Une Histoire d’amour suédoise

Une Histoire d’amour suédoise, étrangement parvenu chez nous sous son titre anglais, et, plus important, presque 40 ans après sa réalisation, est le premier film du réalisateur suédois Roy Andersson, bien connu pour ses films récents en forme de tableaux tragi-comiques sur l’humanité que sont Chansons du deuxième étage et Nous les vivants.

Ne pas se fier uniquement à son titre annonçant une gentille bluette adolescente (certes bien présente), Une Histoire d’amour suédoise a tout du grand film, de ce l’on nomme communément et un peu pompeusement sous la formule « coup d’essai coup de maître ». Alors que ce qui caractérise cette œuvre légère et volatile est avant tout une évidence de chaque instant, une pureté et une grâce que l’on retrouve souvent dans les films des années 70. La peinture des premiers émois, de l’innocence du jeune couple, est d’une clarté frontale qui choque presque, dans cette douce lumière suédoise irréelle, perpétuelle et enveloppante. Andersson ose la pop sucrée, les bagarres de rue, et la séduction maladroite, par des jeux de regards sur de longues minutes. Et quels regards, notamment celui de la troublante Ann-Sofie Kylin – incarnation parfaite de la beauté juvénile – où se lisent amour et détresse comme aucun dialogue ne saurait les faire passer. Rolf Sohlman est également un tour de force de casting, jeune garçon jouant à l’homme en blouson de cuir, entre enfance et rebelle attitude.

Le reste du film, versant adulte et mélancolique, est à l’avenant de ce miracle d’alchimie amoureuse, et même davantage, il est indispensable pour le sublimer. Car Andersson jongle constamment entre humour et drame en alternant portrait de l’amour naissant et tableau terrifiant d’un monde adulte sclérosé.

L’humour à froid vient plus d’une fois désamorcer clichés et pessimisme, sans que jamais Une Histoire d’amour suédoise ne tombe dans un quelconque systématisme de dispositif de mise en scène. Le jeune réalisateur de 27 ans approche déjà la qualité des meilleurs Bergman (s’il ne l’égale pas – difficile d’appréhender totalement après une seule vision), que ce soit avec le naturalisme transcendé de la double réunion familiale inaugurale, ou par des percées déchirantes comme la scène du stade ou la digression finale, délicieusement déstabilisante.

Le spectateur conquis ressort sonné par tant de maîtrise, jamais lourdement imposée, qui laisse voguer la pensée sans tomber dans les poses arty contemporaines pour festivals (Gus, pitié… arrête), dans une richesse narrative où chaque instant, chaque mot, chaque respiration se montrera important.

Joie et tristesse d’une telle découverte si tardive comme échos des sentiments contrastés que provoque ce film. Combien de pépites de ce genre encore inédites ? Ou disparues ? On choisira aujourd’hui de se réjouir d’un tel trésor, de le chérir et d’en apprécier toutes les brillantes facettes, reflets de nos meilleures années, et des troubles à venir.

Rating: ★★★★★★★★★☆ 

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