Crossroads

Crossroads est un chef d’oeuvre. En effet, on aura rarement vu un film si maitrisé, si abouti, où les situations s’enchainent à cent à l’heure, où la mise en plastique s’avère si riche. Crosroads est un chef d’oeuvre parce qu’il est un film dense.

Mais revenons au commencement. Crossroads, c’est l’histoire d’une jeune femme, en passe d’avoir son diplome de fin d’étude, et qui décide, le jour J, de prendre la route avec deux copines et un jeune inconnu pour traverser les Etats-Unis pour rejoindre sa mère.

Dès le pitch, tout est dit pour que le film nous embarque avec les protagonistes pour ce voyage au coeur des Etats-Unis. Le film est du genre du road movie et cela se voit.
Parce qu’il y a tout d’abord les figures : la voiture, décapotable bien entendu, scrutée dans tous les angles ; la route, support indispensable à cette énergie brute de décoffrage typiquement américaine ; les paysages américains superbement mis en valeur par la caméra contemplative de Tamra Davis qui ose l’inscription totale des protagonistes dans ce contexte naturel ; la direction, d’Est en Ouest, celle des pionniers des premiers temps et que Britney Spears et ses acolytes vont épouser pour un futur meilleur.
Parce qu’il y a les situations inhérentes à ce genre : les rencontres iconoclastes avec les autochtones, la remise en cause, l’introspection, la primauté des rapports humains…En un mot, la découverte de soi et d’Autrui.
Parce qu’il y a un message, profond, bouleversant, où les deux piliers du rêve américain que nous propose Tamra Davis sont l’amour et l’amitié. Film profondément humaniste, Crossroads est une bouffée d’air dans notre monde cynique et perverti. Mais plus que cela, il s’avère être une allégorie du rêve américain premier. La réalisatrice revient aux sources de la civilisation américaine et, ainsi, met en image le fantasme de tout un chacun.

Hors, rester sur ces considérations, aux limites du théorique, serait passer à côté du film. En effet, certaines situations, d’ordre plus dramatique, vécues par les héroïnes comme de véritables calvaires, rendent le film moins naïf que prévu. Certes, il se conclue sur un happy end de toute beauté, où le rêve tant fantasmé devient réalité, ce qui soulage le spectateur. Mais il ne faut pas oublier qu’un sous-texte sur les états de la famille américaine, disloquée, et sur sa jeunesse, non respectueuse de l’Autre, dévergondée, en proie constante aux péchés, vient inérver le film, telle une contamination du Malin dans la pourtant si généreuse Amérique. Tamra Davis ose un discours moderniste sur l’état de l’Amérique qu’il faut assumer avec sa caméra. Et elle le fait ! Britney Spears peut très bien danser en sous vêtements dans sa chambre mais la réalisatrice ne se fourvoie pas car, plus tard, elle va représenter la fameuse scène de sexe via le hors champ et l’ellipse. Par ses choix de mise en scène en ce qui concerne les situations les plus risquées, Tamra Davis invite à nous rendre compte que le corps féminin n’est pas un péché, que la femme doit être prête à l’assumer mais que les choses du sexe doivent d’abord rester les choses de l’amour. De cinéaste pudique, Tamra Davis devient une cinéaste féministe. Un autre exemple frappant concerne le choix de la bande originale. Le jeune inconnu écoute du rock and roll et joue de la guitare. Il est le seul des protagonistes à aimer ce style de musique dans la voiture. Puis, petit à petit, il va se mettre à écouter du R’n'B et va même jusqu’à aller mettre en musique, au piano, instrument plus mélodieux, un poème écrit par Britney. Nous retrouvons, là aussi, le discours féministe de Tamra Davis. La réflexion facile en ce qui concerne cette situation serait de se dire que l’homme doit se mettre au diapason devant les trois jeunes femmes et renier tout ce qui a construit son identité. Or, il n’en est rien. La réalisatrice a seulement pour ambition d’adoucir son personnage masculin, de donner à ce rebelle à l’image diabolique une dimension du good bad boy, rebelle certes, mais au grand coeur. Il se doit donc d’arrêter le rock and roll qui est une musique provoquant la tourmente et qui ne rentre pas dans cette vision du rêve américain proposée par Tamra Davis. Cette dernière apparait alors comme une cinéaste sincère, qui pardonne l’Amérique de ses égarements. Elle sait que ce pays va se remettre, tout seul, sur la bonne voie. Il faut donc, pour cela, qu’il revienne à ses racines, mais qu’il n’oublie pas ce qui fait aujourd’hui, ce qu’il est.

Et puis, il faut rendre grâce aux actrices, toutes magnifiques, jouant avec justesse et sans cabotinage, des situations complexes aux dialogues bien ciselés. Et il y a la belle Britney Spears. Pour son premier long métrage, la chanteuse prouve qu’elle est de la race des plus grandes. Et quand, à la fin du film, elle chante I am not a girl anymore, but not yet a woman, refrain qui concentre le discours du film, le spectateur tombe, tout simplement, sous le charme.

Teub

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J’ai beau lire et relire tout cela au deuxième degré, je fini vraiment par croire que tu aimes réellement ce film. :wassat: ou alors je cerne très mal le second degré à l’écrit ( ce qui est pluq que problable…).

En tout cas, pour ma part, les quinze premières minutes m’avait laissé un vieux goût de pisseuse dans la bouche… Je me sentais en tout cas pas vraiment concerné ni visé par cette chaude pisse…:angel:

Commentaire by feilong74 on 21 mars 2008 15:06


Je sens une tentative de second degré gravement parasitée par un véritable amour de la chose…:happy:

Commentaire by 2501 on 21 mars 2008 15:15


on atteint facile l’ambiguité d’un Alain Soral ou d’un Dieudonné…et comme avec eux, j’me suis bien marré ! bravo !!! :biggrin: …. et encore une fois, big up (ouec ouech) à Tamra Davis !!!

Commentaire by derf on 21 mars 2008 15:26


easy rider, thelma et louise, vanishing point …..et donc crossroads…

Commentaire by derf on 21 mars 2008 19:22

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