28 jours plus tard

Danny Boyle invente le film d’horreur en decrescendo.

28 jours plus tard avait fait forte impression à sa sortie, revisitant le film de zombies à la sauce enragée. A le revoir aujourd’hui à la lumière de sa formidable suite réalisée par Juan Carlos Fresnadillo, le constat n’est plus aussi reluisant.

Déjà à l’époque difficile d’occulter le revirement de situation à mi-parcours. Avec la subtilité de pachyderme dont il sait parfois faire preuve, Boyle ne peut pas s’empêcher de plomber son film d’une mélasse engagée, nous sortant le refrain du mal qui n’est jamais où on l’attend, avec des militaires très très très méchants… et très cons.

L’heure précédente avait fait illusion, avec la meilleure séquence du film, le réveil du héros dans ce Londres désert, calmes images post-apocalyptiques frappantes qui font toujours leur petit effet. Et c’est ce que le public retient lorsque l’on aborde le sujet 28 jours plus tard. Belles images, pas mal d’esbroufe. Mais des attaques de « zombies » finalement plutôt rares, et courtes. Si le rendu des enragés est bon, les affrontements n’ont rien de mémorable.

La mise en scène faite de beaux plans décalés – obliques, reflets, parfois mal photoshopés, le directeur photo s’amuse avec le numérique – ne parvient pas vraiment à créer une unité visuelle homogène. On reste dans le superficiel. Le cast est plutôt bon, et assure une bonne identification avant que tout s’écroule dans la deuxième moitié. De la fillette droguée au délire ramboesque du rescapé maigrichon, on flirte allégrement avec le n’importe quoi. Sauf que ça se veut profond, ambigu, réflexif sur notre nature animale… Rien que ça. C’est juste un sacré gâchis par un cinéaste qui a les yeux plus gros que le ventre, ou qui manque de rigueur et retombe dans des travers de sale gosse. Ce que vient confirmer une happy end totalement désinvolte qui achève de rendre le film anecdotique, et presque désagréable, malgré quelques bonnes idées par-ci par-là.

5/10

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Jamais adoré le film mais la revision fût plus cruelle que je ne le pensais.

Faudrait pas que je revoie Trainspotting finalement…

Commentaire by 2501 on 28 avril 2008 23:23


C’est marrant j’ai revu ces deux Boyle très récemment. L’un pour m’enchainer les deux 28 et l’autre pour m’enchainer le bouquin de Welsh…

Franchement je te trouve très cruel avec ce 28 jours plus tard, lors de ma révision j’ai même moins été rebuté par la fin militarisée, qui est finalement une sacré métaphore sur « l’évolution humaine ». Certes moins dynamique que sa suite, le boyle reste un exercice assez unique dans le genre, le rythme étant ce qu’il est, loin de la tendance actuelle…

Sinon pour Transpotting, c’est quand même un sacré retour dans les années 90 et franchement ça fait du bien. Ce qui paraissait à l’époque comme un film tendance, je le vie aujourd’hui plus comme Welsh l’a sans doute écrit à l’époque, comme un sacré hommage à notre génération… Même Requiem fait plus dans la moral que ce Transpotting et il appartient sans doute un peu moins à notre génération.

Commentaire by feilong74 on 30 avril 2008 12:11


C’est pas une question de rythme dans 28 jours, c’est juste qu’il se passe pas grand-chose, et quand enfin y’a du concret c’est mauvais.
Hier j’ai revu 28 semaines, ben y’a aussi des scènes contemplatives mais elles font toujours le pont entre deux scènes importantes, c’est direct, efficace, généreux dans les situtions diverses, et y’a pas un bout de gras, sur 90 minutes tout est essentiel. Y compris dans le traitement antimilitaire commun aux deux films d’ailleurs. Là le traitement est effroyable, sert l’histoire globalement, et n’est pas unilatéral.
Sur 28 jours, c’est une deuxième partie d’une heure, avec des militaires bien stupides qui pensent qu’à baiser (pour perpétuer l’espèce mon cul). Ca m’aurait pas étonné dans un nanar des années 70, mais là avec la première heure bien sérieuse et dépressive…

Boyle est visuellement pas mauvais, mais pour faire une histoire dense et homogène il galère grave… Remember La plage et Une Vie moins ordinaire.
Et il a l’air traumatisé par Apocalyspse Now (structure et fin de 28 donc et de La plage, et même Sunshine a des points communs).

