Je suis un cyborg
Park Chan-Wook, auteur d’une célèbre mais lourdement dramatique trilogie de la vengeance, revient avec une comédie. Problème, plutôt embêtant dans le genre, le résultat n’est absolument pas drôle.
Portant la faute de cette grève des zygomatiques sur la particularité d’un humour coréen peu exportable, le spectateur bienveillant tente de se concentrer sur les patients de l’hôpital psychiatrique où prend place l’intrigue. Deuxième obstacle : celle-ci tarde à pointer le bout de son nez, le réalisateur tournant excessivement autour de ses personnages azimutés. Des présentations qui ont pourtant le bon goût d’être au moins amusantes, à travers notamment un générique inventif et réjouissant, à défaut de déclencher l’hilarité.

Malgré le changement de ton général de Je suis un cyborg, on rentre vite dans le bain : photo soignée, cadres impeccables, mouvements alambiqués, mise en scène aux nombreux effets plutôt heureux dans cette ambiance loufoque. La patte du cinéaste coréen est bien présente, malheureusement jusque dans les tares les plus critiquables de ses précédents films. Au-delà de la désagréable sensation d’un récit qui fait du surplace dans l’observation de la brochette de tarés, la seconde partie du film, celle où enfin prend forme la relation entre notre fofolle pseudo cyborg et le cleptomane masqué, s’avère totalement inégale, minée par des pics de pathos et de lyrisme toc (avec encore un flash-back trauma, bien crétin), mais surtout à cause d’un grotesque constant, marque de fabrique du réalisateur quel que soit le genre.
Les personnages, d’abord gentiment décalés, finissent par devenir le cœur d’un drame niais métaphorisé par la pseudo poésie cinglée de leurs symptômes (on vole de la compassion, on mitraille à tout va du bout des doigts). Comme d’habitude chez le cinéaste coréen quelques séquences très réussies (les gunfights, le baiser) surnagent dans ce marasme, mais peinent à trouver leur place dans une histoire mal racontée et peu homogène.
En plus de rester mutique devant un humour qui tombe à plat, et indifférent face à une love story thérapeutique entre des personnages finalement bien peu attachants, on doit se coltiner un rythme franchement défaillant, et une réalisation qui devient terne et poussive à mesure qu’on s’approche du dénouement. Dénouement qui se fait attendre (l’ennui qui s’est solidement installé n’aide pas), et que l’on croit poindre à plusieurs moments clés, pour finalement arriver comme un cheveu sur la soupe, et s’avérer à l’image d’un métrage sacrément couillon et vain. Tout est trop faux et mal amené pour convaincre, comme cet ultime arc-en-ciel de synthèse. Je suis un cyborg se voudrait sans doute fantaisie émouvante alors qu’il n’est qu’un délire assez hermétique aux ambitions peu maîtrisées.
4/10
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