American Gangster

 

Ridley Scott est le cinéaste qui démolit la fameuse politique des auteurs. Avant tout un faiseur capable du meilleur comme du pire, d’authentiques chefs-d’œuvre (Alien, Blade Runner) comme d’ignobles bousasses (GI Jane, Lame de fond), en passant par une multitude de dégradés, c’est un réalisateur à l’identité indéfinie, ce qui ne s’arrange pas avec ce American Gangster, où le bougre joue la sobriété visuelle en éliminant tous ses tics visuels caractéristiques. 

Cela n’en fait pas pour autant un film plus respectable, ni de sa mise en scène un écrin plus intelligent. On prend le caméraman de Elephant, le scénariste de Gangs of New York et hop! on a le nouveau Ridley Scott ! C’est un peu exagéré mais l’impression est là, pesante. Qu’est-ce qui fait de ce film une œuvre de Ridley Scott ? Un moment maintenant que le bonhomme est en roue libre, s’appuyant sur son expérience technique pour livrer des produits plus ou moins potables. Même son artificier de frangin a désormais plus de « patte » que lui (plus lourde aussi, certes).

Au moins peut-on lui reconnaître un côté touche-à-tout. Au menu aujourd’hui : le film de gangster.

 

American Gangster regroupe tous les poncifs du genre sans les transcender une seconde. Deux films en un tout d’abord. Itinéraires en parallèle du gangster et du flic qui va le coffrer. Deux stars. Un Denzel Washington dans l’effort Actor’s Studio exécute avec application « grandeur et décadence d’un trafiquant de drogue », face à Russel Crowe, subtil comme un roc dans l’apathie Droopy du flic intègre jusqu’à l’os. Interprétations sans surprises sur lesquelles le film ne saurait entièrement se reposer.

Et pourtant, on ne peut pas dire que Scott cherche à ruer dans les brancards du genre. Au contraire, il ne sort jamais des rails bien tracés avant lui, la jouant à la fois studieux (les passages obligés répondent tous présents) et paresseux (utilisation faiblarde de la musique, seconds rôles absents – on plaint Carla Gugino et John Hawkes entre autres). Deux heures quarante minutes d’académisme ronflant, d’épure faussement respectable mais vraiment chiante malgré le rythme imprimé par le montage. Pour couronner le tout, le réalisateur nous montre qu’il a apprécié The Wire en piquant des plans entiers à la série (à défaut de pouvoir plagier son style narratif sur 3 « petites » heures). 

American Gangster, censé attirer en masse les amateurs de crimes sur celluloïd, n’est qu’une coquille vide, film de studio parmi tant d’autres. Anonyme. Titre cohérent, finalement.

4/10

2501

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10 Commentaires

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J’ai vraiment du mal avec Denzel Washington… Je sais pas pourquoi…
et Ridley depuis Gladiator :sick:

Commentaire by feilong74 on 20 novembre 2007 15:30


Euh Gladiator c’était pas trop mal, comparé au reste de sa filmo récente !

Et oui, Denzel Washington, comme toi, j’le trouve fade sans charisme acteur lambda.

Commentaire by 2501 on 20 novembre 2007 16:21


Par « depuis » j’entendais ce qu’il a fait après. Même si j’ai pas encore vu la version longue de Kingdom of heaven… :unsure:

Commentaire by feilong74 on 21 novembre 2007 13:20


Pas vu non plus. Mais vu que je n’ai absolument aucun souvenir de la version cinéma, c’est pas bon signe… et ça m’encourage pas à m’en taper 45 minutes de plus.

Commentaire by 2501 on 21 novembre 2007 13:22


gladiator c’est de la merde et black hawk down j’ai chié dessus, pas compris l’engouement

le reste récent j’ai pas vu…

Commentaire by derf on 21 novembre 2007 20:31


Black Hawk Down j’avais trouvé la mise en scène assez impresionnante. Et sans être un film ouvertement engagé, la fin désabusée était plutôt pas mal.

Commentaire by 2501 on 21 novembre 2007 20:36


ça m’a fait le même effet qu’un episode de GI Joe… :lol:

Commentaire by derf on 21 novembre 2007 23:15


Il ne faut pas oublier Thelma et Louise dans la liste de ses bons films.

Commentaire by teub on 29 novembre 2007 17:48


Yep, j’ai pas fait la liste, juste cité ses deux chefs-d’oeuvre incontestables. :wink:
Après oui, y’a une petite moitié de sa carrière qui est fort honorable, plutôt au début.

Commentaire by 2501 on 29 novembre 2007 17:50


Vu hier soir à la télé…Et plutôt bien aimé.

Si la réalisation de Ridley Scott manque de caractère (malgré quelques fulgurances comme le plan de fin ou l’arrivée « iconique » de Josh Brolin), le scénario tient la route.
Les thèmes abordés m’ont bien plu et le film apparait assez intelligent : vacuité du rêve américain, héroïsation du loser, démythification de figures importantes et tutélaires (les flics), montée de la minorité noire dans le paysage social et culturel en lien avec la lutte pour les droits civiques (oui, ils peuvent réussir mais oui, aussi et malheureusement ils peuvent être aussi mauvais que la mafia italienne), grande force de l’arrière champ contextuel (la guerre du Vietnam est partout et amène ce côté sombre de la figure du self made man : la politique qui déborde sur le social), représentation de la corruption de l’administration (surtout sécuritaire : police et armée, ce qui en met un coup à la politique de Nixon). C’est une Amérique qui va mal et qui se cherche un héros, héros qui maltraite la population (c’est quand même un dealer).

Bref, des thèmes purement 70′s qui me parlent. Seulement, le film est fait dans les années 2000 et je n’ose pas imaginer la force qu’il aurait pu prendre s’il avait été durant cette période. La vraie question du film est : a-t-il été réalisé trop tard ?

Un bon 6,5 / 10.

Commentaire by teub on 28 mars 2011 10:30

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