One missed call

La malédiction des réalisateurs français continue à Hollywood. Un film d’horreur dans leur pays natal, réussi ou non, et les voilà appelés par la Mecque du cinéma, souvent pour réaliser un remake… de film d’horreur. Une réussite au compteur, celle d’Alexandre Aja avec La Colline a des yeux, puis c’est la loi des séries, l’hécatombe. Dernière victime en date : Eric Valette. Auteur d’un remarqué Maléfique il y a quelques années déjà, ignoré par la grande famille du cinéma français alors qu’il essaie de monter un nouveau projet de film de genre, il se laisse amadouer par les sirènes hollywoodiennes. Peut-on en vouloir à ces jeunes réalisateurs d’essayer de continuer à tourner le type de films qu’ils souhaitent réaliser, même si le ticket d’entrée est un peu ingrat ?

En voilà une longue introduction, tout simplement parce qu’il n’y a pas grand-chose à dire sur ce One missed call bis. L’intrigue est menée aussi prestement qu’un épisode de Derrick, tout est inexplicablement fade, du look de pré-ado de Shannyn Sossamon (abonnée aux mauvais rôles de godiches épouvantées, remember Catacombs) au flic ténébreux au charisme absent, en passant par une photo et des décors lambda. On jurerait regarder un téléfilm torché en quelques jours. La série Masters of horror fait figure de production de luxe à côté. Ados joués par des trentenaires, sonnerie de téléphone inquiétante, apparitions, enfant traumatisé, le cahier des charges répond présent mais rien ne prend. A part un fou rire de temps en temps sur quelques incongruités (dont une bien nanarde dès la mort d’ouverture). Pourtant l’idée n’est pas si mauvaise, puisqu’elle a déjà donné lieu à un assez bon Ring-like, dont Takashi Miike s’était joliment acquitté.

La Mort en ligne était déjà une commande à l’époque, mais le nippon taré avait réussi à pervertir le matériau de base, à y injecter une certaine dose de tension et de folie pour qu’on ne considère pas son film comme une photocopie de plus. Eric Valette échoue totalement à intéresser le spectateur. Il a sûrement de bonnes excuses, concernant le carcan de la machine hollywoodienne, la pression des studios, le déni des auteurs en Amérique… on commence à connaître le refrain. Cependant ce système d’importation de « talents » ne date pas d’hier, et nombre d’entre eux ont su faire passer des idées en sous-main, un style visuel, une manière de diriger les acteurs ou tout simplement de composer des plans. Ici, le néant. On peut donc aussi y voir de la paresse. Un tel spectacle sans cesse répété ne donne pas envie d’être indulgent. Peut-être la malédiction s’arrêtera t-elle quand un réalisateur aux épaules suffisamment larges saura s’imposer en contrebande. Sinon, on peut toujours attendre que le public se lasse…
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