Nicholas Winding Refn

Derrière cette belle gueule se cache Nicholas Winding Refn, cinéaste danois ayant acquis une certaine notoriété grâce à la trilogie Pusher, trilogie parfois enfantée dans la douleur mais qui propose une vraie vision d’un metteur en scène avec une vraie personnalité, et ça n’est plus tous les jours que l’on voit ça, force est de l’admettre ! On va donc ici s’attarder sur la trilogie Pusher evidemment mais aussi sur un quatrième film du réalisateur produit au Danemark passé plutôt inaperçu et qui pourtant merite vraiment le détour.

1996 : PUSHER

A 26 ans, Nicholas Winding Refn a le choix entre entrer dans une prestigieuse école de cinéma danoise ou tourner Pusher avec 1 million d’euros…la décision est prise, tant mieux !

Pusher, c’est la plongée brute et sans concessions dans le quotidien d’un dealer d’héroïne au Danemark avec tout ce que cela incombe. Oubliez le glamour des films de gangsters à la Scorcese, la coolitude de la violence made in Tarantino, le style chorégraphié de John Woo, ici c’est le droit de savoir mais heureusement sans TF1 et sans Charles Villeneuve. Happé par la fureur et la nervosité de l’omniprésente camera à l’épaule de Winding, on suit ce « pusher » interprété par Kim Bodnia, acteur d’une intensité rare, que l’on pourrait comparer à un Tom Sizemore en plus réfléchi. On pourrait, comme dirait l’autre, ne filmer que son regard pendant deux heures, ça fonctionnerait. Le réalisme cru génère une violence glaciale (ça vient peut-être du pays…) toujours enfouie, en apparence presque absente avant de venir en une fraction de seconde vous clouer à votre fauteuil, en moins de temps qu’il n’en faut pour dire « coup de batte »…

Rarement posé, Winding décrit avec brio le cercle infernal dans lequel s’engouffre son personnage, de plus en plus torturé, de moins en moins cool même s’il s’efforce de l’être, pathétique au point de ne jamais réaliser vraiment la situation dans laquelle il se trouve jusqu’au coup de poing final et cette sensation de vague de chaleur qui parcoure votre corps au départ d’une grosse situation de stress.

Sans grosse scène d’action ou autre poursuite en voiture, Winding colle sa caméra toujours au plus près des acteurs, soigne mine de rien sa lumière, capte très justement tout, écrit des dialogues jamais surfaits, ne rate jamais un lancement musical et, grâce à son aspect documentaire, pose le spectateur en témoin jamais ménagé d’une réalité trop rarement montrée avec si peu d’enrobage. Au risque de me répéter, c’est bien beau de se masturber sur Paul Greengrass, encore faut-il savoir qu’il n’a finalement rien inventé, ce qui n’enlève évidemment rien à des films comme Bloody Sunday ou Vol 93 dont le style documentaire apporte un véritablement quelque chose mais il faut être clair : ce Pusher renvoie définitivement le petit Jason Bourne chez sa maman.

1999 : BLEEDER

Après Pusher, Nicholas Winding Refn pouvait faire ce qui lui plaisait. Avec ce Bleeder, il ne perd pas son style et offre un film très personnel et très fort…qui restera un échec commercial.

Entre le geek devant gérer sa geekitude et le pote du geek qui doit gérer sa vie de couple, on pourrait dire avec une mauvaise fois non dissimulée que le pitch de Bleeder ressemble un peu à celui de Clerks. Pas faux…Sauf que Bleeder, c’est l’anti-Clerks !

Un générique très emphatique et annonçant clairement la couleur à peine terminé on est tout de suite dans l’ambiance avec Lenny qui debite sa liste de réalisateurs dans son vidéoclub a un client plutôt médusé. D’aucuns auront reproché à Clerks son côté « feel good movie » un peu trop prononcé, sa guimauve un peu trop présente ? Bienvenue dans le monde de la frustration et du réalisme. Le geek qui ne s’assume pas, ça fait peur et ça ne rigole pas des masses. Bien sûr on reconnaît ça et là le style du réalisateur de Pusher avec sa lumière rouge, sa violence soudaine et tétanisante même si on remplace la caméra à l’épaule par une utilisation ultra judicieuse de la steadycam. La solitude suinte de tous les cadres. Les personnages sont de plus en plus isolés au fil du film dans des plans d’une froideur extrême.

