Into the wild

A travers l’histoire vraie d’un homme décidant du jour au lendemain de vivre loin de la civilisation, Sean Penn prouve encore une fois qu’il est un grand cinéaste.
On aurait pu se méfier à la vue de sa bande annonce et de sa durée (2h30), « encore un film où il ne se passe rien » ai-je entendu ici ou là, « film soporifique » ailleurs…Into the wild se révèle être une simple « bonne grosse claque dans ta gueule » ! Après un pré générique somptueux qui déjà indique par ses partis pris que la bande annonce est trompeuse (de l’importance des points de vue extérieurs…), le film adopte une narration double, comme un début et une fin entremêlés, possédant chacun son conteur propre, pour nous faire vivre à la fois la relation du héros aux autres d’une part, et à lui-même d’autre part…et bien entendu à la Nature.

Fondé sur une dualité omniprésente, le film n’a donc rien du « type qui marche pendant 2h » (et pourtant on sait ici à quel point j’adore Gerry…), mais nous renvoie avec un extrémisme très clair mais jamais surfait à toutes nos contradictions à travers un héros qui ne sera pas épargné non plus par les siennes. Qui ne s’est jamais imaginé un jour ou tout va mal partir définitivement sans avoir besoin de personne ? Sean Penn soigne sa mise en scène sans jamais que celle-ci ne soit tape à l’œil, la place toujours au service de son propos (le pré générique, le retour à la civilisation avorté…), se dote d’un compositeur original parfaitement dans le ton du film et avec une justesse incroyable assène une vérité violente : l’indépendance totale, c’est la mort…

Emile Hirsh confirme royalement son statut d’acteur à suivre (après notamment Les Seigneurs de Dogtown et Alpha Dog) et donne une aura incroyable à cet ego-trip ultime, un combat intrinsèquement louable mais qui se transformera vite en une sorte de misanthropie, une désinvolture face aux liens qui se créent, au profit d’un but précis, avant d’ouvrir les yeux et accéder à la sagesse de manière plutôt brutale. Non, les relations que l’on a avec les gens ne sont pas toutes intéressées et s’en rendre compte si violemment n’est pas chose facile !

Même si la relation Homme/Nature ou le refus d’un système sont bien sûr les thèmes fondateurs, Sean Penn signe ici avant tout un grand film sur les relations humaines qui mouille les yeux et nous rappelle bien le fondamental : « Hapiness’s only real when shared »…
Derf
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