Metal : voyage au coeur de la bête

Ce voyage nous est proposé par Sam Dunn, un jeune canadien, chercheur en anthropolgie et amateur de heavy metal. Et croyez-le, ce voyage vaut le détour.
Alors certes, le film souffre de quelques défauts, notamment d’un didactisme, somme toute normal d’un point de vue de la recherche mais dont Sam Dunn n’arrive pas à s’extraire. Cela donne un film construit selon un principe de chapitrage, très proche d’un travail de mémoire universitaire.
Cependant, ce didactisme a le mérite de proposer une lecture claire pour tout néophyte en la matière ainsi que de faire le tour de questions toutes plus cohérentes les une que les autres (racine, fans, religion, musicalité, violence etc).
On pourra, cependant, regretter que ce didactisme ne s’applique pas dans la classification, certes complexe, de ce genre musical, mais qui aurait mérité plus de clarté.
Mais rester sur ces considérations formelles serait passer à côté du film.
En effet, Sam Dunn a clairement une volonté de faire découvrir au plus grand nombre cette musique. Le réalisateur s’efforce de rendre cette musique plus humaine, plus sérieuse, plus intelligente que ce que les personnes extérieures veulent bien le contraire. C’est une véritable plaidoirie. Mais Sam Dunn n’est pas un grand dadais naïf (spéciale dédicace à Johnny Halliday et à son fameux cheveux longs, idées courtes). Le réalisateur joue sur les ambiguïtés et les clichés inérants au genre, n’hésite pas à en explorer les côtés les plus sombres, pour démontrer toute la richesse, toute la subtilité de cette musique.

Cette « intelligence » du propos, le réalisateur le doit à son choix très pertinent d’intervenants, mixant producteurs, musiciens, sociologues qui soit confortent, soit confrontent les analyses émises, qu’il a conjugué avec de nombreux inserts live et une bande originale a faire péter les enceintes.
Mais Sam Dunn est également un fan. Et cela rend le film touchant car il se met lui-même en scène, provoquant une espèce de hors champ métatextuel sur un fan qui rencontre ses idoles et qui veut en faire profiter le spectateur. En allant plus loin, cette démarche propose un état des lieux sur la manière de faire les films, et plus particulièrement des documentaires, avec les problèmes relatifs aux entretiens (spéciale dédicace à Mayhem), aux autorisations de tournage (épisode du Wacken), les problèmes techniques (le dispositif cinématographique tel que la perche dans le champ se remarque aisément), et sur la façon dont un réalisateur est imprégné par son film et par le propos qu’il défend (et vice-versa), Sam Dunn proposant sa démarche, ses envies, ses attentes, ses déceptions au fur et à mesure que le film se déroule.
Il ne faut donc pas s’attendre à un monument du genre d’un point de vue théorique et esthétique. Il est juste un documentaire réalisé sans aucune prétention artistique par un jeune chercheur qui veut allier passion et profession. Le réalisateur utilise juste le cinéma comme un média de connaissance plus que comme un art à part entière.
Ce documentaire est, au final, une petite merveille de simplicité et de sincérité. Et un véritable bain de jouvence pour tout fan (que je suis).
Teub
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