REC

 

Rarement film d’horreur n’aura été précédé d’une si flatteuse réputation. A tel point que REC échappe aux aléas de distribution qui frappent les films du genre depuis quelques mois. Si le film tient toutes ses promesses c’est avant tout parce qu’il exploite d’une façon idéale un concept très en vogue actuellement, et qui n’a pas encore beaucoup de représentants, celui du croisement entre fiction et forme docu-réalité.

Le projet Blair Witch aura mis du temps à faire des petits. Presque 10 ans après ce qui était plus un coup commercial qu’un vrai bon film d’horreur, le style documentaire avec caméra agitée revient en force. L’immersion engendrée par cet ultime simulacre de réalité donne aujourd’hui des résultats inédits, du pamphlétaire Redacted au film de monstre intimiste, en attendant le Diary of the dead du vétéran Georges Romero. Si le récent Cloverfield maîtrisait son concept pour offrir des sensations inédites au niveau des scènes d’action, il commettait un péché de paresse bien handicapant sur des bases plus classiques, au niveau des personnages et de l’histoire trop peu vraisemblables. Erreur que ne commettent pas les réalisateurs espagnols Balaguero et Plaza, jouant la carte du huis-clos dans un immeuble lors d’une intervention des pompiers suivie par une journaliste, qui va bien sûr dégénérer de façon spectaculaire.

Le cœur de ce type de film est la confrontation d’une banalité du quotidien aux forces les plus vives de la fiction cinématographique. Après le monstre géant, place aux zombies, et pour bien installer le contraste, il convient de pousser le naturalisme à la limite de l’ennui, pour imposer une croyance, tout en présentant les protagonistes principaux. Ce dont REC s’acquitte avec brio, même si l’on ne s’attache vraiment qu’à la mignonne reporter et à son caméraman invisible. Seul inconvénient d’une durée ramassée sur 80 minutes intenses.

REC n’invente rien, ce qui n’est pas un problème dans un genre justement usé jusqu’à la corde. Il applique la formule encore fraîche de la caméra unique pseudo-documentaire sur tous les clichés du film d’horreur avec un savoir-faire remarquable dans le crescendo horrifique (à l’exception d’une scène explicative très laborieuse et inutile). Tous les effets d’une caméra numérique, sur la mise au point le son ou la lumière, et les ellipses du tourné-monté, sont exploités au maximum pour procurer des sensations qui pourraient être a priori rapidement répétitives sur un point de vue unique. La forme est si maîtrisée qu’on n’échappe pas à une légère frustration lors des séquences clés qui ne jouent jamais assez sur la durée. La peur est toutefois au rendez-vous, ce qui n’est pas si fréquent, et la sauvagerie de certains passages échappent à tout ridicule, tétanisant un spectateur ravi de se laisser prendre au jeu comme si c’était la première fois.

REC n’est pas la claque annoncée, mais arrive opportunément au bon moment dans le renouvellement d’un genre devenu répétitif. Déjà une référence parce qu’il est le premier à maîtriser totalement les codes d’un nouveau style, il pourra néanmoins à l’avenir être supplanté dans l’horreur pure et l’utilisation de la durée (on est encore ici dans des compromis très grand public). Malgré tout, il est fort probable que cette nouvelle forme vire rapidement au système creux avec l’habitude du spectateur (et la flemme de réalisateurs plagieurs; un remake américain plan pour plan de REC a d’ailleurs déjà été tourné). Certains films l’ayant appliquée par intermittence dans une structure fictionnelle plus classique, tel l’ultra efficace 28 semaines plus tard, l’ont peut-être même déjà récupérée, assimilée et dépassée.

8/10

2501

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Je sais que manji a du le voir mercredi.
Le projet Blair Witch m’avait quelque peu rattrapé avec sa VO. il restera malgré tout un film culte et pionnier.
Par contre ce REC a bonne presse, ça donne envi de trouver une babysitteur.. :tongue:

Commentaire by feilong74 on 25 avril 2008 15:32


Tu peux commencer les recherches, je pense pas qu’il y aura meilleur film avant la sortie d’Indy 4 (quoique il paraît que Iron Man est sympathique).

Bon, comme pour Blair Witch et autre faux reportages de ce type, la VF est un grand handicap…

Faudrait que manji vienne nous en parler.

Commentaire by 2501 on 25 avril 2008 17:14


Donc en tant que grand amateur de ce genre de films, je me suis empressé d’aller voir rec sans mentir à l’idée que j’en attendais beaucoup. Et effectivement, un grand moment dans l’histoire du grand frisson au cinéma, en effet, certaines scènes sont effectivement à glacer le sang et le film est trés efficace dans son déroulement et dans sa façon d’utiliser la caméra à l’épaule. Cependant, comme toujours il y a des « mais ». En effet, le concept étant beaucoup utilisé ces derniers temps ,et ce depuis blair witch, l’effet de surprise n’y est plus et le film évidemment en pâtit car certaines scénes sont malheureusement déjà vu (mais je vous rassure, ça reste flippant quand même). Par contre, plutôt agréablement surpris par la vf qui, une fois n’est pas coutume, ne pourrit pas le film et reste agréable à regarder (plutôt à entendre), sauf peut être les couinements incessant de l’héroïne à la fin mais apparemment c’est déjà le cas dans la version originale.
Enfin bref, ne manquez pas ce petit bijou qui restera comme un grand moment de cinéma de ce début d’année.

Commentaire by manji on 28 avril 2008 19:13


Ah ben voilà une intervention qu’elle fait plaisir.:cool:

Je préfère tout de même un 28 semaines plus tard plus généreux et intense, mais je pinaille entre un bon et un excellent film.:biggrin:

Commentaire by 2501 on 28 avril 2008 23:11


vu hier…putain j’ai fait sous moi ! Une vraie flipette :biggrin:
Juste quand j’a eu l’impression que ça allait devenir répétitif ça s’est emballé ! Pas revolutionnaire mais un bon mix de trucs pour un coktail bien agressif et flippant ! Par contre je sais que ça soule M. 2501 mais ya aussi un bon trip sous-jacent sur le journalisme, le petit plus derrière la boucherie et ça, ça fait plaisir…

bien evidemment, si je vous dis aussi que le film qui m’a fait le plus flipper dans ma vie c’est le projet blair witch vous allez relativiser… :happy:

enfin…ça va peut-être être plus dur de donner sa chance à Cloverfield du coup…

Commentaire by derf on 1 mai 2008 0:24


Ah ben quand même, on a presque attendu le spécialiste.:biggrin:

Ca me soule pas je m’en fous un peu du sous-jacent. A part quand c’est trèèès bien fait. Et c’est rare.(parce que le coup du « arrête jamais de filmer » répété en réplique finale, c’est un peu bourrin, et ça sert plus de justificatif au dispositif qu’autre chose – ben oui, même le journaleux le plus avide de sensationnel lâche la cam au bout de 10 minutes…).
En fait ça me parle sur le primitif, notre côté sauvage et bestial illustré dans The Descent ou 28 semaines plus tard.:biggrin:

Sinon, en ce qui concerne Cloverfield, tu peux te lancer quand même, s’agissant plus d’un gros film d’action que d’un film d’horreur. Par contre ça va perdre sur petit écran.

Commentaire by 2501 on 1 mai 2008 0:54

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