La Forêt de Mogari

La Forêt de Mogari est un film d’une simplicité désarmante. Une oeuvre qu’on aimerait aimer, d’une indéniable sensibilité, sur un sujet imposant d’emblée une certaine gravité. Pourtant elle peut laisser désespérément le spectateur au bord du chemin. A travers le lien avec une nature impassible et apaisante, s’effectue l’examen des coeurs meurtris de deux personnages d’abord antagonistes ayant en commun le même traumatisme, un deuil inaccompli.
Naomi Kawase, forte de ses expériences de photographe et de documentariste, filme caméra à l’épaule la rencontre de ces deux êtres et leur parcours pour exorciser le mal qui les ronge. Le dispositif d’enregistrement du réel est si au point que les repères sont vite troublés entre fiction et documentaire. A intervalle régulier, l’imposante nature est représentée sous la forme de plans fixes scrutant le vent, la lumière, les ombres. En dehors de ces rares respirations, la caméra est un troisième personnage collant de très près aux protagonistes. Cette présence devient vite trop évidente et gênante, elle se double paradoxalement d’une absence de mise en scène, à l’exception de quelques rares décadrages. On se retrouve dans une position inconfortable, se demandant : Où commence la fiction ? Les personnages principaux portent d’ailleurs le nom des acteurs, comme pour ajouter à la « confusion ». Seules deux apparitions fantomatiques viennent confirmer le caractère fictionnel.

Dans la difficulté de cerner les éléments constitutifs de la fiction, dans cette quête de vérisme absolu renforcée par une interprétation naturaliste sans failles, se trouve le noeud de l’appréhension du film, et la distanciation d’un spectateur à qui on ne semble proposer que le rôle de suiveur. Le refus des artifices est tel que les rares utilisations de la musique, ou les apparitions fantomatiques sonnent faux, presque apprêtées et maladroites.
Le film est dans un déséquilibre constant entre un réalisme forcené et des touches de fiction trop voyantes. Kitano arrivait dans la plupart de ses films et en particulier dans Hana-Bi, à éviter l’écueil de l’épure qui laisse trop vagabonder le spectateur.
La Forêt de Mogari se repose exagérément sur la solennité de son sujet et sur une méfiance de la fausse réalité du cinéma. La conséquence est un trop plein de neutralité. Une cruelle distance vient alors empêcher toute relation.
5/10
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