Buffalo 66

Après La Boite Noire restons dans la catégorie des acteurs qui passent à la réalisation avec le premier film de Vincent Gallo, tronche connue (et reconnue) du cinoche indépendant. Contrepoint de Richard Berry, Gallo a quelque chose à dire et le dit plutôt bien. Bonne nouvelle.

Billy Brown, 33 ans, sort de prison après avoir purgé une peine pour « pas de chance ». En totale perte de repères par rapport à la société dans laquelle il revient, fataliste sur sa condition à en devenir presque fou, il n’a pourtant qu’un désir, paraître « normal » aux yeux de ses parents, pour cela il « enlève » une jeune danseuse à moitié consentante pour jouer le rôle de sa femme.

S’il ne devait y avoir qu’un qualificatif pour ce Buffalo’66, on pourrait dire lunaire. Lunaire dans son interprétation (Christina Ricci, géniale), lunaire dans sa mise en scène, personnifiant à merveille l’image que l’on a de Vincent Gallo. Mais avant tout Buffalo’66 parle d’amour, en particulier de manque d’amour. Le spleen qui se dégage du métrage prend aux tripes, ce Billy Brown élevé par des parents autant parents que je suis curé n’a jamais connu ce sentiment fondamental, sa mère ne vivant que pour l’équipe de foot de Buffalo et son père, chanteur raté, suivant le mouvement. Billy n’est qu’un accident pour eux et pourtant Billy n’a qu’une idée en tête, que ses parents soient fiers de lui. Gallo touche du doigt un aspect fondamental de la relation parents-enfants et l’appuie par une mise en scène très 70’s, assez stylisée (un effet bullet time justifié, avant Matrix et sans numérique, ça c’est de la débrouille qui se doit d’être notifiée !) mais toujours posée et en adéquation parfaite avec son propos, tout comme l’ambiance musicale. La distribution est dans le même esprit et les participations d’acteurs prestigieux (Mickey Rourke, Angelica Huston, Ben Gazzara, Rosanna Arquette, tous parfaits) renforcent une agréable impression générale. A l’instar d’un Rob Zombie (mais dans un autre genre évidemment), Vincent Gallo aime les années 70, le fait savoir mais ne tombe jamais dans la reproduction gratuite ou la caricature.

En tentant de réfuter une situation qu’il n’avait pas prévue, en refoulant des sentiments qu’il croyait inatteignables (l’amour c’est pour les autres), Billy navigue vers l’inéluctable : tout le monde a droit au bonheur, même sorti de nulle part. Et c’est là que le film fonctionne à merveille, construit sur une nostalgie, un spleen continu, et même un esprit de vengeance, on en sort paradoxalement incroyablement heureux et optimiste, un sourire béat aux lèvres après les dernières scènes.

Un putain de film !
Derf
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