Persépolis

Marjane Satrapi nous livre avec « Persépolis » une auto-fiction tirée de sa propre bande dessinée, avec l’aide du dessinateur Vincent Paronnaud.
Un film d’animation tout public, en noir et blanc, sur l’Iran, parait être au premier abord un pari audacieux. Mais s’agissant de l’adaptation d’une œuvre au succès conséquent, et encore plus par la portée du message engagé délivré, il est plus à craindre au final au niveau du langage cinématographique qu’à celui du succès quasi-assuré dans nos contrées occidentales (ce que le prix à Cannes est venu confirmer).

L’esthétique du film, son choix du noir et blanc avec ses différents niveaux de gris, sont bien exploités à travers des jeux d’ombres chinoises parfaitement évocateurs des grands moments dramatiques de l’histoire iranienne. La représentation « cours d’histoire façon guignols » est à l’inverse peu inspirée et vient plusieurs fois plomber la première partie du film.
L’universalité obtenue grâce à un trait simplifié à l’extrême a aussi ses revers. Les particularismes sont gommés, et le choix du français pour la totalité du métrage est une grossière erreur. La famille Satrapi pourrait être belge comme française ou italienne. Le pays est résumé aux faits historiques et aux contraintes du quotidien. Ce sera la même chose pour l’Autriche, version plus comique cette fois, mais on reste en plein dans les clichés. Cela sert le divertissement (bien que l’on sourit plus qu’on ne rit, qu’on observe plus qu’on est ému), mais rend les revendications bien plus faibles, ou du moins plus maladroitement exposées. La mise en scène se montre inspirée dans les transitions, la composition du cadre, mais les messages sont majoritairement délivrés par les personnages. Cela sonne parfois d’autant plus faux que le jeu de Chiara Matroianni est irrégulier (voix off trop neutre), et celui de Deneuve complètement à côté de la plaque. Heureusement le personnage de la grand-mère doublé par Danielle Darrieux vient régulièrement sauver les meubles.

La construction en deux parties distinctes Iran-Autriche paraît au final assez étrange et bancale, l’épilogue iranien traînant un peu en longueur. Le film se termine sur un mode mineur et révèle définitivement l’histoire d’une jeune fille qui se cherche entre une terre de naissance qui ne l’a jamais accueilli et une terre d’accueil où ses origines dérangent.
« Persépolis » reste un bon film sur l’exil, gentiment consensuel, qui est desservi par des choix artistiques parfois contradictoires. Le message s’est un peu dilué, et perdu, dans la « traduction ».
6/10
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