Le Gitan

Alain Delon a une moustache, Alain Delon sera donc le Gitan. José Giovanni, scénariste-réalisateur-ex-taulard plutôt reconnu ayant à son actif quelques belles réalisations (Deux hommes dans la ville) et surtout de grandes collaborations (scénariste du Deuxième souffle pour Melville ou du Clan des Siciliens pour Henri Verneuil) utilise son expérience du « milieu » pour signer ce Gitan, hommage maladroit à cette communauté atypique.

Qui peut donc bien se cacher derrières ces lunettes ?
En partant d’une intention fort louable, à savoir réhabiliter une communauté très mal vue du grand public, Giovanni, parasité par une fascination pour le « milieu » trop imposante enfile les clichés assez maladroitement. Chacun sa morale, chacun sa justice comme dirait l’autre. Alors lorsque le Gitan philosophe amèrement sur l’image de sa communauté à coup de « tu peux pas comprendre », vit de paisibles moments bucoliques avec des enfants parce que l’enfance c’est l’innocence et bla-bla-bla puis s’en va se venger froidement en élevant au-dessus du reste sa communauté on y croit moyen. Autant se taper Scout Toujours où on a pratiquement la même image des Gitans (peut-être même mieux réhabilitée !) avec en bonus Jérôme de Premiers Baisers…

Ben c’est moi ! C’est l’Gitan !
La mise en scène est plutôt inexistante mais on sait déjà que ce n’est pas forcément le point fort de Giovanni, plus à l’aise dans l’écriture et surtout dans les dialogues. On ne sait pas si cela est dû à la moustache ou à une post-synchro parfois catastrophique (à moins que ce ne soit juste les acteurs qui jouent mal mais quand même la distribution ne contient pas que des manchots, d’Annie Girardot à Bernard Giraudeau en passant par Paul Meurisse, le seul à vraiment tirer son épingle du jeu d’ailleurs…), mais ici ça ne fonctionne pas. Personne ne croit à ce qu’il dit et les seconds couteaux, dont certaines gueules cassées bien connues du cinéma de l’époque, sombrent dans un ridicule surprenant (Maurice Barrier en tête) et même en mettant un gitan qui joue de la guitare en fond (Danjo Reinhardt et non pas Django, c’est vicieux mais ça passe) et deux inserts et demi sur un parc de roulottes ça ne le fait pas !

Et puis comme d’habitude, on a le gros problème du Alain Delon producteur qui écrase littéralement son metteur en scène. La présentation iconique forcée du personnage principal ou les « José, fais un gros plan sur mes yeux là s’il te plait » aussi subtiles que le propos du film sur les Gitans qui ne sont que des voleurs avec code d’honneur communautaire alourdissent un peu plus un spectacle décidemment pas très passionnant. C’est un fait Alain Delon est une icône, mais Alain Delon n’est pas crédible partout.

Derf
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