LUCIO FULCI maître du macabre – Part 1

Lucio Fulci (1927-1996) est un cinéaste italien surtout connu pour ses films gores assez extrêmes, mais il a commencé dans la comédie avant de toucher au western, au policier, au porno soft, au giallo, au drame historique, etc… Bref, un mec polyvalent. Il ne se considérait pas auteur mais faisait partie de cette famille de réalisateurs désirant avant tout divertir et qui, avec un esprit un peu déviant, une bonne équipe bien dirigée, et quelques obsessions très personnelles a réussi, à une période propice de la cinématographie de son pays (60’s/70’s en gros) acquérir une patte reconnaissable et offrir ça et là de petites perles de cinéma d’exploitation. Il n’est pour autant pas un cinéaste facile à cerner, de par tous les genres abordés, mais aussi parce que certains de ses films peuvent au premier abord passer pour de sombres nanars (certains le sont vraiment, vu la productivité du monsieur), et ce même parmi ses œuvres les plus connues. Œuvres paradoxales, moins propres et parfaites que celles de ses « collègues » Leone ou Argento, mais dont l’intérêt est réel et la fascination pour une poésie morbide et macabre totalement inédite dans le genre.
Attention, âmes sensibles s’abstenir…
L’Enfer des zombies, ou Zombi 2, suite officieuse du Zombie de Georges Romero, a tout du film d’exploitation italien torché rapidement pour profiter du succès du moment. On y retrouve les jolies filles régulièrement dénudées, des beaux paysages exotiques, des dialogues et une interprétation d’un niveau assez consternant, et une réalisation approximative, qui sent le petit budget et le tournage rapide. Lucio Fulci, spécialiste du genre, étant à la manœuvre, on a aussi droit à quelques scènes bien troussées, et cela tombe bien c’est celles que nous sommes venus voir. Mais on n’aurait pas craché sur une finition plus correcte.
L’ouverture du film avec son voilier fantôme abordant la baie de Manhattan est intrigante et réussie, le reste ne sera que clichés d’île maudite et de docteur à moitié fou dépassé par les évènements. Le vaudou était une bonne idée mais abordée trop artificiellement. Heureusement les zombies, attraction principale du film, sont vraiment convaincants, dans un état de décomposition plus avancé que les simples maquillages verts du Romero. Le réalisateur sait les mettre en scène et s’amuse avec ces séquences, au point de nous offrir un niveau de gore qui à l’époque a fait son effet (ou point qu’on censura 15 bonnes minutes au film lors de sa sortie en France, on n’ose imaginer le résultat sans intérêt, du zombie sans une goutte de sang…).
L’une des séquences les plus marquantes reste ce zombie s’attaquant à un vrai requin pour s’en nourrir. Totalement inattendu, surréaliste, et d’une incroyable poésie morbide. Rien que pour cette scène sous-marine, un final bien furieux, et de sublimes morts-vivants, ce film très imparfait vaut le coup d’oeil encore aujourd’hui.
7/10
Je continue ma découverte de Lucio Fulci après le très inégal l’Enfer des zombies, et je dois avouer que c’est assez fascinant tout ce lyrisme macabre, ces scènes ultra gores toujours efficaces et la jolie musique pour enrober le tout.
Dommage que le scénario soit si squelettique et bourré d’ellipses maladroites, et l’interprétation assez mauvaise… Mais l’Au-delà, considéré comme un classique du genre (et comme le meilleur film du réalisateur), a un charme particulier, que l’on ressent dès le prologue couleur sépia à l’incroyable esthétique lovecraftienne, où un peintre maudit se fait crucifier d’une manière on ne peut plus cruelle, point de départ d’une histoire de maison hantée, censée être l’emplacement d’une des 7 portes de l’enfer.
Les films de Fulci ont l’air de fonctionner seulement sur l’ambiance et les séquences chocs (heureusement nombreuses et variées), mais ils auraient peut-être pu accéder à une toute autre dimension s’il avait eu un peu plus de budget et d’attention portée à l’écriture. Il faut sans doute juste savoir comment les aborder. Mais ici ça n’est pas très grave puisque le film peut être vu comme un grand cauchemar qui permet toutes les scènes possibles. L’Au-delà devient alors franchement réjouissant et contient entre autres la séquence arachnophobique la plus réussie qu’il m’ait été donné de voir. Un délice…
On reste scotché devant l’atmosphère onirique et sanglante, face à des scènes d’horreur toutes plus effroyables et inventives(la palme à l’attaque de l’acide), et fasciné par une fin proprement hallucinée où décors et musique en parfaite symbiose font accéder le film à un niveau… au-delà du simple film d’horreur. Où l’on oublie toute logique pour s’émerveiller d’une pure poésie morbide.
8/10
Moins envoûtant que l’Au-delà, Frayeurs a quand même ses bons moments bien dégueus. L’histoire semble cette fois un peu plus consistante mais Fulci a toujours du mal avec sa narration un peu jemenfoutiste. Le film fonctionne encore par scènes, multipliant les groupes de personnages pour créer le plus de situations d’horreur possible. On se demande malgré tout ce que certains font là, comme le garçon qui finit la tête transpercée (excellente séquence fort… réaliste). La musique de Fabio Frizzi fait une fois de plus son effet, portant littéralement le film à plusieurs moments, mais étant souvent brusquement interrompue. Certaines scènes pourtant très réussies sont bizarrement écourtées… Les dialogues sont encore une fois plutôt drôles et éloquents, comme ce personnage s’exclament devant une petite flaque de sang et 3 asticots : « Seigneur ! Tout cela est effrayant. Ca dépasse l’imagination ! »
On retiendra le lot de scènes réjouissantes et parfois limite surréaliste comme une pluie d’asticots, un enfant poursuivi par un beau zombie dans une atmosphère à couper au couteau (trop brièvement malheureusement), des larmes de sang, une fille vomissant ses boyaux, etc…A noter aussi un festival de bruitages immondes et d’arrachages de boîtes crâniennes. C’est poisseux, putride, à la fois répugnant et scotchant…Beau programme donc.
7,5/10
La Maison près du cimetière a une structure de film de maison hantée plutôt classique. Le prologue nous apprend qu’il s’y est passé des choses pas très catholiques, le gamin de la famille qui emménage a des visions d’une petite fille mystérieuse, il y a une histoire de docteur fou, et la baby-sitter est étrange (elle a des gros sourcil, façon Emmanuelle Seigner). Un peu trop plan plan au début, avec une attaque de chauve-souris grotesque, le film se limite vite à des allers-retours dans la cave (inquiétante certes) et à l’enquête inintéressante du père.