Ici, point d’histoire de drogue, juste des histoires simples de jeunes gens complètement désespérés passant leur temps à fuir un monde non par le biais de la drogue mais par le biais de l’imaginaire, à savoir le cinéma. Winding Refn en profite pour confirmer sa cinéphilie démesurée avec des détails qui raviront le fan de film de genre. Comme les Pusher, le film s’enfonce dans une noirceur édifiante, aborde des thèmes universels (la famille, le pouvoir de l’image…) qui seront même traités à nouveau dans Pusher II et pourtant on n’a jamais l’impression de voir le même film. La force du métrage réside dans sa faculté à commencer de manière très légère pour installer progressivement une tension à couper au couteau avant de sombrer complètement.

On pourra toujours lui reprocher son happy end, celui-ci est en fait extrêmement salvateur après tout ce que l’on vient de subir et permet de croire encore en quelque chose…Et franchement c’était pas gagné. Cette fois c’est sûr, la vision qu’a Nicholas Winding Refn du monde n’est pas toute rose et c’est souvent ces gens qui font les meilleurs metteurs en scène.

2004 : PUSHER II

Après un premier Pusher apparaissant comme une franche réussite, Winding signe donc Bleeder au Danemlark et Inside Job aux Etats-Unis. Ces deux films restant des echecs cuisants au box office, Winding doit alors trouver une solution pour rembourser ses dettes et continuer son métier. Paralysé à l’idée de devoir servir la soupe à un public conquis d’avance, trop désireux de ne pas se répéter, c’est la mort dans l’âme que le réalisateur se lance dans ce qu’il ne devait au départ que produire : Pusher II. C’est donc huit années de galère qui séparent Pusher de sa suite, et ça a son importance…

Enfanté dans la douleur, Pusher II surprend par l’implication personnelle de son metteur en scène qui orchestre une véritable parabole de la fabrication de son film. Là où le titre avait réellement son importance dans le premier film, Winding délaisse quelque peu le « deal » pur et choisis judicieusement de suivre un des personnages secondaires du premier opus, Tonny a.k.a. « Mr Baseball Bat in da head » à sa sortie de prison après les evenements que l’on connaît. Le cinéaste danois reprend la charte du premier film, on retrouve donc les fameuses ambiances rouges, cette caméra à l’épaule et sa violence soudaine assénée comme une bonne droite. Peut-être un peu moins nerveuse et avec des cadres un tantinet plus soignés, la mise en scène reflète cependant complètement l’état léthargique dans lequel se trouve son héro, bouffé par le désarroi et la résignation à retourner dans un milieu qu’il aimerait finalement quitter.

En employant les mêmes codes qui ont fait son succès, Winding transforme la plongée documentaire en psychanalyse personnelle et montre l’histoire d’un homme désireux de casser un système qu’il ne peut finalement pas casser (la scène de mise à sac de l’appartement avec télévision récalcitrante…) parce qu’il en est trop dépendant, celle d’un homme désireux de rompre avec une famille bien trop pesante et au final, celle d’un homme qui chériras un enfant non désiré comme on transcende un film qu’au départ on ne voulait pas faire.

En deux films tellement différents dans leur propos et pourtant tellement semblables dans leur forme, une mythologie saisissante est déjà crée par un réalisateur si effrayé par l’ennui et la répétition qu’il en est transcendé. RESPECT.

2005 : PUSHER III

Enchaîné directement après le numéro deux, Pusher III, sans être aussi surprenant que le premier et aussi personnel que le deuxième, arrive aisément à satisfaire le spectateur en quête de la charte Pusher tout en développant des nouveaux thèmes assez intéressants.

L’exception Pusher, c’est d’arriver à construire une mythologie très précise, avec ses codes propres sans jamais pondre deux fois de suite le même film. La méthode est donc toujours la même, on va suivre caméra à l’épaule pendant 1h45 un des personnages secondaires des anciens films, en l’occurrence Milo, le gros bonnet à qui le pusher devait de l’argent dans le premier film.

