J’ai toujours rêvé d’être un gangster

 

Une belle affiche. Esthétique, séduisante, gentiment provocatrice. Une bonne bande-annonce. Enumération cocasse, résumé aux références solidement revendiquées, au ton original et au timing immédiatement accrocheur. Voilà qui est déjà bien inhabituel pour une production hexagonale.

Soudain l’espoir renaît dans le cœur meurtri du cinéphile français…

Car vu la situation actuelle de notre cinéma, la déclaration du spectateur en entrant dans la salle pourrait être : j’ai toujours rêvé d’un bon film français.

Plus que le noir et blanc jarmuschien c’est le format carré 1:33 qui intrigue au départ. Censé étriquer des personnages de losers pathétiques dans une réalité bien loin des films de gangsters, ou des fastes d’antan. Cafétéria isolée vaguement nord-américaine, parkings déserts, terrains vagues, appartements miteux, routes interminables et fast-foods, le décorum dépressivo-décalé est bien planté. Au niveau des personnages et de l’organisation d’un récit en chapitres très distincts, on tombe d’entrée dans une pose et un maniérisme sec très influencé. Jouant trop les silences comme s’il voulait croiser Pulp Fiction et Kaurismaki, Samuel Benchetrit se prend les pieds dans le tapis en privilégiant le dispositif aux protagonistes. Son film se voudrait rock’n’roll, mélancolique et insolite. Il est juste mou du genou, vaguement intriguant puis vide, très vide. Le braqueur loser face à la serveuse pas si innocente n’existe jamais vraiment. Ce sont des squelettes de personnages définis par une confrontation qui ne remplit pas ses promesses.

Car le maniérisme requiert un minimum de virtuosité pour passer de l’agacement à l’émerveillement, d’enveloppe vide à transcendance du matériau écrit. Le jeune réalisateur a beau s’essayer à la séquence muette, au diaporama, le résultat ressemble plus à un film d’étudiant qu’au brillant patchwork formel escompté. La nonchalance de l’entreprise ne saurait excuser les rares bonnes idées étirées plus que de raison (comme les trop réguliers basculement de la musique de fosse en diégèse, et surtout ces postures gaguesques qui n’en finissent pas dans la première partie). Ce mauvais usage de la durée donne un désagréable effet de cache-misère. Surtout quand les acteurs ne sont pas au diapason. L’habituellement volubile Edouard Baer a bien du mal à trouver ses marques avec son braqueur improvisé. La « partie belge » (qu’on croirait justement débarquée du plat pays) sauve la mise grâce au numéro des comédiens. Benchetrit s’est entouré d’un casting prestigieux qu’il admire tellement qu’il se repose trop dessus (la très faible partie avec Arno et Bashung en roue libre). Mais à travers ces histoires sur le mode de l’anecdote, c’est l’ombre de grandes références qui plane constamment et finit par bouffer une œuvre en manque d’un cachet personnel, qu’elle ne rattrape jamais par une profusion d’idées, de propositions.

Constater un tel manque d’imagination de la part d’un écrivain est sacrément triste. Sans cesse dans l’attente du gag, de la réplique qui relancera l’intérêt, on retient malgré tout un monologue par-ci par-là qui vient réveiller un métrage languissant, les fulgurances de Rochefort ou Roger Dumas, les yeux de biche d’Anna Mouglalis. Un épilogue en forme de gamineries de cour de récré vient définitivement enterrer tout espoir, jusqu’à l’hommage à Chaplin le plus lourdingue depuis l’invention du cinéma (au moins). Pour rendre l’anecdotique sublime il faut plus que prendre le temps d’une attitude cool et décalée. Le talent d’un Tarantino, cette transcendance des genres invoqués, n’est pas aisé à copier…

A tel point référencé, déférent et récurrent, que ça en devient lassant. J’ai toujours rêvé de réaliser un film de gangster, voilà le sentiment qui domine ici.

Qu’elle était bien cette bande-annonce…

5/10

2501

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Anna Mouglalis Rhââââââââââ Lovely !!!!…………………………..désolé…………………

Commentaire by derf on 27 mars 2008 15:45


En passant, un film avec Edouard Baer ne peut être que mauvais. :getlost:
Sinon pour le plaisir :

Plus d’infos sur ce film

Commentaire by feilong74 on 27 mars 2008 20:56


On vient de m’apprendre (ou plutôt de me rappeler) que le principe de cette bande-annonce a été pompé sur celles de Godard.:ermm:

Du coup, la « coïncidence totale » revendiquée par le réal entre l’affiche de son film et celle de Réussir ou mourir est de plus en plus douteuse…

« Où est Samuel Benchetrit ? On recherche le petit Samuel Benchetrit. Sa maman l’attend à l’accueil, qu’il arrête de piquer les jouets des autres… »:getlost:

Commentaire by 2501 on 27 mars 2008 21:13


Commentaire by feilong74 on 27 mars 2008 21:19

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