28 semaines plus tard

Le cinéma de genre réserve encore de bien belles surprises. Et c’est quand on s’y attend le moins qu’elles nous éclatent violemment en pleine figure. Après des années de sous-Scream et de remakes, on n’attendait pas grand-chose de cette suite au titre laissant entrevoir la facilité de l’exploitation commerciale du premier opus de Danny Boyle. Tout faux. 28 semaines plus tard se révèle être tout simplement l’un des meilleurs films de l’année.
L’entame du film annonce la couleur, un cottage anglais est assiégé par les contaminés. La séquence est tétanisante et viscérale, boostée par une réalisation caméra à l’épaule à faire vomir Paul Greengrass dès qu’un « zombie » est dans les parages. Une mise en scène furieuse mais cohérente qui nous agrippe au siège dès les premières minutes.
Bienvenue dans un survival enragé où humanité et nihilisme se disputent chaque morceau de pelloche. C’est le règne du « on voit – quasiment – rien, on ressent tout » qui trouvera facilement des détracteurs mais procurera des sensations jouissives à ceux qui feront l’effort d’y accrocher. Mais le quasi-inconnu Juan Carlos Fresnadillo (auteur d’Intacto) a l’intelligence de garder son caméraman sous adrénaline pour ces séquences chocs et de varier intelligemment la mise en scène selon l’ambiance.

Car 28 semaines plus tard est avant tout un drame familial, dont le contexte est celui d’un Londres dévasté peu à peu réinvesti sous un encadrement militaire serré. Une famille au cœur de la tourmente, à la fois danger et remède, brillante idée pour nous faire plonger à nouveau au cœur de ce monde apocalyptique à travers des comportements bien humains, de la lâcheté aux actes les plus braves. Les héros principaux varient d’une scène à l’autre, même si les enfants reste au cœur du sujet, ce qui permet au récit d’être constamment surprenant. Civils ou militaires, chaque personnage semble susceptible de naviguer du bien au mal, et pas seulement à cause des contaminés, qui sont finalement assez extérieurs au drame.
L’armée en prend encore pour son grade à travers un rebondissement assez radical. Néanmoins, contrairement au film de l’inconstant Boyle qui virait vers l’antimilitarisme peu subtil, 28 semaines propose toujours des réactions crédibles et un point de vue vraisemblable, même si horrible, entre autre car ils rappellent des faits actuels bien réels.
Si l’on peut trouver à redire sur une ficelle scénaristique un peu facile (Robert Carlyle est un peu toujours là au « bon » moment, c’est aussi une convention de ce genre de film, à double tranchant, certes), on oublie facilement cette scorie minime devant la puissance de la mise en scène, bourrée de bonnes idées, de cadrages claustrophobiques, de photographie changeante (une vraie nuit noire et magnifique), de plans aériens impressionnants et d’une ambiance presque mélancolique de fin du monde qui n’a rien à envier à
la Guerre des mondes.
On a constamment l’impression que le réalisateur, promis à un avenir plus qu’intéressant, trouve les solutions les plus idéales et les plus inventives pour chaque scène. Et même si elles sont parfois loin d’être inédites (la vision infrarouge par exemple), la conviction de l’ensemble et l’enchaînement crescendo de morceaux de bravoure (et de chair), caractéristique du survival réussi, procurent un plaisir maximum.
On pourrait dire encore beaucoup de choses sur ce film, notamment parler d’un casting parfait, mais on peut se contenter de déclarer sans prendre trop de risques que ce 28 semaines plus tard fera date dans l’histoire du film de genre. Car ils ne sont vraiment pas fréquents les films d’horreur à maintenir aussi brillamment la tension de la première à la dernière image.
On appelle ça une claque.
9/10
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