Moins virulent que le premier, moins autobiographique que le deuxième (et encore on peut en discuter), Pusher III présente toujours la descente aux enfers d’un personnage secondaire d’un des opus précédents mais joue beaucoup plus sur un contraste d’ambiances assez édifiant. Milo est donc un ancien du deal, bien encré dans une façon de faire et peu enclin à évoluer dans ses méthodes. Parallèlement à cela, il tente de décrocher et doit en plus jouer au père modèle en préparant un repas d’anniversaire pour sa fille ( !).

On se retrouve donc dans un enchaînement jouissif de séquences « gangsters » et de séquences familiales, un contraste que l’on pourrait comparer à celui que l’on trouve dans certains Scorcese (Les Affranchis en tête), c’est d’ailleurs le seul Pusher que l’on peut vraiment rapprocher de Scorcese…Un contraste qui s’accentue au fil du film jusqu’à un climax surréaliste dans son aspect « boucher ».

S’il est forcément moins surprenant que le premier film et moins metatextuel (le mot compliqué du jour…) que le deuxième, Pusher III ne tombe néanmoins pas dans le piège du produit de commande basique, aborde intelligemment des thèmes tels que le sevrage et la famille et permet grâce à ce contraste permanent de tenir en haleine le spectateur jusqu’au bout, encore une fois, d’une descente aux enfers traitée différemment.

Derf

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6 Commentaires

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Ca donne quand même bien envie !!!

Commentaire by teub on 26 février 2008 16:27


Me suis fait un peu chier devant ces Pusher. :sleeping:
Au point de revendre le coffret avant de découvrir le 3ème…

C’est pas mon matériel masturbatoire c’est clair.:biggrin: Ca me paraît extrêmement surestimé.
Et faudra assumer le comparatif (un p’tit peu foireux :tongue:) avec Jason Bourne quand ça aura conduit certains à découvrir ces petits films réalistes pas si viscéraux que ça.

Mais Mikelsen a un sacré charisme c’est certain. Après niveau mise en scène c’est quand même sacrément banal…

Commentaire by 2501 on 26 février 2008 20:54


pas faussement realiste justement, that’s the point, (cf. Bourne)…dommage t’as pas vu la fin du 3 du coup…bref essaie quand même Bleeder si t’as l’occaz, c’est autre chose niveau mise en scène

Commentaire by derf on 26 février 2008 21:44


Ah mais heureusement que c’est faussement réaliste Bourne (ou même Cloverfield), sinon on se ferait un peu chier. A partir du moment où c’est du thriller ou de l’action il faut transcender un peu tout ça par une énergie de mise en scène. Et donc par du faux, du cinéma. Le réalisme n’est qu’un ingrédient dans les Bourne, un ingrédient utilisé à bon escient pour donner une senstion de proximité (artificielle bien sûr) avec le personnage, par rapport à l’espionnage et au film d’action classiques, pas par rapport au néo-réalisme italien.:wink:
L’intérêt de Pusher me semble ailleurs, plus documentaire et psychologique à la fois. Ca m’intéresse moins.
Et je pense qu’au final donc, c’est pas très comparable.

Commentaire by 2501 on 26 février 2008 22:18


Après le visionnage de Pusher premier volet il ya deux semaines, c’est une grosse claque que je me suis prise dans la figure.
Ce film est une descente aux enfers, mais pas à l’américaine , tu as des dealers qui essaient de devenir grands, et qui n’arrivent qu’à s’enfoncer encore plus dans leur m….
L’histoire n’est qu’un prétexte pour montrer que le genre humain est foutu d’avance, et même si l’Humain essaie d’avoir de bonnes intentions, paf ça lui retombe dessus.
Mon explication doit sans doute vous paraître tirée par les cheveux, mais j’écris comme je le ressent, et surtout que je viens de voir le deuxième volet, avec un rythme plus lent, encore plus sordide que le premier.
J’attend de voir le troisième avec une pointe d’impatience.

Commentaire by echolalie on 12 octobre 2009 18:41


sur lesintrouvables ya bleeder qui est dispo. si vous l’avez pas vu hésitez pas !!!

Commentaire by derf on 28 juin 2011 10:21

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