99F

Jan Kounen vient se racheter un statut bankable après l’échec commercial (et certains diront artistique) de Blueberry. L’adaptation du roman 99F est le véhicule idéal de sa rédemption, puisque tout en faisant un film forcément populaire, il arrive à garder sa personnalité de jeune gamin frondeur mais qui aime bien les délires hallucinés des sages chamanes (mais frondeur quand même, mais…).
Etant lui-même réalisateur de pubs, il sait dans quoi il met le nez, et surtout il sait faire. Donc il se vend, et pour ceux qui viennent voir du Kounen le film est estampillé : mise en scène inventive et dynamique jusqu’à l’excès, plans et images trashs et provocs (on verra après pour le sens, on interpelle et/ou on se fait cracher dessus, tout bénéf dans les 2 cas). Pour le produit Kounen, on achète, c’est régulièrement amusant et bien vu, sans être génial non plus (ce genre de récit cynique en voix off qui part en trombe, croisement entre Lord of War et Fight Club, on a déjà vu, donc, et en mieux). Non, le problème, assez inattendu pour ceux qui n’auraient pas succombé au best-seller, c’est le scénario.

S’attaquer au petit monde de la publicité pour faire œuvre satirique n’est pas nouveau ni très difficile. Chaque quidam a déjà été mort de rire devant des sketches des Nuls ou des Inconnus sur le sujet, voire s’en est déjà fait dans sa petite tête à la vue des conneries qu’on nous propose en boucle (elles provoquent aussi, faut dire).Les présentations d’Octave Parangon et de son environnement suffisant et méprisant sont plutôt délectables, mais ce n’est pas la partie la plus dure à réussir puisque étant la caricature du vécu de l’auteur. Dujardin est à nouveau exceptionnel, ses collègues aussi. La mise en scène s’offre des intermèdes ironiquement publicitaires et la BO est majoritairement composée de musique de pubs, ou de films. C’est quand le tout bascule dans la fiction que ça se gâte.
Une rupture et son petit univers bascule. Le cynique a découvert l’amour et c’est quand il le quitte que son mode de vie lui apparaît subitement insupportable. Ok, pas franchement original mais où cela peut-il nous mener ? Eh bien à pas grand-chose puisque cette histoire a un ventre mou de compétition. Le film n’a pas de corps, il fait du surplace sur la dépression de notre pauvre ami. Qui fût bien amusant mais dont on ne partage jamais le désespoir. Seule une mise en abyme en forme d’irrésistible pub Kinder amorce ce que le film aurait pu (et dû) être. La scène est drôle, mais au lieu de durer 5 minutes elle aurait dû en enclencher au moins 30 autres, histoire de vraiment assumer l’audace et le délire. Mais Beigbeder n’est pas Yasutaka Tsutsui et Jan Kounen n’a pas l’inventivité et la maîtrise d’un Satoshi Kon. On peut le leur reprocher puisque le cœur du film ne propose rien, à part un prolongement de la description du milieu, avant de s’orienter vers un dénouement façon attentat publicitaire.

La gentille pirouette finale paraît alors un peu ratée, d’autant que le plat principal est peu consistant. Le film reste vraiment divertissant avec des scènes souvent hilarantes (le test de grossesse, la « création » publicitaire express) et quelques clins d’oeils appuyés (les apparitions du réalisateur et de Beigbeder, une fois, ça aurait suffit). Jamais totalement subversif, jamais complètement comique, 99F s’amuse légèrement de sa condition de produit, au point de ne pas vraiment surprendre, de trop feindre de ne pas se prendre au sérieux et de mettre un code barre sur cette pertinence trop attendue. A la fois libérateur et banal. Mais au final, bien inoffensif.
7/10
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Tags: 2000-2009, Comédie, France, Jan Kounen, Jean Dujardin
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