L’Ennemi intime

Florent Emilio Siri a acquis bien vite des galons de réalisateur de films d’action réputé avec Nid de guêpes. Il fût aussitôt embauché par les américains pour le fadasse Otage. On sait que ce n’est pas un gage de qualité, chaque réalisateur de film de genre en France gagnant automatiquement son ticket pour aller tourner chez l’Oncle Sam.
Retour en terre française avec l’Ennemi intime, qui essaie pour la première fois d’allier film populaire et le sujet polémique qu’est la guerre d’Algérie.
La démarche du film de Siri est comparable à celle d’Indigènes, elle est forcément louable mais n’oblige pas pour autant à être plus indulgent avec le résultat. Avec Patrick Rothman au scénario, spécialiste de la question algérienne et auteur d’un documentaire de référence au titre identique, on pouvait s’attendre à la rigueur historique que requiert le sujet. On ne doute pas un instant de la véracité des faits exposés, par contre pour ce qui est de la qualité du scénario, c’est une autre histoire…

On suit donc Terrien (oh le lourd patronyme signifiant…), jeune idéaliste affecté dans une section en Kabylie. Tout de suite l’ombre plus qu’évidente de Platoon vient assombrir le projet. On tente tant bien que mal de l’oublier mais l’histoire tourne uniquement autour de ce personnage et de sa section, de leurs opérations, leurs planques, les embuscades, etc… L’Ennemi intime, dont on aura vite compris la nature, se propose alors de suivre le parcours mental de cet humaniste naïf incarné par un Benoît Magimel bipolaire.
Le récit présente le quotidien de ces hommes qui n’a aucune progression dramatique. Autant dire que c’est plutôt monotone malgré quelques honnêtes scènes d’action bien réalisées, qui ont la bonne idée de ne pas jouer la surenchère avec la « concurrence », ni d’employer comme un systématisme la caméra épaule. L’évolution de Terrien est trop caricaturale pour permettre au spectateur de véritablement s’identifier. Le basculement est crédible, mais attendu depuis le début car jouant sur un chemin trop balisé, et donc anti-émotionnel au possible malgré des scènes assez dures. On reste cependant dans la « moyenne » et celles-ci sont trop nombreuses et réparties trop régulièrement.
Du classicisme revendiqué on passe à la sensation de déjà vu, que la mise en scène appliquée mais peu inspirée du faiseur Siri ne fait que renforcer. La particularité algérienne du conflit, argument principal du film, pourrait sauver l’entreprise, or Rothman ne sait clairement pas écrire une fiction et plombe un récit déjà pas gâté avec des scènes scolaires où les soldats discutent du conflit comme dans un salon parisien, ou font des métaphores d’une subtilité renversante. Embarrassant pour un projet qui attirait pourtant la sympathie, et même l’espoir d’un vrai film de genre engagé mais avant tout prenant, ce que cet Ennemi intime n’est pratiquement jamais, assénant ses bonnes paroles avec lourdeur.
5/10
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