Commentaire by 2501 on 30 avril 2008 17:15


28 semaines accuse malgré tout quelques clichers sur certains personnages qui se suivent et se ressemblent.
28 jours reste avant tout un fresque sur le désespoir humain. Il se veut plus profond sans pour autant être une échappée marquante… pas forcément divain mais pas si mauvais.

Pour la forme, celle de 28 semaines rique de mal vieillir à long terme. contrairement au coté radical de 28 jour….

A voir

Commentaire by feilong74 on 30 avril 2008 20:47


La forme de 28 semaines est à la fois hétérogène et homogène, on sent une unité malgré l’alternance de moments calmes, de nuit numérique et de gros morceaux énervés caméra épaule. Moi je prends mon pied, et j’admire.
Celle du Boyle c’est une esthétique du plan, il pense pas global, c’est moins réfléchi, de l’esthétique plus facile pour moi (et qui a déjà bien vieilli je trouve, justement, avec son côté « regardez comme j’utilise le numérique », devenu banal aujourd’hui).

28 jours c’est plutôt un road movie qu’une fresque… Et ses longs dialogues sur le désespoir humain… je préfère quand ça passe par l’image, c’est bien plus fort dans Les fils de l’homme par ex. Bref, à cette 3ème vision il me semble, j’ai trouvé ça creux. Le Fresnadillo a les trippes du début à la fin (et a quand même un fond très solide avec le parallèle symbolique drame familial/repeuplement). Le Boyle voudrait se la jouer penseur et finit grossièrement.
Je suis sans doute sévère mais on a été bien gentil sur ce film à sa sortie, quasiment comme si c’était un classique instantané alors que bon…

Commentaire by 2501 on 30 avril 2008 22:42


il avait quand même eu le merite de remettre au goût du jour le film de zombie (ouais d’accord c’est des « infectés »… :getlost: ) avec un traitement plus agressif et energique que la référence Romero qui n’arrivait même pas à l’époque à avoir le blé pour un 4e episode…Du coup après Zack Snyder a eu comme par magie l’idée de faire courir ses morts vivants et là tout le monde a crié « Génial !!! » (ouais bon là je suis méchant parce que c’est un bon film bourrin avec un pré-générique enorme mais on en a trop fait je trouve, remis dans son contexte) et tout ça a permis à Romero de faire du Romero, moi ça me plait mais c’est du Romero…

après la comparaison 28 jours/28 semaines bon…disons que l’univers est planté et Fresnadillo pond une suite carrément differente dans le traitement et c’est pas tous les jours qu’une suite est aussi bien voire mieux que le premier film…à l’annonce de la mise en chantier de 28 semaines j’étais pas emballé et si yavait pas eu ce merveilleux site sur lequel je suis en train de taper des phrases magnifiques, je serais surement pas allé le voir…

Commentaire by derf on 1 mai 2008 0:47


Ouais ouais, les enragés c’est bien j’avoue.
Mais c’est pas de lui le scénar non ?:biggrin:

Commentaire by 2501 on 1 mai 2008 0:57


Revu hier soir et je dois dire que ta critique me parait dure.
J’ai trouvé le film tout simplement énorme, et oui, je pense qu’il y a un côté allégorique tout à fait valable, allégorie qui ne me semble pas tenue dans sa suite qui reste un survival qui se sort les couilles du cul, certes, mais qui reste simple dans son discours. On pourrait penser le discours sur l’homme, la violence et Cie cliché mais il est tout à fait dans l’air du temps (cf les images de violence du début qui contamine le singe qui va contaminer les hommes : la violence rentre dans nos gênes !!!), et me parait plus pessimiste que sa suite. La suite n’est finalement pessimiste que par le fait de la fin de son récit qui voit la contamination se mondialise. Ici, on arrive à du nihilisme le plus complet car même l’homme est plus sanglant que les enragés. En témoigne la magnifique scène de crescendo musical, sur un thème par ailleurs repris à l’identique dans 28 semaines.
Dans 28 jours, le forme est juste énorme (aucun gros plan et ça fait plaisir, multiplicité des points des vues, jeux de cadre : on est toujours dans la mise en danger de l’espace), mais bon, certains effets numériques passent moyen, par manque d’expérience dans ce domaine.
Les acteurs sont au diapason, surtout Cillian Murphy, physique incomparable, gestuel de junky et hello qui perce Londres.
Et puis, Boyle ose le mélange des genres, et peut-être que c’est pour ça qu’il divise, parce qu’il n’est pas là où le spectateur l’attend. Survival urbain (pas un film de zombies : le zombi est un non-mort, les infectés restent des humains bien vivants), film militaire, un petit tour vers le road movie familial. Mais tout est infesté par le mal qui gangrène le pays. C’est pour cela qu’on a l’impression qu’il ne se passe rien. Il n’y a pas de futur, pourquoi alors se faire chier avec le présent ? Chaque genre est passé à la moulinette du pessimisme.
Et puis que dire de la fin du film, où la famille qui doit repeupler l’Angleterre est interraciale et prolétaire, bref le futur du monde. Et sus à la bourgeoisie et aux militaires….Les institutions se retrouvent bien emmerdées.
Donc voilà, petite critique du film…..

