été comparé. Sauf que le résultat est l’oeuvre d’un tâcheron inconscient de sa bêtise. S’il énervait dans son précédent film en se donnant carrément un rôle de messie, ici il fait pitié, tant ses tours deviennent gâteux et absurdes, au point de provoquer en alternance rire et stupéfaction.

Des suicides et des plantes, pour un pamphlet écolo en forme de film catastrophe. Il fallait oser. Et surtout il fallait oser s’en tenir là ! A ce pitch invraisemblable illustré littéralement comme dans un film de SF des années 50. Il faut voir les protagonistes fuir le vent (le vent !) en tous sens et la pauvreté de la représentation de la « menace » (herbes couchées par des ventilos hors champ, quelle frousse). L’assurance du réalisateur semble sans bornes, jusqu’à risquer des touches d’humour à se pincer pour y croire (la plante en plastique…), pour jouer l’autodérision sans doute, ajouter un niveau qui voudrait dire : ceci n’est que la surface, je vous parle du manque d’amour entre les hommes en fait. Merci professeur, le courant d’air final est assez limpide (malheureusement). D’ailleurs la relation du couple est tellement écrite avec les pieds que c’en est surréaliste (ah ces dialogues-métaphores (?!) sur le tiramisu et le sirop contre la toux…).

Les acteurs semblent aussi paumés que nous, ce qui est le seul élément rassurant. Tournant en rond dans les champs, de rebondissement fumeux en palabres scientifico-débiles pour échapper à la stupide menace, ils sont notre seul point d’ancrage une fois passée une courte exposition assez convaincante. On souffre avec eux (mais absolument jamais avec leurs personnages), puis on lâche prise et on se marre. Wahlberg, absolument pas crédible en professeur, réussit l’exploit de jouer de plus en plus mal jusqu’à la fin, et la pourtant délicieuse Zooey Deschanel et ses beaux yeux bleus semblent bloqués entre deux modes : stupéfaction et tête à claques. Les voir s’agiter et discuter devant des arbres secoués par le vent est un spectacle… autre.

La mise en scène atone ne rattrape rien (à moins que la réflexion formelle, aussi au-delà du réel, à base de réinvention du champ contre-champ – mode littéral – nous dépasse, Shyamalan étant - comme dit dans le film en conclusion -  »l’acte de nature inexplicable », oui, ça doit être ça…).

Phénomènes appartient à une nouvelle catégorie de nanar, réalisé par un auteur si suffisant qu’il est inconscient de ses âneries. Pourtant le résultat, malgré de grands moments (la bague magique ! le tiramisu adultérin !), est tout de même bien moins amusant que le navet habituel. Shyamalan ne réussit plus à cacher l’inanité de son cinéma derrière des pitchs originaux et de brillants artifices formels. Vu le succès du film au box-office, le bougre pourrait continuer dans cette voie. Ceux qui n’ont jamais cru en lui peuvent se réjouir d’une telle déconstruction. Car ce phénomène-là est étrangement fascinant, et on se demande bien jusqu’où il osera se déployer…

Rating: ★★☆☆☆☆☆☆☆☆ 

Nouvelle livraison survival en provenance des Etats-Unis, Les Ruines ne semble pas décidé à faire dans l’originalité. Y’a du soleil et des nanas, une blonde sexy et une casse-couilles. Des touristes donc, les pays étrangers étant un territoire de flippe à la mode. Un guide et la perspective d’une virée aventureuse à la découverte de ruines inédites plus tard, et notre petit groupe à massacrer se retrouve en territoire hostile, a savoir une bonne grosse jungle mexicaine.

Le survival est un genre des plus codés qui pourtant attire toujours autant le spectateur en quête de divertissement saignant. Si le programme est simple et alléchant, l’exécution se révèle souvent décevante. Mais on y revient toujours à la recherche d’un poil de nouveauté, du renouvellement non pas d’une peur mais de notre insatiable soif de violence exutoire.

Le premier cadavre découvert sur le site, engrais de jolies plantes rampantes, vient donner un indice sur… la nature de la menace. Il semble qu’on échappera à la sempiternelle famille de dégénérés, à moins qu’ils soient jardiniers à leurs heures perdues.

Une menace végétale, c’est bien de cela dont il s’agit, mais nos monstroplantes tardent à pointer le bout de leurs tiges, et l’atmosphère a beau être lourde alors que nos touristes piégés enchaînent des mésaventures peu palpitantes, on s’ennuie ferme.

Et quand enfin ça commence à bouger, cela tient plus du gag que de la grosse frayeur (les fleurs imitatrices, fallait oser). Reste une obsession à faire souffrir les personnages qui fait du surplace, mais en dehors de ce sadisme basique, la variante chlorophyllienne du survival s’avère pauvre et dispensable.

Rating: ★★★★☆☆☆☆☆☆ 

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