La Légende de Beowulf

 

La Légende de Beowulf confronte tradition et modernité à travers l’illustration par les dernières technologies numériques d’un récit ancestral. Malheureusement aucun ne sort grandi de ce projet singulier, bien au contraire… 

On connaît le goût de Robert Zemeckis pour l’innovation technologique, les projets hybrides (Qui veut la peau de Roger Rabbit ?) et la mise en scène assistée par ordinateur pour créer des « plans impossibles ». Il était donc logique qu’il finisse par se consacrer entièrement à e nouveau cinéma numérique. Les cinéastes confirmés commencent à se rendre compte de l’importance et des possibilités infinies de cette évolution et s’y attellent petit à petit (Georges Miller avec Happy Feet, le projet Avatar de James Cameron, bientôt deux films 3D par Tim Burton). Est-ce pour autant un progrès dans la représentation cinématographique ?

 

Final Fantasy avait inauguré le photo réalisme animé. Echec retentissant et plutôt injuste pour un film bourré de compromis mais souvent beau et attachant. La performance capture américaine a pris le relais avec le décoratif et vide Pôle Express. Zemeckis revient avec ce Beowulf a priori plus consistant et ambitieux. Comme les quelques photos promos et la bande-annonce le laissaient augurer, le résultat est d’une laideur assez incroyable. Six ans après le film de Sakaguchi, le photo réalisme n’est toujours pas atteint, loin de là. On a même l’impression d’une régression, dérangés par des mouvements parfois exagérément capturés, aussi naturels que ceux d’une marionnette. Le soin apporté aux visages des acteurs principaux ne change rien, le faux l’emporte haut la main dans cet entre-deux entre animation et réalité. Peut-être l’essai japonais était-il plus concluant car plus animé que capturé, portant une attention perfectionniste au moindre geste, à la moindre texture, dans un rapport à l’humain plus sensible (en lien avec une histoire plus poétique).

Dans Beowulf le récit barbare manque par conséquent cruellement de chair, et le grotesque d’une technique largement imparfaite lui est fatal dans son rapport brut à l’action et aux personnages qui n’est pas sans rappeler le traitement du récent 300. Les scènes de dialogues sont extrêmement nombreuses et on a la constante impression d’être devant une assemblée d’aveugles synthétiques, le regard vide, et les mouvements flottants… Les quelques morceaux de bravoure sont inoffensifs, le sang numérique laissant toujours aussi indifférent, et l’organique et le poids des corps étant désespérément absents. 

 

Zemeckis a l’air de s’amuser avec des allers-retours incessants entre ses deux décors principaux, la halle des guerriers fêtards et la caverne du monstre pathétique (représentation ratée qui contribue encore plus à la distance installée avec le spectateur). Il multiplie bien sûr les mouvements de caméra extravagants, mais l’on se demande quel est vraiment le projet de mise en scène global. On est en tous cas loin des prouesses de cadrage et de montage d’un Final Fantasy Advent Children exploitant pleinement le médium numérique (la culture jeux vidéo y étant clairement revendiquée et assumée, alors qu’elle est présente dans Beowulf sans être vraiment exploitée).

La position à adopter devant le récit est aussi trouble, entre un premier degré respectueux de l’histoire originale (vieil anglais et personnages rudes et rustres) et des tentatives d’humour déconcertantes et inappropriées. Pour exemple cette scène hommage à Austin Powers (!) où les parties intimes du héros sont constamment cachées par un objet ou un personnage, et ce pendant un des actes fondateurs de sa légende. On oublie alors l’intensité et le sens de la scène pour se concentrer sur la grosse blague…

 

La Légende de Beowulf est un film dopé aux hormones numériques pour nous en mettre plein la vue, mais qui au final manque… de couilles (cette absence est même évoquée – littéralement – plusieurs fois dans les dialogues). Métaphore volontaire de cette histoire d’héroïsme construit sur la légende ? Peut-être, mais au prix d’un spectacle balourd et visuellement à côté de la plaque.
La Légende de la performance capture aurait été un titre plus approprié.

3/10

2501

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oui mais la question qui brûle les levres : est-ce que c’est mieux que le chef d’oeuvre techno medieval futuriste avec Lambert ce héros qui ne peut pas mourir ?

tiens au passage ça n’a rien à voir mais Renaud a chanté Hexagone pour la première fois à la télévision sur canal plus ya 3 jours………..ya pas à dire ça va mal… mais en même temps ça fait des frissons d’entendre hexagone à la TV ! :happy:

Commentaire by derf on 23 novembre 2007 16:31


Pas sûr d’avoir vu le Lambert en entier… Y’a des chances que ce dernier soit plus divertissant oui, d’une autre façon.

Commentaire by 2501 on 23 novembre 2007 16:46


Avis d’un « professionnel » 3D pas si pro, n’ayant pas vu le film, je ne pourrais en juger même si je n’ai aucune envie d’aller le juger…

Mais un des adages qui revient basiquement dans ce monde virtuel : quel est l’avantage du virtuel par rapport au réel ? Si le seul intérêt du virtuel revient à calquer le réel sans « valeur ajoutée », aucune utilité, si ce n’est se la « péter ». A quoi bon passer des heures de modélisation, de textures, de capture de mouvements, pour au final sortir un plan qu’au aurait mis moins longtemps à filmer en vrai.
La performance capture (et la 3D) n’est à mon sens vraiment utile, lorsqu’il s’agit d’animer un GOLLUM, ou bien de faire des mouvements impossible de caméras. Au delà, je le clame au et fort, çà pue…

Commentaire by flappy on 26 novembre 2007 16:22


Christophe Lambert rules !!! Un jour, peut-être, vous comprendrez sa grandeur…..Un peu comme on peut le faire avec Jean Claude Van Damme

Commentaire by teub on 29 novembre 2007 17:50

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