Et arrêtez avec l’Armée des morts, c’est pas un vrai film de zombies : les zombies sont allégoriques et pas une simple figure au service d’un récit primaire. Et aussi, un zombi doit marcher, ce qui confère son statut de flippe totale car on a l’impression qu’on pourra s’en sortir mais en fait il sera toujours là. Un zombi qui court, c’est comme si M. MYers ou J. Voorhes se mettaient à courir. Cela n’a aucun sens et donc aucun intérêt sauf à faire frémir un nouveau public qui ferait mieux de relire ses classiques et de les comprendre plutôt que de demander toujours quelque chose de neuf mais de futile.
Donc voilà, pour le coup de gueule….

Commentaire by teub on 28 mai 2008 14:17


Tu sonnes un peu comme un intégriste du film de zombies avec ton coup de gueule.Wink

Même si je comprends ta réflexion sur les zombies qui trainent la patte, je vois pas pourquoi une variation qui mise juste sur l’effroi et l’intensité d’une attaque rapide et aux réactions imprévisibles n’aurait pas droit de cité. Surtout que bon, c’est bien de défendre des chapelles, mais faut aussi savoir évoluer. C’est comme dans le rap, un message c’est bien beau, mais martelé toujours de la même manière pendant des dizaines d’années quel est l’intérêt…

Donc voilà le cinéma c’est aussi (et surtout dans le cas du film de genre) des sensations. Ok pour la valeur ajoutée dans les (anciens) films de Romero et Carpenter (qui eux-mêmes ne savent plus quoi dire aujourd’hui), mais, une fois encore, parfois, l’engagement on peut s’en passer au profit du plaisir pur. Qu’on appelle ça zombies ou enragés…

Je préfère quelqu’un comme Snyder qui met une croix sur quelque chose qui a déjà été fait pour balancer à fond dans le délire d’horreur (futile certes, mais qu’est-ce que c’est bon la futilité parfois) plutôt que d’artificiellement intégrer un discours engagé qu’il ne maîtriserait pas (et qui a déjà été maintes fois établi) pour être soi-disant plus respectable, profond, ou je ne sais quoi d’autre. Voilà pour moi ce qu’est 28 jours, un fourre-tout où chacun pioche ce qui lui plaît dans des dialogues évasifs sur la fin du monde. Je me trouve très clément au contraire.

Commentaire by 2501 on 28 mai 2008 15:37


Ta réponse me convient, même si en fait, ouais, je suis, comme tu dis, un intégriste du zombi. Certains parleront d’élitisme, mais je persiste et signe.
Bon après, sur 28 jours plus tard, disons que le débat ne fait commencer…..Et imaginez si ils nous pondent un troisième opus….D’ailleurs, qu’en est-il à propos ?

Commentaire by teub on 28 mai 2008 15:50


Je crois que le 3ème est d’ors et déjà prévu (pas encore lancé mais ça viendra).
Je pense qu’on est tous d’accord pour dire que la suite est une réussite, ce qui est plutôt rare, donc s’ils continuent sur cette lancée pourquoi pas…

Commentaire by 2501 on 28 mai 2008 17:50


Pour alimenter notre récurrent débat genre/engagé, voilà un avis sur le prochain Romero (qui en rejoint bien d’autres tout aussi négatifs) résumant ce que je pense d’un pseudo engagement au détriment du cinéma :

http://www.dvdrama.com/forums/viewtopic.php?f=3&t=87186&start=70

Dommage qu’il n’existe pas de retraite forcée pour les cinéastes que l’on a tant admiré… (car c’est malheureusement pas le seul dans ce cas)

Commentaire by 2501 on 9 juin 2008 17:07

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