Je suis une légende

Beaucoup avaient vite catalogué le réalisateur Francis Lawrence dans la catégorie tâcheron après le peu reluisant Constantine. C’est dire si l’on n’attendait qu’un massacre de cette nouvelle adaptation du roman de Richard Matheson. Et pourtant, sans être parfait, Je suis une légende version 2007 s’avère un divertissement tout à fait honorable et même plutôt surprenant. Le postulat d’un unique survivant à un virus et le contexte post-apocalyptique, tout cela est très accrocheur mais ne semble pas très adapté à la grosse armada hollywoodienne. Et c’est justement la modestie du traitement qui étonne.

Passées les premières minutes avec safari vrombissant en voiture de sport, comme pour se débarrasser du spectaculaire en une séquence fort réussie, le réalisateur installe un climat dépressif et angoissant grâce à une formidable direction artistique. New York humainement désert, reconquis par la faune et la flore fait son petit effet, l’on si attarde tellement parfois qu’on est à la limite de la contemplation auto satisfaite. Car oui, tous les plans ne font pas sens, Lawrence n’est quand même pas un auteur caché derrière le produit industriel, mais un bien meilleur artisan que l’on ne croyait, qui s’attache à rendre crédible et palpable cette désespérante atmosphère de fin du monde. Pour cela une utilisation de la musique extrêmement parcimonieuse et discrète, l’absence de voix off, et un Will Smith convaincant, venu abîmer sa cool attitude sur un sujet plus existentiel qu’à l’habitude.
Mais voilà, il n’est pas tout à fait seul (non non, pas de spoiler c’est sur l’affiche) : il a le compagnon hollywoodien idéal, son chien ! Rajout plausible par rapport au roman, et qui se révèle malgré les premières craintes une relation touchante et sans doute utile pour étoffer l’évolution du personnage, mais qui rend tout de même le projet moins radicalement claustrophobe. Les passages où Neville est seul au bord de la folie auraient mérité plus de développement. Peu de scènes d’action durant une première heure délicieusement austère et captivante. Celles-ci, mettant en scène des vampires enragés, sont rondement menées (ce n’est pas aussi intense que 28 semaines plus tard mais plaisant quand même pour un tel blockbuster), la meilleure étant une scène de suspense avec lampe torche à la Silent Hill. Dommage que les créatures soient si peu convaincantes, leur texture numérique étant trop voyante en pleine lumière. Cette première moitié de film serait cependant idéale si l’on ne se tapait pas un flashback façon Lost, une scène d’exode de Manhattan qui fait très Guerre des mondes du pauvre, heureusement suffisamment courte pour ne pas trop ennuyer.

Ca se gâte dans une deuxième partie plus conventionnelle, virant sur la confrontation science religion, et nous sortant du cocon dépressif si immersif. L’audace se ravise et ça discute pendant que les vampires font leur dernier assaut. Comme pour le meilleur ami de l’homme, cette religiosité de dernière minute n’est pas scandaleuse, elle diminue seulement l’impact du sujet, et du film, qui devient une gentille série B ultra friquée alors qu’il aurait aussi pu être un grand film d’anticipation. Mais c’est déjà ça. On a échappé au pire.
7/10
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