Finalement on ne comprend pas pourquoi la baby-sitter était montrée de manière si étrange et le gosse est énervant, digne d’une pub Kinder. Heureusement le monstre (nommé Dr Freudstein !) a de la gueule et le tout est bien sanglant comme il faut. Et il y a au moins une idée qui est sacrément flippante. Quelques secondes noyées dans un récit plutôt incohérent et inégal, sauvé par l’ambiance pesante et les fulgurances sanglantes bien exagérées typiques du réalisateur.
6/10

Alors que les séries de slasher qu’on connaît bien, ou la récente vague de remakes, lassent vite par leur côté ultra répétitif et prévisible, il se crée quelque chose d’assez rare face à ce cinéma, une addiction qui fait qu’on a envie d’enchaîner ses films pour découvrir toujours plus d’horreurs et se plonger dans une ambiance délicieusement macabre. Tous ces films sont largement imparfaits, dans leur scénario, leur interprétation, ou leur côté films d’exploitation rapidement exécutés, mais ils contiennent tous des moments mémorables rentrant directement au panthéon du genre. Le réalisateur a su s’entourer d’une équipe en or, Gianetto Di Rossi aux effets spécieux, Fabio Frizzi à la musique et Sergio Salvati à la photo. On sent que Fulci se préoccupait peu de l’histoire mais avait un véritable amour du genre, surtout de son côté glauque, morbide, s’appliquant comme un véritable esthète à rendre ses créatures sublimes et ses mises à mort originales et marquantes. Un style unique et vraiment « séduisant » pour tout amateur de cinéma bis déviant, qui, personnellement, et malgré ses imperfections, me fascine bien plus que ceux de Romero ou Argento (excepté Suspiria). Je regrette juste de ne pas les avoir découverts à 12 ans pour expérimenter quelques sévères traumas ! Mais si le plaisir n’est plus le même aujourd’hui, il est peut-être encore plus délectable, fonctionnant pleinement sur la contemplation du morbide, et sur l’incroyable mélange antinomique d’une poésie du macabre. Le genre de déviances dont le cinéma est le parfait vecteur, pour notre plus grand bonheur.
Dans une deuxième partie je continuerai l’exploration de sa filmographie vers des œuvres moins connues que sa période gore fin 70’s début 80’s, mais pas moins intéressantes.
En attendant, quelques bien belles images.














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