Jumper

En lieu et place d’un sujet alléchant aux multiples potentiels, Jumper nous crache à la gueule la vacuité de la vie d’ado rêvée, une apologie de la vitesse, du loisir, de l’irresponsabilité, et de la satisfaction quasi-instantanée du moindre désir. Un enfer donc, qu’on nous fait passer pour des pouvoirs enviables dès les premières minutes quand la voix off de l’arrogant lycéen s’adresse directement « à l’ado crétin et normal comme vous ». Ca donne le ton, et si l’on ne sort pas de la salle à ce moment-là (âge requis ou pas, le teenager n’est pas systématiquement un consommateur stupide… non ?), il faut se préparer soit à subir un spectacle d’une bêtise aussi abyssale que sa vacuité, soit à prendre un peu de distance et essayer de s’amuser d’un divertissement symptomatique du partage en vrille de l’entertainment jeuniste. Vendu cyniquement par des vieux, c’est ça le pire.

Doug Liman, que l’on a un temps cru en phase avec la jeunesse (Swingers, Go), et bon réalisateur de films commerciaux un tant soit peu intelligents (La Mémoire dans la peau), vient confirmer son inéluctable déclin chez les marchands de tapis hollywoodiens après le fadasse Mr & Mrs Smith.
D’une direction artistique peu reluisante digne d’une série de SF type Sliders, Jumper accumule les mauvaises idées dont la principale est celle de la téléportation comme élément de scène d’action le moins cinématographique du monde. Des séquences en creux où l’on passe son temps à guetter les allées et venues entre « J’suis là » et J’suis plus là ». Etrange, agaçant ou drôle, c’est selon votre humeur, mais absolument pas spectaculaire.

L’arrogance du héros parfaitement rendue par cette tête à claque de Hayden Christensen est d’abord irritante mais figure sans doute le seul argument un tant soit peu positif du truc, à condition d’avoir l’esprit un peu tordu. En effet, notre héros peu ordinaire est logiquement un super, mais il ne profite pas de ses pouvoirs pour faire le bien, ni le Mal ultime d’ailleurs, mais pour céder à tous ses caprices et mener la vie facile. Une variante pas si courante, où l’on assiste donc à la plus grosse crise d’ado jamais vue avec super papa Samuel Jackson qui combat la puberté ubiquitaire de fiston. On passera sur les arguments à peine esquissés d’un scénario censé installer une pauvre organisation ennemie et 1 adversaire jumper pour une trilogie annoncée (en 80 minutes génériques compris, on nous prend pas pour des buses). Samuel poursuit donc le loupiot avec un gros phallus électrique pour le calmer un peu. Entre deux affrontements on assiste à de trop longs quiproquos indignes d’une sitcom avec la petite amie gourdasse. Tout ça pour finir comme tout ado dépassé par ses frasques dans les bras de maman lors d’une conclusion furtive au plus grand brassage d’air qu’Hollywood ait fourni depuis longtemps. Comme disaient d’illustres musiciens de mon temps : Attention, ta mère elle va jumper !!!
2/10
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