Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal

Le froid accueil cannois aura au moins permis d’adoucir les attentes (putain, 20 ans !) vis-à-vis d’un film qui ne pouvait de toute façon pas toutes les combler. C’est donc avec toute notre âme d’enfant encore disponible et nos exigences de cinéphile adulte tempérées au maximum que l’on se rend en salle pour essayer de profiter pleinement de cet Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal.

Et arriva ce qui devait arriver (et qui n’était pas trop dur à prévoir) : cet Indy 4 est un film avant tout axé sur la nostalgie. A tel point que le spectateur se retrouve le cul entre le plaisir des retrouvailles et leur évidente inutilité.

Steven Spielberg a finalement succombé au grand mouvement de revival des héros des 80’s. On s’est légitimement vite fait du souci, surtout par rapport à un Harrison Ford vieillissant. Avait-on vraiment envie de revoir Indy version papy ?

Le sentiment éprouvé quand on voit les premières images de l’acteur réendossant le costume de l’Aventurier est effectivement double. Attendris et un peu tristes devant les années bien présentes, on est tout de même rassurés par l’aisance avec laquelle il retrouve le personnage. Bien sûr l’histoire mettra inévitablement, et quasi-constamment, l’accent sur l’âge de notre héros d’enfance, il pouvait difficilement en être autrement. Et sur ce point, aucune surprise, on nous sort un fils, et l’amour de jeunesse d’Indy, et vogue la galère familiale. Cette partie là est plutôt bien tenue, même si Marion fait un peu de la figuration et fiston un sidekick honnête mais insipide, relève annoncée qu’on a pas envie de revoir de sitôt (mais Lucas annonce déjà la franchise Mutt Williams, comme s’il avait pas assez pourri le cinéma de notre enfance…).

Non c’est ailleurs que le film pose problème, à un niveau qu’on pensait le plus simple, gagné d’avance puisque l’équipe originale était réunie au grand complet.

Le reste de l’histoire est un agrégat peu convaincant, issu du development hell d’un script passé entre de trop nombreuses mains.

Le scénario est la grosse faille de cet Indiana Jones, survolant les personnages, trop timide sur la nouveauté, et donc recyclant à foison les épisodes précédents, l’accumulation de clins d’œil et de scènes-remakes tuant l’incarnation de ce que l’on est en train de regarder. Nous ne sommes jamais impliqués à fond dans une aventure fluide et logique. L’enchaînement des séquences, souvent trop bavardes (pour une intrigue finalement très vide) et la caractérisation laborieuse (Ox et Mac en tête, franchement gênant) échouent à nous replonger dans le dynamisme naturel des divertissements d’antan. Sans compter le nombre hallucinant de scènes résolues au p’tit bonheur la chance…

Dernier point noir, et pas des moindres, l’humour est quand même souvent sacrément à la ramasse (punchlines qui tombent à l’eau, les marmottes, les lianes…), même si l’on se souvient de passages pas très inspirés de ce côté-là dans le Temple maudit.

Malgré tout, le plaisir est quand même là par intermittence, dans une mise en scène invoquant le meilleur d’artisans dont le talent n’est plus à prouver. Montage lisible et cadres impeccables, musique qui fait frémir notre corde sensible (même si l’on cherche, là aussi, les nouveaux thèmes), photo colorée très bande dessinée, tout est là pour un spectacle à l’ancienne par moment fort délectable. Cate Blanchett en vilaine russe est caricaturale à souhait, certaines scènes d’action dont la poursuite dans la jungle impressionnent durablement, et les bestioles en tous genres répondent présentes.

Il est juste dommage que l’entrée en matière, avec son excellente reconstitution des années 50, soit supérieure à un final que beaucoup vont trouver too much. Au moins a-t-on eu droit à notre lot de sensations fortes et d’images dépaysantes et iconiques, certes mal agencées, parfois de mauvais goût, et frôlant le minimum syndical.

Spielberg et son équipe prétendent avoir réalisé un film avant tout pour les fans. Si ces derniers peuvent par indulgence prendre un certain plaisir devant ces aventures old school, il manque tout de même au film une âme qui lui soit propre pour prétendre arriver au niveau de la trilogie de notre enfance, âme qui différencie commande et œuvre personnelle. La sincérité est là, mais Indy 4 est plus l’œuvre d’archéologues de nos souvenirs que d’entertainers au sommet de leur art.

7/10 sur l’échelle du fanboy nostalgique (la revision risque d’être très rude…)

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