L’Homme sans âge

 

Un film sur le langage qui laisse sans voix, c’est déjà pas si mal comme résultat. Après avoir repris ses esprits, on peut commencer à trier le bon du mauvais du grand retour de Francis Ford Coppola après dix années d’inactivité (et 15 ans sans bon film si l’on est indulgent avec son Dracula).

Avec cette histoire à dormir debout d’un professeur de linguistique roumain frappé par la foudre, qui, rajeuni et ne subissant plus l’effet du temps, tente d’en profiter pour finir son livre sur les origines du langage, le cinéaste a entre les mains à la fois un sujet en or et un piège inéluctable.  

L’histoire extravagante est illustrée par une mise en scène qui ne l’est pas moins, pour un film qui va à coup sûr partager. Ultimement romanesque, l’ambiance du film envoûte et n’est pas sans rappeler celle du Europa de Lars von Trier. On est d’abord franchement étonné et ravi de retrouver un cinéaste enthousiaste, expérimentant sur le vieux continent comme s’il réalisait son premier film, même si les partis pris esthétiques sont parfois franchement discutables (la représentation du double « à la Gollum » notamment). Entre la modernité d’une photographie numérique jouant sur des dominantes de couleurs tranchées et un récit à l’ancienne encadré par des génériques façon années 30, L’Homme sans âge est un drôle d’objet.

 

Youth Without Youth. Le titre original est plus parlant pour un cinéaste pris entre le crépuscule d’une carrière jadis flamboyante et une nouvelle inspiration loin des derniers essais souffreteux, qui fait vraiment plaisir à voir. Car Coppola croit à fond dans le côté feuilletonesque de son récit, avec histoire d’amour à travers le temps, méchants nazis, espionne sexy, et intermède façon Tintin en Inde, mais malheureusement il finit par manquer de péripéties, et de matière.

La deuxième moitié du film fait du surplace dans son exploration métaphysique tout sauf intrigante des confins du langage. La tragédie amoureuse, engoncée dans de maladroites répétitions, ne fonctionne plus, malgré les efforts de brillants comédiens (impeccable Tim Roth et la révélation Alexandra Maria Lara). La montagne d’un sujet aux milles possibilités accouche d’une petite souris forcément frustrante.

Le mélodrame métaphysique ne tient pas toutes ses promesses, peu équilibré entre grandiose et ridicule. Longtemps quasi-hypnotique, le film finit par se recroqueviller sur son sujet mais témoigne paradoxalement d’une vitalité créative retrouvée, même si la maîtrise s’est envolée. Le cinéaste met sans doute en abyme l’ambition démesurée qui l’a caractérisé dans les 70’s, produisant avec les Parrain et Apocalypse Now des monuments le conduisant vers une chute inexorable. L’Homme sans âge semble tout de même annoncer l’amorce réjouissante, même si en demi-teinte, d’une nouvelle carrière prometteuse pour l’un des plus grands cinéastes américains que l’on croyait à jamais perdu dans ses vignes.

7/10

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C’est marrant je me suis refais son dracula il n’y a pas trop longtemps. J’ai lu ta critique et j’ai pas l’impression que ça va me botter. Et revoir Roth me ferait peut être même plus plaisir que le renouveau en demi teinte de Coppola…

feilong de plus en plus dans les cartons… :cwy:

Commentaire by feilong74 on 20 novembre 2007 9:27


Disons que c’est un « Dracula expérimental européen ». Ca pourrait te plaire. Mais film sur le langage oblige, faut trouver une vo…

Bien que ce soit moins barge et extrême, ça m’a fait penser au dernier Lynch : imparfait c’est certain, mais il y a tellement de créativité à l’oeuvre et tellement d’originalité que c’est sacrément stimulant (et c’est le genre de film qui te reste plus longtemps en tête qu’une oeuvre maîtrisée plus classique).

Commentaire by 2501 on 20 novembre 2007 12:20

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